Lyon: Les manifestants avaient été bloqués, la justice ordonne la mise en examen des anciens chef de police et préfet du Rhône

REBONDISSEMENT Le 21 octobre 2010, la police avait confiné les manifestants place Bellecour lors d'une manifestation contre la réforme des retraites...

C.G. avec AFP

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Des CRS lors d'une manifestation à Lyon. (Illustration)
Des CRS lors d'une manifestation à Lyon. (Illustration) —

La justice a ordonné jeudi la mise en examen de l’ancien préfet du Rhône Jacques Gérault et de l’ex-patron de la police du département Albert Doutre pour avoir bloqué en 2010 des centaines de manifestants sur la place Bellecour à Lyon.

Le 21 octobre 2010, lors d’une manifestation contre la réforme des retraites, la place avait été bouclée par les forces de l’ordre, empêchant les centaines de manifestants qui s’y trouvaient de rejoindre le cortège. Le mouvement sur les retraites avait donné lieu les jours précédents à de nombreux incidents dans le centre-ville.

Un collectif, mené par des organisations syndicales et des associations et appelé « Collectif du 21 octobre », avait ensuite été créé pour porter ces faits devant la justice, estimant qu’ils s’apparentaient à « une garde à vue à ciel ouvert ».

Un premier non-lieu

A l’époque, le directeur départemental de la sécurité publique du Rhône Albert Doutre avait justifié le choix des autorités de « figer » ces manifestants, majoritairement des lycéens - au nombre de « 200 » selon la police, « plus de 700 » selon le collectif - pour une « opération globale de contrôle d’identité ».

Albert Doutre et l’ancien préfet Jacques Gérault avaient bénéficié le 2 février 2017 d’un non-lieu. Le Collectif du 21 octobre avait fait appel. Jeudi, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Lyon a ordonné le renvoi des deux fonctionnaires vers un juge d’instruction et leur mise en examen notamment pour « privation de liberté illégale » par « personne dépositaire de l’autorité publique » et entrave à la liberté de manifester.

« Cette décision est surprenante. Les deux juges avaient prononcé un non-lieu, le parquet général avait requis un non-lieu. Ce n’est pas ce que nous attendions », a déploré l’avocat d’Albert Doutre, Me Gabriel Versini.

« Lyon était à feu et à sang »

«Il ne faut pas oublier que ce jour-là, Lyon était à feu et à sang, l’ordre public a été maintenu sans blessé, et les décisions ont été prises dans le consensus de toutes les autorités, préfectorales, judiciaires et politiques », a-t-il ajouté.

« On est très heureux de cette décision, c’est la bataille qu’on mène depuis huit ans », s’est félicité de son côté Françoise Chalon (CGT), membre du « collectif du 21 octobre ». « La police avait décidé d’encercler tous les lycéens qui arrivaient sur la place Bellecour, en provenance d’établissements situés en banlieue lyonnaise, convaincue qu’il s’agissait de casseurs », a estimé la syndicaliste, dénonçant « les erreurs d’appréciation » des autorités ce jour-là.