Avalanche mortelle des 2 Alpes: Un an de prison ferme requis contre l’enseignant qui encadrait les lycéens

PROCES Deux ans de prison, dont un an avec sursis, ont été requis à l’encontre de l’enseignant de 50 ans, jugé à Grenoble pour « homicides involontaires » après l’avalanche mortelle des 2 Alpes…

Elisa Frisullo
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L'enseignant de 50 ans était jugé ce mardi devant le tribunal correctionnel de Grenoble
L'enseignant de 50 ans était jugé ce mardi devant le tribunal correctionnel de Grenoble — Jean-Pierre Clatot AFP
  • L’enseignant, qui encadrait les lycéens lyonnais, tués dans une avalanche aux 2 Alpes en janvier 2016 (Isère) était jugé ce mardi à Grenoble pour « homicides involontaires ».
  • Il lui est reproché d’avoir emmené les adolescents sur une piste noire fermée le jour du drame et ce, malgré un risque d’avalanche élevé.
  • Deux ans de prison, dont un an ferme, ont été requis à l’encontre du professeur d’EPS.

Il s’est présenté à la barre avec plein de regrets, de remords et des explications qui n’ont pas réussi, au fil de l’audience, à dissiper l’ombre tenace de la négligence qui, le jour du drame, a conduit à cette issue dramatique. Ce mardi, deux ans de prison, dont un an avec sursis, ont été requis à l’encontre de Michel Arquillière, jugé devant le tribunal correctionnel de Grenoble (Isère) pour « homicides involontaires » après l’avalanche qui a coûté la vie à deux lycéens lyonnais aux 2 Alpes, le 13 janvier 2016.

Ce jour-là, Thelma et Léo, ces deux adolescents de 16 ans scolarisés en première au lycée Saint-Exupéry à Lyon, et un vacancier ukrainien, étaient décédés dans l’avalanche survenue sur la piste de Bellecombe. Le professeur de sports de 50 ans, également happé par la coulée de neige, avait été hospitalisé avec de multiples traumatismes.

« Je n’ai aucune excuse », a indiqué à la barre, Michel Arquillière, qui a accepté ce 13 janvier de conduire dix lycéens sur cette piste pourtant fermée au public alors que le risque élevé d’avalanche était connu. « Pas un jour ne se passe sans que je ne pense à Thelma et Léo, emportés sur une piste où nous n’aurions pas dû être lors d’un stage que je n’aurais pas dû encadrer », a ajouté Michel Arquillière, implorant « le pardon » des proches des jeunes victimes.

« J’aurais dû dire non », a répété le professeur

Sous antidépresseur lors de ce stage de ski après une grosse dépression, l’enseignant a martelé tout au long de l’audience qu’il n’était « pas dans son état normal » lors des faits. « Ce n’était pas moi, j’étais dans un état second. J’étais inconscient mais à l’époque, je n’en avais pas conscience », a ajouté le quinquagénaire, auquel il est reproché de ne pas avoir refusé au groupe d’adolescents d’emprunter cette piste fermée.

« J’aurais dû dire non, c’est sûr que j’aurais dû dire non », a-t-il insisté, sans parvenir toutefois à convaincre les parties civiles d’une possible irresponsabilité le jour de l’avalanche. Et ce, en raison d’une série d’éléments accablants rappelés au procès et des conclusions de l’expertise psychiatrique menée au cours de l’instruction. Ce rapport a conclu que l’enseignant ne présentait « aucune altération du discernement » lors du drame, a rappelé la présidente du tribunal. Selon le rapport, il tolérait bien son traitement, sans subir d’effets secondaires.

Parmi les éléments à charge, la veille de l’avalanche, le professeur, père de trois enfants, avait déjà accepté d’emmener un groupe de lycéens sur cette même piste, pourtant interdite d’accès. Et le matin même de ce 13 janvier, alors que les ados demandaient à un autre professeur de sport de descendre Bellecombe, Michel Arquillière avait vu son collègue refuser catégoriquement aux élèves d’accéder à cette piste.

« Passif, suiveur »

Mais ce jour-là, l’enseignant aux cheveux longs attachés en queue-de-cheval, s’est montré « passif, suiveur », comme il a admis devant la justice. Incapable de dire non et de s’imposer face à la bande d’ados. Incapable de ne pas se comporter comme l’un d’entre eux plutôt que comme un accompagnateur responsable. « C’était un prof cool qui ne disait rien », ont dit de lui, les lycéens qui ont été entendus dans le cadre de l’enquête.

« On a abusé de sa gentillesse, on savait qu’il ne dirait pas non », a confié un ado. « Il est gentil, mais il ne demande rien, donc il ne risque pas de se faire obéir par les élèves », a ajouté une autre. Un manque d’autorité, pointé du doigt dans son dossier administratif, au même titre que son manque de « rigueur » apparu dans sa carrière après 2008.

« Une faute avérée », selon le procureur

« A un moment donné, cet homme n’a pas su incarner sa responsabilité », a estimé Dominique Arcadio, l’avocat du père de Thelma, Jean-Noël Buty. « N’est-ce pas trop facile de tout mettre sur le dos de la dépression ? N’est-ce pas une façon d’échapper à votre responsabilité ? », s’est-il interrogé, remarquant sans doute le peu de place accordée à Thelma et Léo dans ses propos.

« Les parties civiles ont de l’amertume par rapport à l’attitude de M. Arquillière. On aurait aimé plus d’empathie de sa part », a ajouté Marine Berthier, l’avocate des parents de Léo. Un garçon décrit, comme Thelma, comme un adolescent « rayonnant » et plein de vie.

« C’est parce qu’il a failli à de nombreuses règles qu’il est poursuivi », a déclaré le procureur de la République, décrivant l’enseignant comme « quelqu’un qui n’a pas d’autorité », et est incapable « de mener un groupe », « un encadrant mou, sans consistance ». Il a fait preuve d’un « défaut d’encadrement et d’autorité », en n’ayant pas refusé « la violation d’interdits », a-t-il ajouté, concluant à la « faute caractérisée » de Michel Arquillière et réclamant l’interdiction définitive d’exercer de l’enseignant.

Jugement le 4 décembre

« Il était malade et vous ne pouvez pas faire comme s’il ne l’était pas », a rappelé au tribunal l’avocat du professeur d’EPS. « C’est une évidence qu’il n’aurait pas dû être là. Mais s’il était là, ce n’est pas uniquement sa faute. Vous devez le décharger d’une partie de son fardeau », a-t-il souligné, estimant que sa hiérarchie n’aurait pas dû, vu son dossier administratif et sa récente reprise de travail après sa dépression, lui proposer d’accompagner les lycéens aux 2 Alpes.

« Il va vivre toute sa vie avec la mort de ces deux adolescents sur sa conscience. C’est la pire des peines qui puissent lui être infligées », a ajouté la seconde avocate de la défense. Le jugement, mis en délibéré, sera rendu le 4 décembre.