Procès Georges Tron: Une ex-employée relate des relations consenties avec les accusés et fragilise la thèse de la défense

COMPTE-RENDU Cyrille D., employée de la mairie de Draveil depuis 2002 a maintenu face à la cour avoir entretenu une relation avec Georges Tron et avoir eu une relation sexuelle avec le maire et son adjointe…

Helene Sergent

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Georges Tron a toujours nié avoir eu quelconque relation sexuelle avec Brigitte Gruel, son adjointe.
Georges Tron a toujours nié avoir eu quelconque relation sexuelle avec Brigitte Gruel, son adjointe. — THOMAS SAMSON / AFP
  • Le procès du maire de Draveil, Georges Tron (LR), et de son adjointe Brigitte Gruel, tous deux poursuivis pour « viols » et « agressions sexuelles » en réunion, s’est ouvert mardi à Bobigny.
  • Deux ex-employées de la mairie accusent les élus d’agressions sexuelles sous couvert de séances de « réflexologie ».
  • Ils encourent chacun jusqu’à vingt ans de prison.

La voix est calme, le débit posé. Pendant près de trois heures, Cyrille D., ex-employée de la mairie de Draveil entre 2002 et 2014, a été auditionnée par la cour d’assises de Bobigny. Mains fermement accrochées à la barre, cheveux courts et pull posé sur les épaules, l’ancienne collaboratrice au cabinet de Georges Tron puis directrice de l’enfance à la mairie est venue fragiliser la thèse portée depuis le début de la procédure par les accusés.

Poursuivis pour « viols » et « agressions sexuelles » en réunion, le maire LR de Draveil et son adjointe Brigitte Gruel ont toujours nié les faits qui leur étaient reprochés par deux anciennes salariées. Les viols, les agressions mais également tous les témoignages d’anciens agents municipaux faisant état d’une relation amoureuse entre eux.

« Ça m’a fait du bien »

C’est un témoin central dans ce dossier. A l’exception des deux plaignantes, Cyrille D. est la seule à avoir relaté aux enquêteurs une relation à trois survenue avec les accusés. Contrairement à Virginie Ettel et Eva Loubrieu, elle, a toujours répété qu’il s’agissait d’une relation consentie. « Je n’ai jamais eu le sentiment de subir (…) c’est quelque chose qui m’a fait du bien au moment ou moi je n’allais pas bien », a-t-elle expliqué ce vendredi à la cour d’assises. Récemment séparée, cette mère de famille est arrivée à la mairie de Draveil en 2002, recrutée par Georges Tron, puis intégrée au cabinet du maire en 2007. Stagiairisée puis titularisée, la jeune femme a détaillé la scène relatée lors de son audition par les policiers.

La scène aurait eu lieu lors d’une séance de signature des « parafeurs » : « Le maire m’a fait venir, Brigitte Gruel était là. On avait pour habitude de s’installer par terre sur la moquette, c’était plus confortable. Là madame Gruel est passée dans mon dos, m’a caressé la poitrine pendant que monsieur Tron s’occupait de mes pieds, ses mains sont remontées sur mes cuisses (…) et ça s’est fini sur une relation entre Brigitte Gruel et Monsieur Tron ». « Quel type de relation ? », interroge le président. Les mots peinent à sortir, Cyrille D. lâche doucement : « Il l’a léchée ». Un « détail » vivement contesté par Antoine Vey : « Vous n’avez jamais dit ça aux enquêteurs ! » souligne l’avocat du maire.

Un témoignage gênant

Les avocats de la défense le savent, le témoignage de Cyrille D. pourrait sérieusement gêner la thèse avancée depuis le début par leurs clients. Articulée, constante, cette femme n’a jamais accusé Georges Tron ou Brigitte Gruel des crimes reprochés par les plaignantes. Mais son simple récit pourrait accréditer les scènes décrites par Eva Loubrieu et Virginie Ettel.

Frank Natali et Antoine Vey, avocats des deux élus, ont bien tenté de déstabiliser le témoin en relevant les détails évoqués face au tribunal et tus devant les policiers ou l’enregistrement clandestin réalisé par la jeune femme avec une de ses anciennes collègues qui lui reprochait l’évocation de relations avec le maire et Brigitte Gruel devant la police, en vain.

« Sa stratégie était de m’isoler »

Au-delà des simples relations sexuelles évoquées, Cyrille D. a également attesté l’existence de pressions pilotées par le maire et la possibilité d’abus de sa position hiérarchique à l’égard de certaines jeunes femmes. « Quand je l’ai rencontré, j’étais demandeuse d’un logement, d’un travail. J’ose imaginer que les cas de figure de ces autres femmes étaient les mêmes (…) Il y avait quand même un pouvoir au-dessus de nous qui est M. Tron et qu’on ne pouvait pas éviter », a-t-elle expliqué.

Une position de force que le maire n’aurait pas hésité à utiliser après les révélations de Cyrille D. aux enquêteurs : « La stratégie de monsieur Tron était de m’isoler pour me pousser au suicide (…) Je n’imaginais pas une seule seconde qu’il donnerait des directives à ses élus à mon égard (…) Tout a changé dès que j’ai été entendue par la police. J’ai voulu partir, trouver un emploi ailleurs ». Un départ qu’elle actera en 2014, trois ans après le début de l’affaire.