La mère de Séréna, bébé dissimulée dans un coffre pendant deux ans, condamnée à cinq ans de prison

COMPTE-RENDU À l’issue de cinq jours de procès, Rosa Da Cruz a été condamnée à une peine de cinq ans de prison dont trois avec sursis par la cour d’assises de Corrèze…

Helene Sergent

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Rosa Da Cruz était poursuivie pour violences volontaires à l'égard de sa fille Séréna.
Rosa Da Cruz était poursuivie pour violences volontaires à l'égard de sa fille Séréna. — GEORGES GOBET / AFP
  • Rosa Da Cruz a été reconnue coupable de « violences volontaires ayant entraîné une infirmité permanente » sur un mineur de moins de 15 ans par la cour d’assises.
  • Elle a été condamnée à une peine de cinq ans de prison dont 3 avec sursis.
  • Aujourd’hui placée en famille d’accueil, Séréna âgée de 7 ans souffre d’un trouble autistique permanent selon les experts pédiatres qui l’ont examinée.

De notre envoyée spéciale à Tulle (Corrèze),

Le psychiatre Jacques Bernard avait averti la cour jeudi matin. « Une absence de sanction pourrait laisser les choses dans le symbolique, dans le pas matériel » pour Rosa Da Cruz. Après trois heures de délibération et à l’issue de cinq jours de procès, les six jurés et les trois magistrats ont reconnu coupable la mère de Séréna de « violences volontaires ayant entraîné une infirmité permanente » sur sa petite fille et de « privation de soins (…) compromettant » la santé de l’enfant.

Restée muette, la figure cachée par sa chevelure et constamment appuyée sur son poing pendant les débats, l’accusée a été condamnée à cinq ans de prison dont trois avec sursis et à cinq ans de suivi sociojudiciaire. « La cour a voulu prendre en compte votre parcours. Cette décision va peut-être décevoir beaucoup de parties », a lancé à l’accusée le président Gilles Fonrouge pour justifier la peine.

La reconnaissance du déni de grossesse

Dans la matinée, l’avocat général Olivier Kern avait requis une peine plus lourde de huit ans de prison et cinq ans de suivi sociojudiciaire. « Elle sait que ce qu’elle fait à Séréna lui fait mal, elle sait qu’elle la met en danger et elle sait que c’est qu’elle lui fait vivre n’est pas normal », avait asséné le représentant du ministère public. Avant d’ajouter, plus clément : « Je ne peux ignorer que Mme Da Cruz a fait un déni de grossesse précédemment en 2004, et qu’à la suite de ça (…) elle n’a pas bénéficié d’une prise en charge médicale, psychologique, qui aurait pu la conforter en tant que mère, en tant que femme. Je ne peux davantage ignorer que la naissance de Séréna est le fruit d’un déni de grossesse partiel ».

Une décision « satisfaisante »

Encadrée par les policiers de l’escorte, Rosa Da Cruz a enlacé sa sœur, présente toute au long de l’audience, et adressé un signe à ses nièces, en larmes. Conduite dès dimanche à la prison de Limoges, la mère de Séréna devrait pouvoir bénéficier rapidement d’un aménagement de peine. Une « décision satisfaisante » pour son avocate Me Chassagne-Delpech qui avait plaidé l’acquittement quelques heures plus tôt. 

Si son avocate a précisé qu’elle ne ferait pas appel de la décision de la cour d’assises, le parquet a dix jours pour envisager cette possibilité. Comme les parties civiles, les jurés ont donc reconnu le déni de grossesse vécu en 2011 par la quinquagénaire et ont pris en considération l’éducation « irréprochable » apportée aux trois frères et sœur aînés de Séréna. Pour autant, le président n’a pas détaillé les motivations du jury. 

« Une femme de mystère »

Mais sur quoi la cour s’est appuyée pour définir ce qui relève de «la culpabilité intentionnelle» et pour se prononcer sur l’état de conscience de Rosa Da Cruz? À partir de quand cette mère de famille a-t-elle mesuré l'impact de ses gestes sur sa fille, laissée des jours durant dans le coffre de sa voiture ? Difficile de répondre. Incapable de mettre des mots sur cet accouchement traumatique et sur le lien qui l’unissait à sa fille malgré ses carences, l’accusée sera restée « une femme de mystère ».

« Hitchcock disait : 'Une femme de mystère c’est une femme dont les actes parlent plus forts que les mots », a souligné l’avocat de l’association « Enfance et partage », Rodolphe Costantino. Comme l’avocat général, il a déploré la place accordée au débat psychologique sur le déni de grossesse et la « violence que cette femme se fait à elle-même chaque fois qu’elle en vient à se renier ». Selon eux,Rosa Da Cruz a répété à la cour « ne pas s’être occupée de Séréna » pour valider sa thèse du « déni d’enfant ». Impossible selon les experts pédiatres, auquel cas le nourrisson serait mort.

Retrait de l’autorité parentale

Placée en famille d’accueil depuis 2013, Séréna souffre aujourd’hui d’un « déficit fonctionnel à 80 % » et d’un « syndrome autistique irréversible ». Un état abstrait pour sa mère qui a exprimé à plusieurs reprises sa volonté de « revoir » sa fille ou de « récupérer » l’enfant. Un songe inconcevable pour les pédiatres ou assistants maternels qui ont été auditionnés à la barre.

Réunir la fillette aujourd’hui âgée de 7 ans et sa mère pourrait « réactiver le traumatisme » tant l’équilibre de Séréna est devenu fragile. Un argument entendu par la cour puisqu’elle a retiré à Rosa Da Cruz toute autorité parentale sur son enfant.