Procès Georges Tron: «La réflexologie, c’est un piège pour s’autoriser à toucher les pieds des femmes», estime l'avocat général

PROCÈS L’avocat général a requis six ans de prison à l'encontre de Georges Tron et quatre ans contre son ancienne adjointe à la culture, Brigitte Gruel…

Caroline Politi

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Georges Tron, maire de Draveil, dans l'Essonne, encourt vingt ans de réclusion criminelle pour viols et agressions sexuelles en réunion.
Georges Tron, maire de Draveil, dans l'Essonne, encourt vingt ans de réclusion criminelle pour viols et agressions sexuelles en réunion. — JACQUES DEMARTHON / AFP
  • Georges Tron et Brigitte Gruel sont jugés depuis un peu plus de trois semaines pour viols et agressions sexuelles en réunion.
  • L’avocat général a fait part de son « intime conviction » : la culpabilité de Georges Tron et de Brigitte Gruel.
  • Ils encourent vingt ans de réclusion criminelle. Le verdict est attendu jeudi.

Ce mercredi, devant la cour d’assises de Seine-Saint-Denis, Frédéric Bernardo ne fait pas planer le suspense bien longtemps. « Mon intime conviction, c’est que M. Tron et Mme. Gruel sont coupables des faits reprochés », en l’occurrence des viols et agressions sexuelles en réunion, lance l’avocat général quelques minutes à peine après avoir entamé son réquisitoire. Et peu importe que le ministère public se soit prononcé à deux reprises, à la fin de l’enquête et devant la chambre de l’instruction, en faveur d’un non-lieu dans ce dossier, le parquetier fait valoir « sa liberté de parole ». « Je n’obéis pas à qui que ce soit, je vous propose ma conviction en fonction du dossier et surtout des débats tenus à l’audience. »

Certes, les plaignantes ont parfois été imprécises dans leurs déclarations, se trompant de date ou oubliant l’aménagement d’un lieu, mais à ses yeux ce sont des « détails » qui ne font pas d’elles des affabulatrices. Quant à l’absence de preuves scientifiques et notamment d’ADN, ces éléments ne sont pas la condition sine qua non d’une condamnation. « Ce qui fait un dossier pénal, ce sont les recoupements, les différentes preuves », insiste le magistrat, qui chose rare, s’était éloigné de son pupitre pour se placer face à la cour et aux jurés.

Georges Tron a « tous les pouvoirs, tous les réseaux »

Pendant près de deux heures, il a décrit une relation « d’emprise » où les parties ne sont pas sur un pied d’égalité, jamais « en mesure de dire non ». D’un côté, il y a un « homme puissant » qui concentre « tous les pouvoirs, tous les réseaux. Il peut fournir un travail, un logement. » De l’autre, des femmes fragilisées par leur situation personnelle. « On est dans une affaire de domination, celui qui a le pouvoir en abuse à l’égard de son subordonné », insiste le magistrat. D’autant, rappelle-t-il, qu’il régnait au sein de la mairie, une « atmosphère sexualisée » anormale. Dans ce dossier, plusieurs femmes ont raconté leur malaise lorsque l’édile a voulu exercer sur elles sa passion. « La réflexologie, c’est un piège pour s’autoriser à toucher le pied des femmes, qui est un objet de passion pour M. Tron. »

L’avocat général s’est efforcé de mettre en lumière un « système Tron » dont l’objectif est son « bien-être ». Autour de lui, il y a une « meute » qui lui obéit, prête à tout pour le protéger. Comme l’aider à constituer des « dossiers » contre les plaignantes en faisant des attestations sur des rumeurs ou des éléments de leur vie personnelle. « C’est un système de harcèlement terrible. Quand quelqu’un le lâche, on le détruit. » Le parquetier a requis six ans de réclusion et une peine d’inéligibilité de cinq ans à l’encontre de Georges Tron.

Brigitte Gruel derrière son avocat, Me Frank Natali.
Brigitte Gruel derrière son avocat, Me Frank Natali. - Thomas Samson / AFP

Pour Brigitte Gruel, il a demandé une peine légèrement plus clémente – quatre ans de réclusion – insistant sur la nécessité de différencier les deux accusés. « Le meneur, c’est Georges Tron, mais Brigitte Gruel fait partie du piège », a estimé le magistrat, ne s’attardant que quelques minutes sur le cas de l’ancienne adjointe à la culture. Non seulement elle représente la protection, mais surtout elle « participe et profite de ces relations sexuelles ».

« On fait de la femme une espèce de potiche »

« Un réquisitoire démagogique et narcissique » aux yeux d’Eric Dupond-Moretti, l’un des conseils de Georges Tron, un « scénario dont on vient faire une vérité juridique » pour l’avocat de sa co-accusée, Me Frank Natali. Premier à prendre la parole lors de cet après-midi dédié aux plaidoiries de la défense, ce dernier a déploré un dossier bâti sur des « rumeurs », dont aucune expertise ne corrobore la thèse de l'agression. « Il ne s’agit pas de savoir si ça aurait pu se passer mais si ça s’est passé », s’est-il emporté, rappelant que depuis bientôt sept ans, sa cliente « une femme sérieuse, méritante, une bonne mère de famille » était « traînée dans la boue ».

Si dans la matinée l’avocat général avait balayé d’un revers de main la thèse d’un complot ourdi par l’extrême droite pour faire tomber Georges Tron - « un complot aurait dû leur profiter, elles ont tout perdu, elles sont au RSA » - la défense est longuement revenue sur les liens qui unissent les plaignantes à l’opposition draveilloise. « Ils ont un objectif commun : abattre Georges Tron », résume Me Antoine Vey, son conseil, évoquant leurs « nombreux appels téléphoniques » ou le choix initial des deux parties civiles de prendre Gilbert Collard comme avocat (avant d’en changer).

Dernier à prendre la parole, Eric Dupond-Moretti a déploré un dossier devenu un « symbole », celui du mouvement #BalanceTonPorc à l'endroit duquel il ne cache pas son aversion. « On fait de la femme une espèce de potiche parce qu’il est député-maire », s’est emporté le ténor, soulignant les imprécisions et les erreurs factuelles dans les plaintes des parties civiles. « Vous voulez inscrire votre nom dans l’histoire judiciaire mais vous allez sortir par la petite porte de service », conclut-il. Jeudi, la cour se retirera après avoir entendu les derniers mots des accusés pour rendre son verdict.