Michel Fourniret jugé pour avoir tué Farida Hammiche et volé le magot du gang des postiches

ASSISES Michel Fourniret et son ex-femme Monique Olivier sont jugés pour avoir tué Farida Hammiche et s’être emparés du magot du gang des postiches…

Vincent Vantighem

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Michel Fourniret lors de son procès devant la cour d'assises des Ardennes en 2008.
Michel Fourniret lors de son procès devant la cour d'assises des Ardennes en 2008. — ALAIN JULIEN / AFP
  • Michel Fourniret et Monique Olivier sont jugés aux assises à Versailles. Ils sont accusés d’avoir assassiné Farida Hammiche et volé un magot. Il s’agirait du trésor des «postiches», un gang de braqueurs des années 1980.
  • Déjà condamnés à la perpétuité, Michel Fourniret et Monique Olivier ont reconnu les faits.
  • Lors de ce procès, certains avocats souhaitent les interroger sur Estelle Mouzin.

Des kilos d’or enterrés dans un cimetière. D’anciens braqueurs. Un tueur en série. Et un cadavre introuvable qui n’a donc jamais pu livrer ses secrets. Cela ressemble au scénario d’une série B. Mais c’est bien l’un des chapitres de l’histoire de Michel Fourniret, 76 ans, que la cour d’assises des Yvelines va examiner, à partir de ce mardi. Aux côtés de son ex-épouse Monique Olivier, le tueur va être jugé, pendant quatre jours à Versailles, pour le meurtre de Farida Hammiche et le vol du magot du gang des postiches.

Le fric-frac est digne des années 1980. A l’époque, Michel Fourniret n’est pas encore « l’ogre des Ardennes ». Mais il purge déjà une peine de prison à Fleury-Mérogis (Essonne) pour une série d’agressions sexuelles sur mineurs. Pour éviter de subir les désagréments dus aux « pointeurs » en détention, il se place sous la protection de Jean-Pierre Hellegouarch. Derrière les barreaux pour un moment, ce braqueur cherche justement quelqu’un pour l’aider à faire main basse sur le trésor du gang des postiches dont il a découvert l’emplacement auprès d’un autre codétenu.

Dans la caisse à outils, des lingots, des Napoléon, des pesos mexicains

C’est ainsi que, libéré pour « bonne conduite » en 1987, Fourniret est chargé de retrouver Farida, la femme du braqueur, afin de l’aider à déterrer le trésor. « Je n’ai pas vu le danger, confiera plus tard Hellegouarch. Farida trouvait [que] Fourniret et sa femme [étaient] amusants. Entre nous, on les appelait les Popeye… »

Rendez-vous est donc fixé au cimetière de Fontenay-en-Parisis (Val d’Oise). Et après deux repérages, Fourniret attaque la terre située entre le mur d’enceinte et la tombe numéro 30, celle de Louis Gloriand. Rapidement, la pioche heurte une caisse à outils rouge. A l’intérieur, des boîtes en plastique remplies de lingots, de Napoléon et de pesos mexicains. « Vingt kilos d’or », selon les enquêteurs. Le fruit de la vie de braquages des célèbres « postiches ».

Fourniret a trouvé « difficilement soutenable » que sa victime gémisse

30.000 Francs et l'achat d’une ferme ? 500.000 Francs ? Impossible de savoir combien Fourniret avait négocié pour accepter le travail. Les versions divergent. Mais visiblement, ce n’était pas suffisant. « Quelque temps après, il m’a dit que ce serait mieux d’avoir un peu plus… et même tout », a fini par reconnaître Monique Olivier devant les enquêteurs.

Monique Olivier ici en 2008 aux assises de Charleville-Mézière.
Monique Olivier ici en 2008 aux assises de Charleville-Mézière. - François Nascimbeni / AFP

Michel Fourniret embarque à nouveau Farida Hammiche pour une promenade. Autour de Clairefontaine cette fois-là. Il lui fait croire qu’il a besoin d’elle pour récupérer des armes planquées dans une ferme. Mais sitôt descendu de voiture, il la poignarde « avec une ancienne baïonnette très pointue (…) qu’il avait récupérée chez [son] beau-père » avant de l’étrangler et de la balancer dans le coffre de la voiture. Le tueur ira jusqu’à avouer aux enquêteurs que la jeune femme a continué à gémir sur plusieurs kilomètres « ce qui [lui] a été difficilement soutenable » avant qu’il ne s’arrête enfin pour l’enterrer.

L’ombre d’Estelle Mouzin sur le procès

Déjà condamné à la perpétuité incompressible pour cinq meurtres et deux assassinats, « Michel Fourniret n’attend pas grand-chose de ce procès, indique Grégory Vavasseur, son avocat. Dans cette affaire, il a livré des aveux circonstanciés et il n’est pas du genre à revenir dessus. » Monique Olivier, 70 ans, est dans le même état d’esprit. « Elle a reconnu sa complicité, explique Richard Delgenes, son avocat. Elle a avoué qu’elle était allée voir Jean-Pierre Hellegouarch au parloir, en prison, pour lui faire croire que Farida était toujours vivante alors que c’était faux… »

Les parties civiles, elles, souhaitent avoir des précisions. « Nous n’avons pas perdu espoir de savoir où est enterrée Farida », explique ainsi Corinne Herrmann, avocate de Jean-Pierre Hellegouarch. Ni de faire avouer à l’ogre d’autres crimes. « Certains vont profiter de l’audience pour l’emmener sur d’autres dossiers, pronostique déjà Grégory Vavasseur. Michel Fourniret est énigmatique donc il n’est pas exclu qu’il livre quelques indices. Mais il m’a toujours dit qu’il n’avait rien à voir avec la disparition d’Estelle Mouzin. »

Car c’est bien la fillette volatilisée en 2003 à Guermantes (Seine-et-Marne) qui sera dans tous les esprits lors de ce procès. Michel Fourniret a toujours nié son implication dans sa disparition. Et les dernières fouilles n’ont rien donné. Mais les enquêteurs savent également que tous les dossiers sont liés.

Le château de Sautou appartenant au couple Fourniret a été racheté par des pharmaciens belges après la découverte de deux corps enterrés dans le domaine.
Le château de Sautou appartenant au couple Fourniret a été racheté par des pharmaciens belges après la découverte de deux corps enterrés dans le domaine. - F.NASCIMBENI/AFP

Si l'assassinat de Farida Hammiche est le seul crime non sexuel reconnu par Fourniret, il est surtout celui qui lui a permis de financer quinze ans de viols et de meutres. Grâce au magot des « postiches », l’ogre et sa femme se sont, en effet, offert un fourgon C15 pour enlever leurs victimes âgées de 12 à 31 ans et surtout le château de Sautou dans les Ardennes où les corps de deux d’entre elles ont été déterrés il y a 14 ans.

Le verdict devrait être rendu par la cour d’assises des Yvelines dans la soirée de vendredi.

Suivez l’audience en direct sur le compte Twitter de notre journaliste :  @vvantighem

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