Procès de la mère de Séréna: «Je continue à vivre avec elle parce que c’est une bonne mère», témoigne le père

AUDIENCE Le père de Séréna et conjoint de l’accusée a été mis en examen dans un premier temps avant de bénéficier d’un non-lieu dans la procédure…

Helene Sergent

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Mardi, la cour d'assises de Corrèze a entendu le père de la petite Séréna, dissimulée pendant 24 mois par sa mère, dans le coffre de la voiture familiale.
Mardi, la cour d'assises de Corrèze a entendu le père de la petite Séréna, dissimulée pendant 24 mois par sa mère, dans le coffre de la voiture familiale. — GEORGES GOBET / AFP
  • Renvoyée pour « violences volontaires ayant entraîné une infirmité permanente » sur un mineur de moins de 15 ans, la mère de Séréna a exprimé ses « regrets » lundi face à la cour d’assises de Corrèze.
  • Découverte deux ans après sa naissance, dans le coffre de la Peugeot 307 de sa mère, Séréna souffre selon les experts d’un trouble autistique permanent.
  • Rosa Da Cruz encourt aujourd’hui une peine de 20 ans de prison.

De notre envoyée spéciale à Tulle (Corrèze)

« Il n’y a pas de papa formidable », euphémise Rosa Da Cruz. Renvoyée devant la cour d’assises de Corrèze pour « violences volontaires ayant entraîné une infirmité permanente » sur sa fille Séréna, née clandestinement un matin de novembre 2011, la quinquagénaire a tenté coûte que coûte de préserver son conjoint, Domingo Alves.

Entendu ce mardi par le tribunal, l’homme blessé à la jambe droite et installé dans un fauteuil roulant est apparu absent, distant, hagard. Mis en examen au début de la procédure, ce maçon âgé de 45 ans, père des quatre enfants de l’accusée, a bénéficié d’un non-lieu.

« Je ne savais rien »

Accompagné d’un interprète en langue portugaise, Domingo Alves, veste de survêtement beige sur le dos et teint hâlé, a répété aux juges et aux six jurés qu’il « ne savait rien » de cette quatrième grossesse et de la naissance de Séréna. Interpellé en état d’ivresse le jour de la découverte de la fillette dans le coffre de la Peugeot 307 de sa conjointe, l’homme a expliqué avoir été informé de l’existence de l’enfant lors de sa garde à vue.

Âgée de 24 mois, Séréna a été dissimulée tour à tour dans une pièce en travaux située au rez-de-chaussée de leur pavillon et dans le véhicule de Rosa Da Cruz. Comment le père des enfants élevés par le couple et tous trois en bonne santé, a-t-il pu ignorer pendant deux ans la présence de ce nourrisson ? Pour tenter de répondre à cette question, la cour est revenue sur les liens qui unissent le couple depuis quinze ans et sur ses dysfonctionnements.

Une famille de « machos »

En 2003, Rosa Da Cruz tombe enceinte de son premier enfant après un séjour au Portugal où elle retrouve Domingo Alves, ami d’enfance. Résidant en France, la jeune femme l’informe par téléphone de cette grossesse au bout de quelques mois. Absent après l’accouchement, il finit par rejoindre définitivement la mère de son fils en Corrèze. Un an plus tard, l’accusée accouche au Portugal dans la salle à manger de ses beaux-parents.

Tous ignoraient qu’elle était enceinte, elle y compris. C’est son premier déni de grossesse. Le troisième enfant du couple, une petite fille désirée selon la mère, sera connu du père au bout de six mois seulement. De ces naissances pourtant atypiques, Domingo Alves peine pourtant à se souvenir face à la cour.

Extérieur aux grossesses de sa conjointe, l’homme l’est aussi dans la gestion du quotidien. À la maison, ce maçon qui réfute son alcoolisme, ne participe à rien ou presque. « Y’avait des choses qu’elle faisait naturellement et quand elle me demandait de faire, je le faisais », se défend le père de famille.

C’est Rosa Da Cruz qui gère les courses, les comptes bancaires, la scolarisation des enfants. « Il a été élevé dans une famille au Portugal où les hommes sont machos, privilégient leurs sorties à eux », l'excuse l’accusée après l’audition de son concubin.

Et lorsque son conjoint est accusé de viol par une femme avec laquelle il reconnait une relation extra-conjugale, l'accusée, encore, «pardonne»: «On a eu une discussion et on s’est expliqué. J’ai demandé pourquoi il avait fait ça, qu’est-ce qui n’allait pas dans notre couple, il m’a dit qu'elle avait bu, que lui aussi, qu'une chose en entrainant une autre...Et après j’ai pardonné».

« Si elle avait voulu faire du mal, elle l’aurait tuée ! »

Ce détachement, Domingo Alves l’affiche aussi vis-à-vis des faits reprochés à Rosa Da Cruz. « Elle n’aurait pas dû faire ce qu’elle a fait mais je continue à vivre avec elle parce que c’est une bonne mère pour les enfants », explique simplement l’homme revenu depuis au domicile familial avec ses trois enfants et l’accusée.

« Savez vous combien d’années de prison votre compagne encourt ? » demande doucement Marie Grimaud, avocate d’une association constituée partie civile. « Non », répond l’homme en fauteuil roulant. « Vous savez pourquoi elle est là ? », enchaîne-t-elle. « A cause de Séréna », lâche-t-il dans un filet de voix.

- « Madame Da Cruz, elle encourt 20 ans. 20 » lui lance l’avocate.

- (Silence)

- « Vous en pensez quoi » ?

- « Elle a pas fait ça pour faire du mal à ma fille, si elle avait voulu faire du mal, elle l’aurait tuée ! Pour moi, elle est arrivée à un point de mensonge où elle était obligée ».

Un conjoint protégé

Repliée sur elle-même tout au long des débats lors de la première journée d’audience, Rosa Da Cruz a prêté une attention particulière à l’audition de son conjoint. Souriant, secouant parfois la tête, fronçant les sourcils, l’accusée a tenté de minimiser le désintérêt ou l’absence de Domingo Alves.

« Je pense qu’il était impressionné par le tribunal, par les personnes en face de lui (…) il arrivait pas à comprendre les questions (…) Il a bien compris que je passais en cour d’assises », a-t-elle réagi avant d’exonérer une dernière fois toute responsabilité de son conjoint.

- « Domingo a dit «on était heureux, on ne l’est plus, à cause de Séréna» », souligne l’avocate de Rosa Da Cruz.

- « C’est pas à cause de Séréna, c’est à cause de moi », rectifie sa cliente.

- « Et Séréna elle est handicapée à cause de quoi ? », poursuit son conseil.

- « A cause de moi ».

Le procès doit se poursuivre jusqu’au 16 novembre.