A la barre, un ancien braqueur exhorte Fourniret à révéler l'endroit où il a enterré sa femme en 1988

PROCÈS Jean-Pierre Hellegouarch s’est adressé directement à Michel Fourniret, ce mercredi, pour le faire avouer...

Vincent Vantighem

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Dessin montrant Michel Fourniret et Monique Olivier lors de leur procès devant les assises des Yvelines, en 2018.
Dessin montrant Michel Fourniret et Monique Olivier lors de leur procès devant les assises des Yvelines, en 2018. — BENOIT PEYRUCQ / AFP
  • Michel Fourniret est jugé à Versailles pour l’assassinat de Farida Hammiche.
  • Son ex-femme, Monique Olivier, est jugée avec lui pour «complicité».
  • Ce mercredi, le mari de Farida Hammiche est venu témoigner.

Jean-Pierre Hellegouarch a 75 ans, le dos voûté et une audition défaillante. Mais Jean-Pierre Hellegouarch est un ancien braqueur. Capable de « régler les problèmes [lui-même] ». Aussi, quand il s’avance, ce mercredi, vers le box de Michel Fourniret, personne n’est capable de dire s’il serre le poing pour calmer ses tremblements dus à l’âge ou pour lui coller un bourre-pif.

On ne le saura jamais : le président de la cour d’assises des Yvelines l’arrête avant qu’il n’atteigne son but. Et l’autorise, simplement, à s’adresser à « l’ogre des Ardennes » sans quitter sa place. Crâne rasé, le témoin repose donc ses paluches de déménageur sur la barre et demande à Fourniret, la seule chose qui importe. « Il joue au malin (…) comme un gamin capricieux. Mais s’il a deux sous de courage, qu’il dise où se trouve le cadavre de Farida ! Et puis d’étendre aux autres jeunes filles [qu’il a] martyrisées… »

Quand Fourniret lève le doigt comme à l’école primaire

Déjà condamné, en 2008, à la perpétuité incompressible pour avoir tué et violé sept jeunes filles de 12 à 22 ans, Michel Fourniret comparaît, depuis mardi à Versailles, pour l’assassinat de Farida Hammiche, l’épouse de Hellegouarch. Le tueur en série a déjà reconnu qu’il avait fait le coup avec Monique Olivier, son indéfectible complice qui partage encore aujourd’hui son box. Mais il n’a jamais révélé l’endroit exact où il a enterré le corps.

L’espoir de le découvrir a donc parcouru la cour d’assises quand Fourniret a longuement levé le doigt, comme à l’école primaire, au beau milieu de l’audition de Hellegouarch. Parties civiles et avocats l’ont tout de suite signalé au président de la cour au cas où celui-ci ne l’aurait pas remarqué. Mais si, le magistrat l’avait bien vu. Simplement il a, maladroitement, jugé que ce n’était pas le moment de lui laisser la parole. « On verra ça demain ! », tranche-t-il.

Suspendus depuis trente ans à l’idée de savoir ce qui est arrivé à leur sœur, les six frères et soeurs de Farida Hammiche soufflent de dépit. Et s’agrippent à l’album de photos jaunies qu’ils se passent de mains en mains depuis mardi. Jean-Pierre Hellegouarch se charge de les animer. « C’était une fille épatante, intelligente », attaque-t-il.

Hellegouarch propose à Fourniret de déterrer un trésor

Mais la voix du braqueur se teinte de culpabilité dès qu’il aborde les faits. Il sait bien que c’est lui qui a mis en contact Fourniret avec son épouse, entraînant ainsi sa perte. A l’époque, les deux hommes partageaient une cellule à Fleury-Mérogis. « J’étais plutôt amusé par ce qu’il était. » « Naïf », dira-t-il plus tard.

Car Hellegouarch propose à Fourniret, une fois libéré, de filer un coup de main à sa femme pour déterrer vingt kilos d’or dans un cimetière. L’ogre des Ardennes s’exécute. Et dans la foulée décide d’éliminer Farida Hammiche, de récupérer le trésor et de s’offrir un château dans les Ardennes. Une sorte de quartier général d’où il rayonnera, ensuite, pour « chasser des vierges ».

Le château de Sautou appartenant au couple Fourniret a été racheté par des pharmaciens belges après la découverte de deux corps enterrés dans le domaine.
Le château de Sautou appartenant au couple Fourniret a été racheté par des pharmaciens belges après la découverte de deux corps enterrés dans le domaine. - F.NASCIMBENI/AFP

Une fois sorti de prison, l’ancien braqueur découvre le pot aux roses. Armé, il fonce au château. « J’étais plus dans un esprit de vengeance que dans un esprit de justice. » Mais Fourniret lui échappe. Et la justice semble lui en tenir rigueur aujourd’hui.

« Pourquoi avoir attendu 1998 pour signaler sa disparition ? », demande ainsi le président sur le ton du reproche. Lucide, Hellegouarch bat sa coulpe avec émotion. « La vie que j’ai menée n’est pas un secret. J’étais dans l’illégalité. J’étais plus souvent recherché [par la police]. Ça me bloquait pour faire des démarches. Je n’ai pas été un cadeau pour Farida… »

Est-ce cette phrase ? Ou le ton doucereux du témoin ? Impossible à dire. Mais en fin de journée, le président, sans doute tourmenté, a fini par redonner la parole à Michel Fourniret. Qui ne s’est pas fait prier pour… l’envoyer paître. « Si vous m’aviez posé la question ce matin, je vous aurais dit quelque chose. Mais là… Je n’ai rien à vous dire… » Il disposera d’une dernière occasion, jeudi, lors de l’examen des faits. Avant le verdict attendu vendredi.

Suivez la suite de ce procès sur le compte Twitter de notre journaliste : @vvantighem