VIDEO. Procès Georges Tron: Ancien soutien de l'élu, une employée dénonce «l'emprise» d'un «gourou de secte»

COMPTE-RENDU Jeudi, lors de son audition devant la cour d’assises de Bobigny, Lucile Mignon, employée à la mairie de Draveil, soutien de Georges Tron avant de l’accuser à son tour de harcèlement moral, a qualifié l’élu de « gourou d’une secte »…

Helene Sergent

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Georges Tron (au centre) accompagné de ses avocats Antoine Vey et Eric Dupond-Moretti.
Georges Tron (au centre) accompagné de ses avocats Antoine Vey et Eric Dupond-Moretti. — THOMAS SAMSON / AFP
  • Le procès du maire de Draveil, Georges Tron (LR), et de son adjointe Brigitte Gruel, tous deux poursuivis pour « viols » et « agressions sexuelles » en réunion, s’est ouvert mardi à Bobigny.
  • Deux ex-employées de la mairie accusent les élus d’agressions sexuelles sous couvert de séances de « réflexologie ».
  • Ils encourent chacun jusqu’à vingt ans de prison.

Particulièrement attendue, la cour n'avait pu l'entendre lors du procès avorté en décembre 2017. Ce jeudi, face aux jurés de la cour d’assises de Bobigny, l’ex-attachée parlementaire du député-maire Georges Tron (LR), s’est présentée au tribunal comme la « troisième victime » de l’élu, celle « non-reconnue » par la justice. Interrogée par visioconférence, elle a déposé plainte contre son ancien patron plusieurs mois après les premières accusations de deux autres anciennes employées de la mairie, Eva Loubrieu et Virginie Ettel, aujourd’hui parties civiles dans ce procès.

Celle qui fut un soutien affiché du maire dans un premier temps et suspectée d’avoir menacé l’une des plaignantes, l'accuse désormais elle aussi de harcèlement moral et d’attouchements. Une volte-face difficile à justifier à l’audience face aux interrogations des avocats de la défense. Poursuivi pour « viols » et « agressions sexuelles » en réunion au côté de son adjointe Brigitte Gruel, l’élu, lui, n’a cessé de nier le récit parfois confus de cette mère de quatre enfants.

Soutien et menaces

Rares sont les jurés à avoir levé la tête de leurs notes ce jeudi matin.Il fallait être attentif pour démêler, sept ans après le début de la procédure, les diverses versions livrées par Lucile Mignon aux enquêteurs. Recrutée en 2005 par Georges Tron, la fonctionnaire âgée aujourd’hui de 48 ans, a comme de nombreux employés de la mairie, soutenu dans un premier temps l’élu lorsque l’affaire éclate le 25 mai 2011.

Soutien qui se traduira notamment par des menaces soufflées àVirginie Ettel, l’une des plaignantes qui accuse Georges Tron de viol. Lucile Mignon conseille à son ancienne collègue et amie de se méfier, de « regarder devant elle » et ajoute que le maire détient « un épais dossier sur elle ». Propos qui lui valent alors d’être placée en garde à vue.

« Un choc », raconte à la cour Lucile Mignon. À sa 5e audition, et face à une magistrate pressante, l’attachée parlementaire s’ouvre : « Ce n’était pas à moi de porter ça, les menaces, les pressions (…) C’est à la demande de M. Tron que je suis allée voir Virginie Ettel ». Cette dernière, qu’elle a pourtant décrite tout au long de ses auditions comme « consentante », « mythomane » et « manipulatrice » est devenue depuis à ses yeux « victime de viol » : « aujourd’hui je ne remets pas en doute le fait qu’elle a été violée ». « Donc vous changez de version ? », demande le président, « Oui », confirme-t-elle sous le regard satisfait des avocats de la défense.

« J’étais en état de sidération »

Mais le revirement de Lucile Mignon va au-delà de sa considération tardive pour les accusations de son ancienne collègue et amie. En octobre 2011, soit cinq mois après les deux premières plaintes, elle accuse Georges Tron de harcèlement moral après la perte de son statut de collaboratrice. Comme les deux plaignantes, elle fait le récit d’une séance de réflexologie avec le maire et Brigitte Gruel, séance conclue par des caresses sur son pubis.

« J’avais très mal à la tête, je lui en ai fait part, il m’a proposé de me soulager par le biais de la réflexologie, (…) j’étais en confiance, c’était mon patron », détaille-t-elle à la cour avant de poursuivre : « J’ai senti des mains venir me caresser sur le haut de mon pubis «. Détail qu’elle n’avait pas précisé aux enquêteurs. » Je n’en ai pas parlé parce que je pensais qu’on ne m’aurait pas cru, j’étais une petite employée de mairie (…) j’étais en état de sidération, mon corps ne bougeait pas, je ne pouvais pas parler ». Une scène « calquée » sur celle décrite par Virginie Ettel dénoncera Georges Tron lors d’une audition. Au total, Lucile Mignon dit avoir été victime de « l’emprise » du maire et de Brigitte Gruel à deux reprises, ajoutant un troisième épisode de « baiser forcé » à la permanence du député.

« Le gourou d’une secte »

Si les doutes et les approximations dans les dates fournies par Lucile Mignon affaiblissent la crédibilité de son témoignage aux yeux de la défense, les justifications sur son silence alimentent en revanche la thèse d’un « système Tron » pointé par les avocats des parties civiles. « J’ai suivi le mouvement (…) Comme beaucoup d’autres. C’est regrettable mais c’est comme ça, on est sous l’emprise, on fait partie d’un système que je qualifierais quasiment de secte avec son gourou », explique-t-elle.

Pourquoi ne pas se joindre aux plaintes de ses ex-collègues lorsqu’elles sont déposées dès mai 2011, interroge l’avocat général. « J’étais dans le déni (…) Les choses sont tellement violentes que le cerveau se met en arrêt pour effacer de tels événements. Ca fait partie du stress post-traumatique. Je ne sais pas pourquoi je me suis pas jointe aux plaintes (…) j’estimais que c’était mon combat, mon vécu ». En vain, la procédure de Lucile Mignon n’aboutira pas, sa plainte sera classée sans suite par le parquet.