Procès de la mère de Séréna: «Je ne m’en suis jamais occupée», assure l’accusée qui plonge la cour dans l'incertitude

AUDIENCE Pendant trois heures, la mère de Séréna jugée pour « violences volontaires ayant entraîné une infirmité permanente » sur sa petite fille, a été interrogée par la cour d’assises de Corrèze…

Helene Sergent

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Interrogée par la cour d'assises de Corrèze, la mère de Séréna découverte dans le coffre de sa voiture a livré une nouvelle version aux jurés en contradiction avec l'instruction.
Interrogée par la cour d'assises de Corrèze, la mère de Séréna découverte dans le coffre de sa voiture a livré une nouvelle version aux jurés en contradiction avec l'instruction. — GEORGES GOBET / AFP
  • Dissimulée pendant deux ans dans le coffre de la voiture de sa mère et dans une pièce en travaux du rez-de-chaussée de la maison familiale, Séréna a été découverte le 25 octobre 2013 et souffre aujourd’hui d’un « trouble autistique permanent ».
  • Jugée jusqu’à vendredi, Rosa Da Cruz, la mère de Séréna encourt une peine de 20 ans de prison.
  • Pendant trois heures, l’accusée est revenue sur ses déclarations faites tout au long de l’instruction et a expliqué ne s’être « jamais occupée » de la fillette.

De notre envoyée spéciale à Tulle (Corrèze),

« Une chose », une « chose vivante », « un bout de chou », sa « fille ». Aux gendarmes, aux magistrats, aux médecins, à son avocate et désormais au tribunal, Rosa Da Cruz a tout dit de Séréna. Tout, et souvent son contraire.

Poursuivie pour « violences volontaires ayant entraîné une infirmité permanente » sur sa fillette née après un déni de grossesse, cette quinquagénaire a été incapable d’éclairer les jurés sur les circonstances et les ressorts de sa dissimulation pendant deux ans dans le coffre de sa voiture.

Un revirement en 2017

Dès le début de l’interrogatoire, le président de la cour d’assises de Tulle a tenté de démêler les différentes versions livrées par l’accusée pendant l’instruction. «Après la découverte de Séréna, vous indiquez que vous avez mis au monde cet enfant, seule, à la maison, le 24 novembre 2011 (…) vous parlez de "petit bout de chou", vous dîtes "cet enfant c’est le mien", "il s’agit de ma fille" (…) Et puis, au mois de novembre 2017, vous dites "Séréna pour moi n’était pas un enfant", "c’était quelque chose". Comment pouvez-vous nous expliquer ce changement de formulation ? » lui demande Gilles Fonrouge.

Mains cramponnées à la barre, tailleur sombre, Rosa Da Cruz justifie ce revirement par la rencontre avec un expert psychiatre : « Il m’a fait prendre conscience que Séréna était une chose. » Un argument soutenu par son avocate qui plaide depuis le début de la procédure un « déni de grossesse » ayant abouti à un « déni d’enfant ». Le magistrat note, lui, un changement de vocabulaire concomitant à l’expertise réalisée sur Séréna et faisant état chez l’enfant d’un « trouble autistique permanent ». C’est cette expertise qui justifiera – entre autres – le renvoi de cette mère de famille devant les assises de Corrèze.

« Je ne m’en suis jamais occupée »

Passé ce revirement, les magistrats ont longuement interrogé l’accusée sur les soins apportés à Séréna depuis sa naissance et jusqu’à sa découverte dans le coffre de la voiture familiale le 25 octobre 2013. Comment expliquer aux jurés les contradictions entre le discours de la mère et la survie de cet enfant ? « Je ne sais pas », répète inlassablement la mère, « Je ne peux pas l’expliquer (…), même les médecins n’ont pas d’explication », soupire-t-elle. Pressée par la cour, l’accusée finie par lâcher :

« Séréna, je ne m’en suis jamais occupée, je ne l’ai jamais tenue dans mes bras, je ne lui ai jamais fait de câlin.

– Mais vous l’avez nourrie ? s’étonne le président.

– Occasionnellement », s’effondre Rosa Da Cruz.

En quelques minutes, la mère de famille semble vouloir démonter maladroitement toutes ses déclarations passées : « Tout ce que j’ai dit, c’est pas vrai. » Les biberons placés dans le coffre ? « C’est ceux de ma fille Léa* [âgée de 4 ans au moment des faits] », justifie-t-elle. Idem pour le hochet placé dans la voiture. Le prénom donné à l’enfant pour « son calme », sa « sérénité » comme elle l’a expliqué aux enquêteurs ? « Je l’ai dit aux pompiers quand elle a été découverte (…), mais avant je ne l’appelais pas ». « Vous ne l’avez jamais lavée, madame ? » s’étonne Marie-Pierre Peis-Hitier, avocate du service d’aide social du département. « Non », assure l’accusée.

« Madame, ça n’est pas possible, les experts l’ont dit.

– Je ne lui ai jamais donné de bain.

– Vous l’avez lavée comment ?

– Avec un gant et de l’eau.

– Combien de fois ?

– Je peux pas vous dire, je sais que je la lavais pas. »

Un trouble persistant

Pour appuyer cette nouvelle version, Rosa Da Cruz explique à la cour avoir surévalué les soins apportés à Séréna. Les menaces de placement de ses trois autres enfants – tous en parfaite santé – par les gendarmes et le souci de passer pour une « bonne mère » l’aurait, dit-elle, poussée à minimiser les carences vis-à-vis de Séréna dans un premier temps.

Soucieuse de toucher au plus près le ressenti de cette mère, l’une des magistrates assesseur reformule : « Quand vous dites, "je ne m’en suis pas occupée", ça veut dire "je ne m’en suis pas occupée comme les autres enfants" ? » L’accusée acquiesce. La juge poursuit doucement : « Vous avez fait des choses pour Séréna mais vous voulez dire "je ne m’en suis pas occupée comme j’aurais dû" ? Et ça vous est insupportable ? » « Aujourd’hui, oui », souffle la quinquagénaire qui ajoute : « Je la voyais pas, Séréna, y avait comme un rideau (…). Quand elle a souri, quelque chose s’est passé, il fallait qu’elle soit découverte. »

Dernière avocate à intervenir ce mercredi, son conseil, Me Chassagne-Delpech, a tenté de replacer les seules « certitudes » avancées depuis cinq ans par sa cliente. Le lien entre Séréna et son fils Thomas*, premier enfant né d’un déni de grossesse et le « rideau » mental instauré entre la mère et sa fillette ont, selon elle, constamment été évoqués par Rosa Da Cruz.

Des éléments bien maigres face au trouble suscité par les multiples versions de l’accusée et sa « distanciation »​ persistante face aux faits qui lui sont reprochés.

Le verdict est attendu vendredi 16 novembre.

* Le prénom a été modifié.