Affaire Farida Hammiche: Michel Fourniret condamné à la perpétuité, vingt ans pour Monique Olivier

PROCÈS La cour d’assises des Yvelines a rendu son verdict à l’encontre de Michel Fourniret et de son ex-femme, Monique Olivier, jugés pour l’assassinat de Farida Hammiche…

Vincent Vantighem

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Dessin montrant Michel Fourniret et Monique Olivier lors de leur procès devant les assises des Yvelines, en 2018.
Dessin montrant Michel Fourniret et Monique Olivier lors de leur procès devant les assises des Yvelines, en 2018. — BENOIT PEYRUCQ / AFP
  • Michel Fourniret et Monique Olivier étaient jugés pour assassinat.
  • La cour d’assises des Yvelines a condamné Michel Fourniret à la réclusion à perpétuité et sa complice à vingt ans de prison.
  • Les deux accusés n’ont pas révélé l’endroit où ils ont enterré la jeune femme.

Comme tous les jours, Michel Fourniret est entré en premier dans le box des accusés. Puis, il a laissé passer Monique Olivier devant lui sans broncher. Comme tous les jours, ils ont pris chacun leur place, sans se jeter le moindre regard. Elle au fond. Lui à l’entrée, à côté du micro. Comme si, finalement, ils ne formaient plus ce couple diabolique, les deux maillons de cette chaîne capable, pendant des années, de « chasser des jeunes vierges » (elle) pour ensuite les violer et les tuer (lui).

La cour d’assises des Yvelines a choisi de marquer cette différence.
 Si elle a condamné Michel Fourniret à la réclusion criminelle à perpétuité, elle a infligé une peine de vingt ans à Monique Olivier pour l’assassinat de Farida Hammiche, en 1988. Le jury populaire composé de cinq hommes et d’une femme n’a donc pas suivi les réquisitions de Benoît Meslin, l’avocat général, qui, dans la matinée, avait réclamé la perpétuité pour les deux accusés, estimant qu’il n’y avait pas lieu « de faire une distinction » entre celle qui avait appâté la victime et celui qui l’avait trépassée.

Au moment de livrer à la cour leur dernier mot, Monique Olivier avait d'ailleurs « regretté », estimant que « Farida ne méritait pas ça ». Haussant les épaules, son ancien mari n’avait, lui, pas souhaité faire la moindre déclaration. Sans doute car il savait déjà que ce verdict ne changerait rien à son horizon pénitentiaire. Ni à celui de sa coaccusée. Ils ont déjà écopé tous les deux d’une peine de réclusion à perpétuité, en 2008, à Charleville-Mézières (Ardennes) pour avoir tué et violé sept jeunes femmes de 12 à 22 ans.

Michel Fourniret ou « la banalité du mal »

Les quatre jours d’audience n’auront rien apporté de plus sur les circonstances de la mort de Farida Hammiche, voilà 30 ans. Comme il l’avait fait lors de l’instruction, Michel Fourniret a avoué avoir tué Farida Hammiche dans une clairière de Clairefontaine, en 1988, afin de s’emparer d’un trésor. Agaçant autant que vieillissant, l’ogre des Ardennes n’est, en revanche, pas parvenu à détailler les circonstances de l’assassinat ni le lieu où il l’a enterrée, au grand dam des parties civiles. « Il a oublié comme il avait oublié son second mariage avec Nicole. C. », a plaidé Grégory Vavasseur, son avocat, sans vraiment convaincre.

Car les parties civiles ont bien rappelé que Michel Fourniret n’était pas ce petit homme mal fagoté aux cheveux gris plaqués en arrière qui est apparu toute la semaine dans le box. Mais bien « la banalité du mal », comme l’a qualifié l’avocat Didier Seban, paraphrasant la philosophe Hannah Arendt.

Monique Olivier invitée à « faire cesser les cris » qui la hantent

Défendant le mari de Farida Hammiche, sa consœur Corinne Herrmann n’a pas hésité à le rappeler à la cour en des termes choisis. « Bien sûr qu’il sait [où il a enterré Farida Hammiche] ! Il connaît les Yvelines par cœur, cet endroit où il baissait les culottes des petites filles », rappelant au passage qu’il avait fallu « creuser jusqu’à trois mètres de profondeur » dans les Ardennes pour retrouver deux corps et « cartographier tous les puits de l’Yonne » pour en découvrir un troisième, par le passé.

Le château de Sautou appartenant au couple Fourniret a été racheté par des pharmaciens belges après la découverte de deux corps enterrés dans le domaine.
Le château de Sautou appartenant au couple Fourniret a été racheté par des pharmaciens belges après la découverte de deux corps enterrés dans le domaine. - F.NASCIMBENI/AFP

Car si l’ogre est en prison depuis 2003, les enquêteurs sont toujours en train de chercher des corps aujourd’hui. Et pour cela, Monique Olivier est peut-être leur meilleur atout. Dans une supplique plus que dans une plaidoirie, Corinne Herrmann l’a donc invitée, vendredi matin, à « faire cesser les cris » qui la hantent. « Si vous le voulez, parlez, dites les choses. Qu’on n’entende plus les gémissements de Farida » et des autres. La peine plus faible dont elle a écopé ce vendredi pourrait ainsi la faire réfléchir.

Michel Fourniret, lui, semble perdu pour l’éternité. « Ni réadaptable, ni curable », selon les experts, il présente toujours aujourd’hui « une grande dangerosité criminelle malgré son âge. » Son avocat qui a brillamment « plaidé pour l’inutile » a déjà expliqué qu’il rentrerait en prison retrouver ses deux compagnons : « Quelques pages blanches qu’il noircit comme il a noirci son existence et un jeu d’échecs avec lequel il joue contre lui-même jusqu’au jour où il fera mat définitivement. » Plus sûrement jusqu’au prochain procès dans lequel il sera accusé. Il pourrait avoir lieu d'ici deux ans.

Retrouvez tous les détails de ce procès sur le compte Twitter de notre journaliste :  @vvantighem