«Elle m'a dit "ne me tue pas comme ça"», Fourniret a bien tué Farida Hammiche mais ne révèle pas où il l'a enterrée

PROCÈS Interrogé près de trois heures sur le fond, Michel Fourniret s’est bien gardé de faire la moindre révélation sur l’endroit où il a enterré Farida Hammiche, en 1988...

Vincent Vantighem

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Michel Fourniret lors de son procès devant la cour d'assises des Ardennes en 2008.
Michel Fourniret lors de son procès devant la cour d'assises des Ardennes en 2008. — ALAIN JULIEN / AFP
  • Michel Fourniret est jugé à Versailles pour l’assassinat de Farida Hammiche.
  • Son ex-femme, Monique Olivier, est jugée avec lui pour « complicité ».
  • Ils ont tous les deux été interrogés sur le fond du dossier, ce jeudi.
  • Le verdict sera rendu vendredi. Ils encourent une peine de perpétuité.

En prison, Michel Fourniret ne participe à aucune activité. Pas même à la promenade. Il passe son temps à jouer aux échecs « avec le jeu comme seul adversaire », à écrire « machinalement » et à lire. Gogol et Dostoïevski, notamment. S’il se qualifie lui-même de « bouseux ardennais », de « sale type » et de « dingue », il n’en maîtrise pas moins la langue française.

Jeudi, pendant près de trois heures, il en a donc utilisé toutes les subtilités pour éviter de faire la moindre révélation à la cour d’assises des Yvelines qui le juge, depuis mardi à Versailles, pour le meurtre, en 1988, de Farida Hammiche et le vol du magot du « gang des postiches ». A 14h47, il explique qu’il n’a aucune « souvenance » de l’affaire. A 15h09, que sa mémoire n’est pas « universelle ». A 15h33, qu’il est encore « dans le flou ».

« Elle m’a dit : ‘’Ne me tue pas comme ça…’’ »

Pourtant, l’ogre des Ardennes ne nie pas les faits. « Je sais que j’ai commis ces actes-là. Mais de quelle façon ? Je n’en sais rien… », répond-il à Didier Safar. Le président de la cour sait bien que le petit homme qui se trouve dans le box a 76 ans et qu’il est désormais dur de la feuille. Mais difficile de croire qu’il perd la tête quand il révèle les derniers mots prononcés par Farida Hammiche et « qui lui [restent] en tête » trente ans après. « Elle m’a dit ‘Ne me tue pas comme ça’’, lâche-t-il tranquillement. Vraisemblablement, c’était par étranglement… »

Déjà présent à Charleville-Mézières (Ardennes) en 2008 où Fourniret était jugé pour avoir tué et violé sept jeunes femmes, Didier Seban connaît le bonhomme par cœur. L’avocat du mari de Farida Hammiche l’attaque donc bille en tête quand vient son tour de poser des questions :

- Il y a beaucoup de crimes que vous n’avez pas avoués, Monsieur Fourniret…

- Libre à vous d’avoir cette conviction…

- Moi, ce que je remarque, c’est que vous avouez quand Monique Olivier avoue. Vous courrez sans cesse derrière Monique, en fait…

- Et bien, faites ce que vous voulez ! OK ? Vous ne me faites pas peur mon garçon !

L’hypothèse des attouchements post-mortem ?

En deux phrases, l’avocat est parvenu à faire crier Fourniret à travers le prétoire et à retourner contre lui l’agacement qu’il suscite auprès de la cour d’assises depuis près de deux heures. Dans un moment suspendu qui semble durer une éternité, il supporte donc son regard menaçant. Et insiste en évoquant, à nouveau, Monique Olivier cette épouse fantomatique qui partage son box aujourd’hui et a témoigné avant lui. « C’est impensable que j’ai pu faire ça… », a-t-elle lâché dans la matinée sans pouvoir dire si son ex-mari avait tué d’autres femmes. « Je n’étais pas toujours avec lui… »

De fait, Michel Fourniret était seul avec Farida Hammiche quand elle est morte, dans cette clairière de Clairefontaine (Yvelines) en 1988. Didier Seban ose donc la question la plus horrible qui soit pour les six frères et sœurs de la victime qui assistent dignement, depuis mardi, aux débats. « Est-ce parce que vous avez procédé à des attouchements post-mortem [sur elle] que vous ne dites pas où elle est ? Comme vous l’avez fait avec Jeanne-Marie Desramault ? Vous avez peur qu’on la retrouve attachée ou nue ? »

Mais non, Michel Fourniret ne semble avoir peur de rien. « Vous avez fini d’aboyer ? », répond-il simplement. Il faut dire qu’il est déjà condamné à la perpétuité incompressible. « Ni curable, ni réadaptable », selon les experts, il ne sortira de toute façon jamais de prison. Il a perdu l’espoir. Et il avoue même qu’il a autre chose à faire que de compter les jours.

« Mais vous vieillissez Michel Fourniret !, assène une dernière fois l’avocat. Nous vieillissons. Si vous avez encore des secrets, dites-le. » Il lui reste une journée pour cela avant que le verdict ne soit prononcé.

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