Saint-Etienne: Le père Peyrard, accusé d'agression sexuelle sur mineur, devant la justice

PEDOPHILIE DANS L'EGLISE L’ancien prêtre de 85 ans, jugé ce mardi en correctionnelle, est accusé d’avoir agressé sexuellement dans les années 1990 un garçon âgé de 11 ans à l’époque des faits…

Elisa Frisullo

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Régis Peyrard sera jugé ce mardi devant le tribunal correctionnel de Saint-Etienne, dans la Loire.
Régis Peyrard sera jugé ce mardi devant le tribunal correctionnel de Saint-Etienne, dans la Loire. — C. VILLEMAIN/20 MINUTES
  • Régis Peyrard, ancien prêtre du diocèse de Saint-Etienne, comparaît ce mardi devant le tribunal correctionnel de Saint-Etienne (Loire) pour « agressions sexuelles sur mineur ».
  • Un seul homme, pour lequel les faits ne sont pas prescrits, sera sur le banc des parties civiles.
  • Mais d’autres victimes présumées de l’homme d’Église, âgé de 85 ans, ont été citées par le parquet pour témoigner lors du procès.

Une journée tout aussi cruciale que douloureuse. Ce mardi, Régis Peyrard doit comparaître devant le tribunal correctionnel de Saint-Etienne (Loire), où il sera jugé pour agression sexuelle sur mineur. L’ancien prêtre, aujourd’hui âgé de 85 ans, dont les agissements présumés ont été révélés par 20 Minutes en juillet 2017, devra faire face au témoignage de celui qui l’accuse.

Aujourd’hui âgé de 38 ans, ce Ligérien qui souhaite conserver l’anonymat est le seul à avoir pu porter plainte contre le père Peyrard, car les faits dont il accuse l’ex-curé – un cousin éloigné de son père – ne sont pas couverts par la prescription. « C’est une véritable épreuve pour mon client. C’est quelque chose de très difficile pour les victimes que d’affronter leur agresseur », confie Me Jean Sannier, avocat de la partie civile.

Cinq autres victimes présumées citées au procès

Régis Peyrard sera également confronté à d’autres visages du passé. Le parquet de Saint-Etienne, qui estime à plusieurs dizaines le nombre des victimes potentielles, a indiqué en « avoir fait citer cinq au procès ». Ces hommes, qui ont croisé la route de l’ancien curé alors qu’ils étaient enfants, adolescents ou jeunes adultes viendront témoigner des agressions et viols qu’ils disent avoir subis.

Des faits présumés, étalés sur plusieurs décennies, dont les plus vieux remontent aux années 1970 et sont donc trop anciens pour être jugés. A trois reprises avant la médiatisation de l’affaire en 2017, le diocèse de Saint-Etienne, où le prêtre exerçait depuis les années 1960, a été alerté des déviances du curé par des victimes. En 2000, en 2001 puis en 2004. A chaque fois, les faits ont été signalés à la justice, selon l’Eglise.

Plusieurs plaintes par le passé mais aucune enquête

Le curé se serait alors vu retirer son ministère, pour ne plus être au contact d’enfants, et a été affecté dans une maison de retraite. Mais aucune procédure judiciaire n’a été engagée à son encontre. Aucune enquête n’a été ouverte pour rechercher d’éventuelles victimes non prescrites.

« Le parquet n’a jamais cherché à le savoir. Tout a été fait pour étouffer l’affaire », estime Me Sannier, soucieux aujourd’hui de « replacer un certain nombre de victimes dans le procès ». « Il y a des histoires bouleversantes qui viendront témoigner de la dévastation de la vie des victimes, des dégâts transgénérationnels », ajoute l’avocat.

Des faits en partie reconnus par le prévenu

Parmi ces récits, une femme, médecin, devrait expliquer à la barre les confessions faites par son père, alors agonisant. Elle racontera comment l’ombre de Régis Peyrard a plané, sans qu’elle le sache, sur sa vie de famille et ses relations avec son père, distant et peu affectueux. « Il lui a expliqué sur son lit de mort qu’il ne s’était jamais remis des agressions sexuelles qu’il avait subies lorsqu’il était au petit séminaire », précise une source proche du dossier.

Le rôle joué, dans cette affaire, par certains responsables de l’église pourrait également s’inviter dans les débats. « Je ne suis pas dans un combat contre l’institution mais contre les personnes qui ont couvert cet homme. J’en veux à Peyrard, bien sûr, mais aussi à sa hiérarchie qui l’a protégé », confie sous couvert d’anonymat à 20 minutes le Ligérien, qui à travers ce procès incarnera bien malgré lui d’innombrables autres victimes.

Le conseil de Régis Peyrard, injoignable ce lundi, avait indiqué au printemps dernier que l’ancien prêtre, qui a reconnu par le passé une partie des accusations, « collaborera, complètement, à cette œuvre de justice et de vérité et espère qu’elle participera à l’apaisement des plaignants ».