Procès de Georges Tron: La théorie du complot politique vacille à l'audience

COMPTE-RENDU Acteurs centraux de la défense de Georges Tron depuis 2011, les frères Olivier, opposants politiques au sein de la municipalité de Draveil ont fermement nié l’existence d’un « complot » ou d’un quelconque « ressentiment » à l'égard de l'accusé…

Helene Sergent

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Georges Tron est jugé à Bobigny pour
Georges Tron est jugé à Bobigny pour — THOMAS SAMSON / AFP
  • Georges Tron et son adjointe Brigitte Gruel sont poursuivis pour « viols » et « agressions sexuelles » en réunion devant les assises de Bobigny.
  • Ce mardi, le tribunal s’est penché sur la théorie du complot politique avancée depuis le début des investigations par la défense.
  • Jacques et Philippe Olivier, anciens membres du Front national opposés à un projet immobilier local, ont nié toute velléité de « vengeance » à l’égard de Georges Tron.

Sur sa chaise, Georges Tron plie et déplie ses jambes, fait la moue, agite sa tête de gauche à droite, soupire parfois. Une agitation inhabituelle pour l’élu de l’Essonne resté impassible depuis le début de son procès pour « viol » et « agressions sexuelles » en réunion. La cause de cette fébrilité fugace : les auditions de Jacques et Philippe Olivier.

Frères jumeaux proches du Front national, ces deux habitants de Draveil sont pointés depuis le début de l’instruction en 2011 par la défense comme les artisans d’un complot politique. Longuement entendus par la cour, l’un et l’autre ont fermement nié les accusations des avocats des accusés. Opposés à un projet immobilier porté par Georges Tron, les frères Olivier ont brocardé l’ancien secrétaire d’Etat dépeint en politicien enferré dans « le mensonge ».

La thèse du complot

Depuis le début de l’affaire, Georges Tron est formel, il est victime d’une tentative de déstabilisation orchestrée par le Front national. Selon lui, le parti cherche à l’évincer de l’échiquier politique local après un différend avec deux figures soupçonnées proches du parti : les frères Olivier. Tous deux sont anciens membres et cadres du FN et l’un d’eux est devenu le mari d’une des filles de Jean-Marie Le Pen.

Habitants de Draveil, ils se sont opposés dès 2009 à un projet porté par le maire de la commune visant à transformer l’hôpital Joffre en logements. Les plaintes pour agressions sexuelles déposées en 2011 seraient l’occasion, selon la défense, de se « débarrasser » de l’ex-secrétaire d’Etat. Selon elle, Jacques Olivier aurait conseillé l’une des plaignantes, et entretenu des liens de proximité avec l’autre. Une théorie balayée par le témoin qui recconnaît la présence d’une des plaignantes lors d’un dîner « avec 15 ou 20 personnes » dans l’une de ses propriétés, la « Serre », un lieu festif où l’homme aime recevoir. « Y’a plus intime pour un complot », glisse-t-il.

« Le FN se fiche de Georges Tron »

Si tous deux ont reconnu des « liens » et un engagement auprès du parti frontiste, ils ont expliqué au tribunal avoir « rompu » avec le FN. « J’ai quitté le FN le 5 décembre 1998. J’ai été exclu du parti et déclaré indésirable. Être déclaré indésirable, c’est être un traître au FN », a détaillé Philippe Olivier en préambule de sa longue intervention. Au-delà de ces rapports avec cette formation politique, c’est le manque d’intérêt du parti pour Georges Tron qui décrédibilise la thèse du complot selon les témoins.

« Le FN se fiche complètement de Georges Tron, c’est un maire d’une commune 29.000 habitants, c’est un parlementaire qui n’a pas de bilan, c’est un secrétaire d’Etat technique qui passe à la télé pour expliquer ce qu’est le point d’indice des fonctionnaires », lâche-t-il, cruel. Pourtant souligne l’avocat de Georges Tron, Philippe Olivier s’est opposé à deux reprises lors d’élections locales, en vain :

- « Vous avez perdu à deux reprises face à Georges Tron », lance l’avocat.

- « Je m’en fiche, j’ai défendu mes idées »,

- « Moi non, une défaite politique, ça peut créer un peu d’aigreur »

Des liens ambigus 

Présentés l’un et l’autre comme « repentis » du Front national, les frères Olivier auraient toutefois conservé des liens avec certaines branches du parti. Lors des investigations, les enquêteurs ont pu constater qu’une association de soutien à Marine Le Pen, « Energie Bleu Marine » était domiciliée chez Jacques Olivier et présidée par l’un de ses amis, ancien membre du mouvement Skin-head. « C’est triste pour lui, mais ça reste mon ami », bafouille le témoin interrogé à ce sujet.

Son frère quant à lui aurait été aperçu lors d’une université d’été du FN en 2011, avance l’avocat de Georges Tron. « Peut-être », élude Philippe Olivier qui fixe à 2011 l’année pendant laquelle il acte sa rupture avec Marine Le Pen. En 2015 toutefois, l'homme redevient conseiller de Marine Le Pen et a rejoint depuis les instances dirigeantes du parti.

Insuffisant toutefois à ses yeux pour justifier l’organisation d’un « complot » contre Georges Tron. « Tout le monde savait. Il était connu dans le monde politique et médiatique comme fétichiste des pieds. Il était appelé le masseur chinois. J’ai exprimé publiquement mon point de vue en disant que je ne pensais pas que Georges Tron pouvait rester après le début de l’affaire. Je ne devais pas me taire mais ça ne fait pas de moi un comploteur ».