Lyon: Huit ans de prison requis contre un chauffard qui avait tué une jeune piétonne de 28 ans

PROCES Le 23 octobre 2016, Kialanda Kialanziga avait fauché la vie d'Anne-Laure Moreno en conduisant à vive allure en centre-ville, sous l'emprise de l'alcool et de stupéfiants et après avoir grillé plusieurs feux...

Caroline Girardon

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Le nouveau palais de justice de Lyon, le 14 juin 2011. CYRIL VILLEMAIN/20 MINUTES
Le nouveau palais de justice de Lyon, le 14 juin 2011. CYRIL VILLEMAIN/20 MINUTES — C. VILLEMAIN / 20 MINUTES
  • Huit ans de prison ont été requis contre un chauffard de 25 ans dans l'affaire du drame du cours Vitton.
  • Anne-Laure Moreno, 28 ans, a perdu la vie et son amie Julie a été grièvement blessée.
  • La décision a été mise en délibéré au 12 novembre.

« Quelle est la valeur que la société donne à une vie ? » Lundi, le ministère public a requis huit ans de prison ferme à l’encontre d’un chauffard de 25 ans, Kialanda Kialanziga, qui avait ôté la vie d'Anne-Laure Moreno, le 23 octobre 2016 à Lyon. Et un an contre Ladson Da Cruz Sangao, l’un des passagers,  qui se trouvait à bord du véhicule et qui a détalé comme un lapin au lieu de prévenir les secours. La décision a été mise en délibéré au 12 novembre.

Le soir du drame, la jeune femme de 28 ans, qui rentrait d’une crémaillère avec son amie Julie, avait été fauchée par une Audi, elle-même percutée par une voiture folle roulant à vive allure sur le cours Vitton et venant de griller plusieurs feux. A bord du véhicule, quatre jeunes hommes « contents de sortir ». Dont Kialanda Kialanziga, le conducteur, qui appuie progressivement sur l’accélérateur. A l’intérieur, l’alcool coule à flot. Des bouteilles d’eau remplies de vodka circulent de main en main. Du cannabis aussi.

« Je n’ai rien fait de mal »

« Anne-Laure, aussi, était contente de sortir. Mais elle n’est jamais rentrée chez elle », lâche Laurent Bohé, l’avocat de sa famille. Sur le banc des prévenus, Ladson Da Cruz qui comparait libre, ne bronche pas. « Je n’ai rien fait de mal », marmonne-t-il sans articuler. « J’avais mal au dos, je cherchais un endroit où me caler mais je n’ai pas couru. Je n’ai pas fui », insiste-t-il, déclenchant l’incrédulité de la salle. Pas un regard pour les deux victimes gisant sur le bitume dans une mare de sang. « Il y avait de la fumée, je ne les ai pas vus », répond-il.

Le conducteur n’est guère plus convaincant. « Je roulais un peu à vive allure », finit-il par admettre après avoir été acculé par le président du tribunal. « Un peu ? 104 kilomètres/heure en centre-ville, c’est carrément de la folie. On n’était pas sur une autoroute », soulève ce dernier. Son absence de réaction ? « La panique », argumente maladroitement Kialanda Kialanziga, qui n’avait pas de permis. Le fait qu’il ait menti pendant sept mois et chercher à se couvrir ? Même réponse. « On n’est plus dans la panique là mais dans un plan pour s’en tirer », relève le président. Son absence de réaction face aux victimes ? « Si j’avais su qu’elles étaient là, j’aurais appelé les secours ».

« Moi, je culpabilise chaque jour d’être en vie »

« Arrête », l’interrompt Julie, l’autre victime. « Tu aurais pu le faire, tu étais à côté de nous. Anne-Laure, je l’ai vue mourir dans mes bras ». D’une voix douce mais emprunte de colère, la jeune femme va alors décrire l’horreur de cette nuit-là. Et la suite. Six mois pour remarcher. Des semaines pour reparler et pouvoir à nouveau s’alimenter. Le Samu qu’elle entend encore. Le bruit des voitures qui accélèrent, qui la fait sursauter à chaque fois. Les traumatismes physiques « mais surtout psychologiques ».

« Moi, je culpabilise chaque jour d’être en vie et d’avoir proposé à mon amie de m’accompagner à cette soirée. Lui, non. Si c’était lui qui avait été à notre place, Anne-Laure ne l’aurait jamais laissé mourir sur le trottoir », ajoute la jeune femme.

« Au lieu de lui chercher un appartement, on lui a cherché un caveau »

Depuis, Anne-Laure, la « pétillante », l’amie « vive », « tolérante », « bienveillante et attentionnée » n’est plus là. « Au lieu de lui chercher un appartement, on lui a cherché un caveau », lâche dignement Eric, son père, venu en audience avec le portrait de la défunte. « Ma première pensée au réveil va pour elle, ma dernière pensée le soir est pour elle. Il n’y a pas une heure de la journée sans penser à elle ». Sa chambre est restée en l’état. La boîte à chaussures est toujours ouverte, ses vêtements encore sur le lit. La porte est fermée, comme si elle dormait. « On ne fait pas le deuil d’un enfant. On se reproche de sourire mais rire, c’est du domaine de l’interdit », poursuit Eric Moreno.

Sur le banc des prévenus, les deux co-accusés ne pipent mot. Le conducteur baisse néanmoins les yeux, comme s’il réalisait doucement. « Quand on joue à la roulette russe, on joue sa vie. On a le canon de l’arme tourné vers sa tempe. Mais là, ils ont joué avec la vie des autres », appuie Laurent Bohé. « On entend les mots conneries et erreurs du bout des lèvres mais ils ne correspondent à rien dans cette affaire. La connerie, c’est quand on casse une vitre avec un ballon ou que l’on se bat dans une cour de récré. Ici, on est bien au-delà. On ne peut pas faire pire comme accident de circulation », enchaîne Frédéric Lalliard, l’avocat de Julie. Et de rappeler que « toutes les circonstances aggravantes fixées par le législateur sont dans le dossier ».

La décision rendue en novembre

« C’est un dossier terrifiant, un drame à tous les niveaux », estime de son côté le procureur de la République. « On a des gens qui roulent à tombeau ouvert, puis qui partent, qui fuient. On n’est peut-être pas cultivés mais s’organiser, ça on sait faire. Mentir, aussi », appuie-t-elle, relevant que le conducteur ayant néanmoins lu une lettre de regret et d’excuses, « reste dangereux pour la société ».

Les deux avocats de la défense auront ensuite bien du mal à plaider. « Oui, c’est un taiseux, un garçon qui articule peu mais il a eu du mal à comprendre la gravité des faits », intervient Béatrice Burnichon, assurant la défense du passager. « Aujourd’hui, est-ce qu’il va payer pour tout le monde ? » s’interroge Jean-Baudoin Shibaba-Kakela, avocat de Kialanda Kialanziga, qui a tenté de démontrer que l’intéressé ne « pouvait pas rouler à 104 kilomètres/heure ».