Bébé enfermé dans un coffre durant deux ans: Le procès de la mère s'ouvre ce lundi aux assises de Corrèze

MALTRAITANCE La fillette âgée de 24 mois avait été découverte, nue et dans un état de santé « précaire », en 2013 dans le coffre de la voiture de sa mère. Elle est jugée dès lundi aux assises de Tulle…

Helene Sergent

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Le tribunal correctionnel de Tulle en Corrèze.
Le tribunal correctionnel de Tulle en Corrèze. — JEAN-PIERRE MULLER / AFP
  • Rosa Da Cruz, 50 ans, est renvoyée devant les assises de Corrèze pour « violences volontaires ayant entraîné une infirmité permanente » sur un mineur de moins de 15 ans.
  • Sa fille, Séréna, née après un déni de grossesse, a été dissimulée par sa mère dans le coffre de sa voiture et dans une pièce vide de la maison familiale pendant vingt-quatre mois.
  • L’enfant, aujourd’hui âgée de 6 ans, souffrirait selon les experts d’un syndrome autistique permanent.

« Il était 6 heures du matin. Tout le monde dormait, j’ai mis ma petite fille au monde, je lui ai coupé le cordon. Je l’ai prise dans mes bras et après je l’ai posée, j’ai fait mon train-train, j’ai levé mes petits, je les ai préparés pour aller à l’école comme si de rien n’était (…) pour moi c’était pas un bébé qui venait de naître ». Sur les images diffusées par TF1 en 2013, une semaine après son arrestation, Rosa Da Cruz peine à fixer la caméra. Cette mère de famille est accusée d’avoir dissimulé sa dernière petite fille, Séréna, dans le coffre de sa voiture pendant près de deux ans.

Renvoyée à partir de ce lundi devant les assises de Corrèze pour « violences volontaires ayant entraîné une infirmité permanente sur mineur de moins de quinze ans », elle encourt jusqu’à 20 ans de prison. Sa petite fille avait été découverte par des employés d’un garage de Terrasson-Lavilledieu en Dordogne qui effectuaient des réparations sur la Peugeot 307 de Rosa Da Cruz. Prénommée Séréna, l’enfant souffrirait depuis d’un « syndrome autistique permanent ».

« Quatre lavages nécessaires »

Le 25 octobre 2013, un garagiste alerté par des « gémissements », découvre dans le coffre de l’accusée une fillette, nue, posée sur des sacs-poubelle, mouillée de sueur et peinant à respirer. L’odeur qui émane du coffre est « insoutenable », « pestilentielle », raconte aux enquêteurs un des pompiers intervenu ce jour-là. Dans le coffre, les enquêteurs retrouvent une nacelle, des débris, quelques jouets, des larves et un biberon contenant du lait fermenté. Prise en charge par le service pédiatrique du centre hospitalier de Brive, Séréna doit subir « quatre lavages successifs » pour retrouver un « aspect normal ».

« C’est une histoire folle », souffle Rodolphe Costantino, avocat de l’association « Enfance et partage », partie civile au procès. Et une histoire de déni. Interrogée par les enquêteurs, Rosa Da Cruz, mère de trois autres enfants - tous en parfaite santé - a expliqué lors de son audition qu’elle n’a découvert sa grossesse qu’au cours du 8e mois. Née au petit matin le 24 novembre 2011, Séréna est immédiatement dissimulée. « Je n’ai pas pu en parler. Le jour de l’accouchement je n’ai rien dit à personne le lendemain non plus, le troisième jour non plus : je me suis enfermée dans un mensonge, un gouffre », s’est justifiée Rosa Da Cruz face aux journalistes de TF1.

Une « chose »

Comment cette femme, mariée et mère de famille, a-t-elle pu cacher sa fille pendant vingt-quatre mois à son entourage ? Mis en examen avant de bénéficier d’un non-lieu, son époux ne possédait pas le permis de conduire, n’utilisait pas la voiture de sa femme et a toujours assuré qu’il ignorait l’existence de Séréna. Selon son épouse, la fillette était pourtant parfois installée dans une pièce en travaux, au sous-sol de leur pavillon.

Interrogés par les policiers, ni les voisins et ni ses proches n’avaient constaté la dernière grossesse de l’accusée. Un déni déjà vécu par la jeune femme, sept ans plus tôt, lorsqu’elle attendait son second fils. Consciente qu’elle n’offrait pas à Séréna - baptisée ainsi pour son calme - une « vie normale », Rosa Da Cruz a expliqué lors de son interrogatoire qu’il fallait « qu’elle la fasse découvrir » et qu’elle ne percevait pas sa fille comme une personne mais comme une « chose » qu’elle devait « maintenir en vie ».

Autisme et déni au cœur des débats

Ni le psychiatre ni la psychologue sollicités lors des investigations n’ont relevé de troubles psychiatriques chez cette mère de famille. Une demande d’expertise complémentaire a néanmoins été exigée par le président pour déterminer d’éventuelles conséquences psychiatriques du déni de grossesse. « Il y a un risque que cette question vienne polluer les débats », estime l’avocat Rodolphe Costantino, qui redoute une « analogie abusive » entre les dénis de grossesse vécus par Rosa Da Cruz et les actes qui lui sont reprochés*.

La question du syndrome autistique pourrait également mobiliser la cour d’assises. Les premiers examens médicaux réalisés sur Séréna laissaient apparaître « un retard de croissance et de nombreuses carences ». Incapable de parler, la fillette pesait alors 7,8 kg (contre 12 kg pour un enfant de cet âge-là normalement) et « tenait le biberon avec ses pieds ».

Après quatre expertises, psychiatres et médecin ont finalement conclu en mai 2016 que Séréna faisait l’objet « d’un syndrome autistique en ce qu’elle ne portait aucun regard intéressé vers autrui et ne rentrait pas en communication ». Ils tissaient aussi un lien entre « les handicaps et ses conditions de vie durant ses premiers mois ». Un lien qui a justifié le renvoi aux assises de Rosa Da Cruz.

*Contactée, l’avocate de la défense n’a pas donné suite à nos sollicitations.

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