Procès de la mère de Séréna: «Ambiguë» et «ambivalente», Rosa Da Cruz exprime ses «regrets» face au tribunal

COMPTE-RENDU Renvoyée pour « violences volontaires ayant entraîné une infirmité permanente » sur un mineur de moins de 15 ans, la mère de Séréna a exprimé ses «regrets» face à la cour d’assises de Corrèze…

Helene Sergent

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La mère de Séréna, retrouvée dans le coffre de sa voiture deux ans après sa naissance cachée, encourt jusqu'à 20 ans de prison.
La mère de Séréna, retrouvée dans le coffre de sa voiture deux ans après sa naissance cachée, encourt jusqu'à 20 ans de prison. — GEORGES GOBET / AFP
  • Rosa Da Cruz, 50 ans, a été rapidement interrogée par la cour d’assises à l’occasion de l’ouverture de son procès.
  • Pendant vingt-quatre mois, elle a dissimulé sa fille Séréna, née après un déni de grossesse, dans le coffre de sa voiture et dans une pièce vide de la maison familiale.
  • L’enfant, aujourd’hui âgée de 7 ans, souffrirait selon les experts d’un syndrome autistique permanent.

La silhouette est recroquevillée. La tête inclinée vers le sol. Cinq heures après l’ouverture de son procès devant la cour d’assises de Corrèze, Rosa Da Cruz paraît ratatinée sur sa chaise. Comme assommée par le récit des témoins intervenus en octobre 2013 à la découverte de sa fillette Séréna dissimulée dans le coffre de sa Peugeot 307.

Renvoyée pour « violences volontaires ayant entraîné une infirmité » sur un mineur de moins de 15 ans et par un ascendant, cette mère de famille aujourd’hui âgée de 50 ans encourt jusqu’à vingt ans de prison. Dès le début de l’audience, la quinquagénaire vêtue de noir a dit sa difficulté à être « confrontée à la réalité ». Une réalité parfois insoutenable et ravivée ce lundi par le récit du gendarme en charge l’enquête et par le pédiatre qui a examiné l’enfant à plusieurs reprises.

« J’avais pas envie de voir le mal »

Rosa Da Cruz ne veut pas voir, pas entendre. « C’est très dur de me confronter au mal que je lui ai fait. C’est très très dur », glisse-t-elle doucement aux jurés. Le président l’interroge sur l’objet de sa présence devant le tribunal : « Avez-vous lu le courrier qui vous était adressé et qui détaillait les raisons de votre renvoi devant la cour d’assises ? ». « J’ai pas lu le papier, j’avais pas envie de lire le mal que j’avais fait à Séréna, répond l’accusée. Je regrette énormément le mal que j’ai fait à Séréna, je le regrette. »

Mère de trois autres enfants - dont deux sont nés après un déni de grossesse total ou partiel - Rosa Da Cruz a livré au cours de l’enquête puis de l’instruction un récit ambivalent. Aux gendarmes, elle évoque son lien avec Séréna qu’elle appelle « sa fille », les soins apportés chaque jour malgré l’accouchement clandestin survenu au petit matin du 24 novembre 2011 dans le sous-sol du pavillon familial. Plus tard, elle explique au juge avoir « chosifié » l’enfant découvert au 8e mois de grossesse et ne l’avoir véritablement soigné qu’un an après sa naissance.

« Il y a de tout »

Une ambiguïté développée par les deux gendarmes entendus ce lundi par la cour. Epaules carrées, képi à la main, l’adjudant-chef chargé de l’enquête de flagrance a relaté un épisode qui l’a particulièrement marqué. Quelques jours après avoir placé l’habitation familiale sous scellé et après la mise en examen de Rosa Da Cruz, la gendarmerie reçoit un appel.

Au téléphone, la mère de Séréna reproche à l’enquêteur d’avoir laissé son chat coincé à l’intérieur de la maison devenue inaccessible. Elle le menace de porter plainte s’il arrive quelque chose à son animal. « Je lui ai fait la réflexion que pour une femme qui a abandonné… qui a laissé son bébé dans le coffre de sa voiture, elle porte beaucoup d’intérêt pour un chat ! », souffle le militaire.

Cette « ambiguïté », la gendarme chargée de la garde à vue de l’accusée l’a perçue dès le début de son audition : « Elle disait qu’elle ne voulait pas l’abandonner car elle aurait voulu s’en occuper comme les autres. Elle ne se rend pas compte de ce qu’il se passe, de la gravité des faits […] Il y a de tout » dans son rapport à l’enfant, ajoute l’enquêtrice.

« Si Séréna avait eu tout, elle n’aurait pas eu ces séquelles »

Un entre-deux, une zone grise résumée en une interrogation adressée au pédiatre qui a examiné Séréna. « Si elle avait eu tout, elle n’aurait pas eu ces séquelles. Si elle n’avait rien eu, elle serait morte. Disons qu’elle a eu un peu des deux ? », interroge Marie Grimaud, avocate de l’association Innocence en danger.

Le médecin, aujourd’hui à la retraite, hésite puis assène : « Même si la mère donnait un tout petit peu à l’enfant dans la journée, l’absence et le vide étaient trop importants ». Aujourd’hui, âgée de 7 ans, Séréna souffre d’un trouble autistique permanent. Le procès doit se poursuivre jusqu’au 16 novembre.