VIDEO. Procès de Georges Tron: L'une des accusatrices reconnaît des «incohérences» mais elle n'a jamais «exagéré» sur les faits

PROCES Virginie Ettel, l’une des deux plaignantes au procès de Georges Tron et Brigitte Gruel, a été entendue pendant près de sept heures. Son récit, parfois imprécis, et ses erreurs factuelles ont longuement été disséqués…

Caroline Politi

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Virginie Ettel, partie civile au procès de Georges Tron
Virginie Ettel, partie civile au procès de Georges Tron — JACQUES DEMARTHON / AFP
  • Georges Tron et son ancienne adjointe à la mairie de Draveil sont jugés depuis la semaine dernière pour « viols » et « agression sexuelle » en réunion.
  • Les deux élus nient en bloc les accusations dont ils font l’objet.
  • La cour s’est longuement attachée à éclaircir des erreurs factuelles dans le récit de Virginie Ettel.

D’emblée, Philippe Coirre, le président de la cour d’assises de Seine-Saint-Denis, tient à mettre les points sur les « i » : ses questions seront à charge et à décharge, certaines seront peut-être considérées comme « désagréables » mais elles sont nécessaires à l’émergence de la vérité. Inutile donc de « chercher à en déduire » un quelconque positionnement de sa part. La mise en garde du magistrat ne doit rien au hasard. Au septième jour du procès de Georges Tron et de Brigitte Gruel, son ancienne adjointe à la mairie de Draveil, pour « viols » et « agressions sexuelles » en réunion, la cour a entendu pendant près de sept heures Virginie Ettel, l’une des deux plaignantes. Or, l’an dernier, son audition s’était déroulée dans un climat de tension extrême, annonciateur du renvoi du procès.

Ce mercredi, l’ambiance était plus sereine. Tout de noir vêtue, ses longs cheveux blonds laissés libres, Virginie Ettel a livré à la cour sa version des faits. A commencer par son étonnement lorsque, dès leur première rencontre, l’ancien secrétaire d’Etat lui saisit le pied pour le masser. C’était en juin 2008, à une permanence de la mairie où elle s’était rendue pour trouver un travail. « J’étais surprise mais je ne me suis pas sentie agressée », précise-t-elle. Une semaine plus tard, elle accepte un déjeuner avec Georges Tron et son attachée parlementaire, Lucile Mignon. Selon son récit, elle a passé le repas la jambe posée sur la cuisse de l’édile. « Il n’y avait pas de pression, il me caressait les pieds. » Malgré sa « gêne », elle accepte un poste à la mairie de Draveil dès le mois de septembre. Pourquoi accepter ce travail, s’étonne le président, contrairement à l’autre plaignante, elle n’est pas dans une situation économique difficile, son mari gagne confortablement sa vie. « J’ai pensé que dans un milieu professionnel cela ne se reproduirai pas. »

« Pour moi, je suis en train de mourir »

Pendant un an, pourtant, Georges Tron lui massera les pieds régulièrement, assure-t-elle à la barre. Lorsqu’elle s’en ouvre à ses collègues, ceux-ci lui répondent qu’elle est « prout-prout », « trop coincée ». Elle n’imagine néanmoins pas démissionner, essaye de « relativiser », de « séparer les deux ». Jusqu’à un déjeuner officiel, dans une salle de l’hôtel de ville. En larmes à la barre, elle raconte s’être retrouvée enfermée dans la pièce avec Georges Tron et Brigitte Gruel après le départ des invités. L’édile lui aurait saisi le pied pendant que son adjointe la déshabillait et lui caressait la poitrine. Elle affirme que l’homme politique lui aurait fait subir un viol digital. Assis sur leurs chaises, les deux accusés, qui ont toujours nié, l’écoutent, impassibles. Georges Tron et Brigitte Gruel pouvaient-ils ignorer qu’elle n’était pas consentante, l’interroge le président, particulièrement pédagogue depuis le début du procès. « Quand on ne participe pas, qu’il y a un corps qui est une poupée de chiffon, on voit bien qu’il n’y a pas consentement », répond-elle du tac au tac.

Reste que pendant de longs mois, Virginie Ettel a affirmé que ce déjeuner avait eu lieu le 12 novembre 2009. « Vous étiez même très affirmative sur la date », fait remarquer le président. Pourtant, les investigations ont montré que ce repas avait eu lieu une semaine plus tard, le 19 novembre. En apparence, l’erreur peut sembler anodine, d’autant que la plainte a eu lieu deux ans après les faits allégués. Elle constitue en réalité un axe central de la défense. Car le soir du 19, quelques heures, donc, après le viol dont elle accuse Georges Tron, la mère de famille fait une tentative de suicide. Un drame qu’elle a longtemps situé un mois plus tard, sans le lier directement au déjeuner. « Vous donnez certains éléments très précis sur cette soirée du 19 et vous omettez votre tentative du suicide », s’étonne Me Antoine Vey, l’un des avocats de Georges Tron. Au cours de plusieurs auditions, la plaignante a expliqué s’être longuement lavée avec une « brosse à ongles » puis avoir fait la cuisine à ses enfants avant de se coucher. « J’étais dans le brouillard », reconnaît-elle entre deux sanglots.

« Vous n’êtes pas un pantin »

Mais dans ce dossier où la parole des uns s’oppose en tout point à celle des autres, les incohérences de Virginie Ettel ont longuement été décortiquées. Après sa seconde tentative de suicide, en avril 2010, elle décide de quitter la mairie. Mais pourquoi avoir joint à sa lettre de démission une missive de remerciement à l’intention du maire dans laquelle elle confie avoir « adoré travailler [ses] côtés » ? Elle explique l’avoir fait à la demande de l’attachée parlementaire de Georges Tron à l’époque, cette dernière lui aurait quasiment « dicté » la lettre. « Vous n’êtes pas un pantin », tonne Me Eric Dupond-Moretti, l’autre avocat de l’édile. Quid également de la rumeur de son cancer de l’utérus qu’elle a elle-même lancé ? Virginie Ettel reconnaît un mensonge mais affirme qu’il s’agissait d’un subterfuge pour tenir Georges Tron à distance après la seconde agression sexuelle dont elle accuse le maire et son adjointe. Selon son récit, celle-ci aurait eu lieu en janvier 2010, au domicile de Brigitte Gruel.

« Je peux comprendre que certaines de mes incohérences peuvent me porter préjudice », a reconnu Virginie Ettel, en réponse à une question de Me Frank Natali, le conseil de Brigitte Gruel. Mais celle qui désormais vit dans le sud de la France, à 900 kilomètres de Draveil, affirme n’avoir jamais varié sur les faits. « Les mensonges, je ne les ai jamais cachés et les faits, je n’en ai raconté que deux. Je ne les ai pas exagérés, j’ai toujours dit qu’il y avait un viol et une agression sexuelle », argue-t-elle à la barre. Georges Tron et son ancienne adjointe à la culture ne seront entendus qu’en fin de semaine prochaine. Ils encourent 20 ans de réclusion criminelle.