Le palais de justice de Lyon Illustration.
Le palais de justice de Lyon Illustration. — E. Frisullo / 20 Minutes

JUGEMENT

Lyon: Sept ans de prison ferme pour le chauffard qui avait tué Anne-Laure Moreno, la famille espère que cela va faire changer la loi

Il s'agit d'une peine rarement prononcée par un tribunal correctionnel...

  • Le tribunal correctionnel de Lyon a condamné lundi à sept ans de prison un chauffard qui avait tué une piétonne de 28 ans.
  • Le jeune homme roulait sans permis, à vive allure, sous l’emprise de l’alcool et de stupéfiants. Il avait également grillé plusieurs feux rouges avant de provoquer l’accident fatal à Anne-Laure Moreno.
  • L’entourage de la victime espère que cette décision incitera les politiques à faire évoluer la loi et à condamner plus sévèrement les auteurs de ces infractions.

« Une décision rassurante ». Soulagement à la sortie du palais de justice de Lyon. Lundi, le tribunal correctionnel a condamné Kialanda Kialanziga à 7 ans de prison ferme alors que le ministère public avait requis une peine de huit ans. Ladson Da Cruz Sangao, qui comparaissait à ses côtés, a écopé de huit mois de prison ferme.

Le premier était poursuivi pour avoir provoqué la mort d'Anne-Laure Moreno le 23 octobre 2016, et le second pour avoir pris ses jambes à son cou au lieu de porter secours à la victime et son amie, Julie, très gravement blessée.

« On allait au casse-pipe »

« Mon client trouve la peine un peu sévère mais je lui ai répondu qu’elle était équilibrée compte tenu de toutes les infractions qui lui étaient reprochées », réagit Jean-Baudoin Shibaba-Kakela, le défenseur de Kialanziga. « Je l’ai prévenu qu’avec un dossier comme celui-là, on allait au casse-pipe », enchaîne l’avocat, précisant que son client ne ferait pas appel.

Le jour du drame, le garçon partait faire la fête avec des copains, remontant le cours Vitton à toute allure. Au volant du bolide, Kialanda Kialanziga grille les feux les uns à la suite des autres, sans jamais ralentir. Le compteur monte à 104 kilomètres/heure, alors qu’il n’a pas le permis de conduire et que le véhicule, qu’il a emprunté à sa copine, n’est pas assuré. A l’intérieur de l’habitacle, l’alcool coule à flots. Les joints circulent aussi de main en main.

« Une peine correcte même si cela ne ramènera pas mon amie »

Le jeune homme finit par s’encastrer dans une voiture, qui sous l’impact du choc, monte sur le trottoir et fauche Anne-Laure et Julie. La première ne se relèvera jamais et décédera avant l’arrivée des secours. « Je trouve que c’est une peine correcte même si cela ne ramènera pas mon amie », témoigne Julie, qui a passé six mois à l’hôpital après l’accident.

« J’avais besoin que la justice reconnaisse ce qu’on a vécu. Et j’ai le sentiment que cela a été le cas. C’est un signal envoyé. On s’est beaucoup battu pour faire du bruit », ajoute la jeune femme qui espère « se reconstruire [après] le tsunami » qu’elle a vécu.

« Ce jugement fera certainement jurisprudence »

«La peine est lourde au regarde de ce que prévoit la loi. Sept ans ne sont généralement pas prononcés par un tribunal correctionnel dans ce type d'infractions», rappelle Laurent Bohé, l'avocat de la famille Moreno. Eric Moreno, le père de la jeune femme, salue lui aussi la décision des juges.

« Ce jugement fera certainement jurisprudence. Le condamné doit comprendre ce qu’il a fait. Les amis de son quartier doivent désormais écouter ce que vient de dire la justice. Qu’ils comprennent désormais qu’ils ne peuvent pas avoir ce comportement en toute impunité », avance-t-il, annonçant vouloir continuer «le travail citoyen» engagé depuis le décès de sa fille.

« Il s’agit d’interpeller les politiques afin qu’ils fassent faire évoluer la loi en s’attachant désormais aux comportements des conducteurs. Ils pourraient peut-être envisager de remonter le plafond possible des peines dans ce type d’infractions. Aujourd’hui, on ne peut pas dépasser 10 ans de prison », rappelle-t-il.

La loi actuelle inadaptée ?

Un avis partagé par Laurent Bohé, son avocat. « La loi actuelle n’est sans doute plus adaptée à ce type d’infractions », estime-t-il, encourageant les politiques à la réflexion. « Lorsque l’on porte atteinte à la vie de quelqu’un, on peut penser que l’on bascule, non plus dans l’acte délictuel, mais dans l’acte criminel ». Ce qui sous-entendrait être jugé dans ce cas, devant une cour d’assises.

« Comparaître devant des jurés populaires n’est pas la même chose que d’être devant des juristes. On sait que les jugés populaires donnent la température de la société », ajoute l’avocat. Et que les peines encourues aux assises peuvent aller jusqu’à 15 ou 20 ans de prison.