«Elle manquait un peu d'inexpérience»... Michel Fourniret laisse entendre qu’il n’aurait jamais tué si sa première femme avait été vierge

PROCÈS Jugé à Versailles pour un assassinat, Michel Fourniret a laissé entendre qu’il n’aurait jamais tué si sa première femme avait été vierge quand il l’a épousée en 1962…

Vincent Vantighem

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Michel Fourniret lors de son procès devant la cour d'assises des Ardennes en 2008.
Michel Fourniret lors de son procès devant la cour d'assises des Ardennes en 2008. — ALAIN JULIEN / AFP
  • Michel Fourniret est jugé à Versailles pour l'assassinat de Farida Hammiche. Son ex-femme, Monique Olivier, est jugée avec lui pour « complicité ».
  • Ce mardi, la cour d’assises s’est concentrée sur la personnalité des accusés.
  • Déjà condamné à perpétuité, Michel Fourniret sera fixé sur son sort dans ce dossier vendredi.

Forcée de tendre l’oreille et de répéter ses questions, la cour d’assises des Yvelines a d’abord pu penser, mardi matin, que Michel Fourniret avait vieilli. Qu’il ne pouvait s’exprimer que d’une voix fatiguée, éreintée. Qu’il souffrait de problèmes d’audition, de trous de mémoire. Mais, peu avant midi, « l’ogre des Ardennes », 76 ans, s’est remis à gronder. « T’as pigé, mec ? », balance-t-il alors, dans le prétoire, à l’attention de l’avocat Didier Seban qui le titille.

Certes, le tueur vient de parler de lui à la troisième personne. Mais tout le monde a bien « pigé » qu’il justifiait son odyssée criminelle par le fait que sa première femme n’était pas vierge lorsqu’il l’a épousée, en 1962. « Ce connard, ce type-là n’était pas peu fier de se marier puceau, dit-il alors de lui. Et il se marie avec une femme de sept ans, trois mois et dix-huit jours son aînée qui manquait un peu d'inexpérience… » Plus prosaïquement : si Annette R. n’avait pas eu « des vies » avant de le rencontrer, « tout ça ne serait jamais arrivé. »

Lunettes ovales et cheveux gris plaqués en arrière, visage émacié, Michel Fourniret vient de rappeler en deux phrases qu’il n’était pas un vieillard rabougri mais bien l’un des pires criminels que la France ait compté. Déjà condamné, en 2008, à la perpétuité incompressible pour avoir violé et tué sept jeunes femmes âgées de 12 à 22 ans, il comparaît cette semaine, à Versailles, pour l’assassinat de Farida Hammiche. Rien de sexuel dans cette affaire qui remonte à 1988. Il a expliqué, lors de l’instruction, qu’il avait poignardé à la baïonnette la jeune femme dans une forêt pour faire main basse sur le trésor du « gang des postiches ».

Monique Olivier, un « pétrin à modeler », une « pure idiote »

Un meurtre fondateur, selon l’accusation. Le magot – 20 kilos de lingots d’or, de napoléons et de pesos mexicains – lui aurait, en effet, permis de financer le fourgon C15 dans lequel il a enlevé ses jeunes victimes par la suite et surtout le château de Sautou dans les Ardennes où les corps de deux d’entre elles ont été déterrés, en 2004.

Le château de Sautou appartenant au couple Fourniret a été racheté par des pharmaciens belges après la découverte de deux corps enterrés dans le domaine.
Le château de Sautou appartenant au couple Fourniret a été racheté par des pharmaciens belges après la découverte de deux corps enterrés dans le domaine. - F.NASCIMBENI/AFP

Mais il est encore trop tôt pour parler des faits. Ce mardi, la cour d’assises se concentre donc sur la personnalité de l’accusé pour tenter de comprendre pourquoi il a agi de la sorte. Peine perdue. L’ogre confesse, d’une voix à peine audible, que son père était « porté sur la boisson », que l’une de ses filles s’est suicidée quand elle a appris ce qu’il avait fait et que Monique Olivier, sa troisième femme et complice, n’est rien d’autre qu’un « pétrin à modeler », « une pure idiote » qui n’a « rien entre les deux oreilles ».

« Une dangerosité criminelle intacte malgré son âge »

Et si la lumière venait d’elle, justement ? Assise dans le box à deux mètres de l’ogre, menton fuyant, traits chiffonnés et cernes creusés, elle comparaît pour « complicité ». Plus volontaire, elle raconte en début d’après-midi qu’elle a rencontré « l’ogre des Ardennes » après une première relation avec un homme qui la battait « comme on torturait les Arabes en Algérie ». Et pourtant, la vie avec Fourniret n’était pas plus « gaie ». « Je me suis rendu compte qu’il m’avait trompée sur toute la ligne, souffle-t-elle. Je suis impardonnable. Je demande pardon aux familles. »

C’est oublier un peu rapidement qu’elle a accepté de lui « livrer des vierges » pendant des années. Et, comme le précise le président de la cour d’assises, qu’elle ne s’est jamais enfuie quand elle en avait l’occasion. Mais la détention l’a aidée à « prendre conscience de [ses] actes », assure-t-elle. Là encore, les regrets sont faciles. Selon le psychologue qui l’a examinée récemment, « elle a tendance à banaliser sa responsabilité. »

C’est toujours mieux que son coaccusé. Décrit comme un « pervers narcissique mégalomaniaque, par les experts. Il n’est ni curable ni réadaptable et présente une dangerosité criminelle intacte malgré son âge. » Michel Fourniret a même avoué à son psychologue qu’il se sentait « en pleine forme ». Les jurés, cinq hommes et une femme, ont encore trois jours pour apprécier ce sentiment avant de rendre leur verdict.

Suivez la suite du procès sur le compte Twitter de notre journaliste : @vvantighem