Yémen: Mohammed ben Salmane, le prince saoudien, visé par une enquête en France

INSTRUCTION Une association yéménite accuse le prince saoudien d’avoir ordonné plusieurs attaques sur son sol, en violant le droit international…

Manon Aublanc

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Mohammed ben Salmane a l'Elysée le 10 avril 2018.
Mohammed ben Salmane a l'Elysée le 10 avril 2018. — Abd Rabbo Ammar-POOL/SIPA

Alors que l’Arabie saoudite est dans la tourmente après le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi, une autre affaire plane au-dessus de Mohammed ben Salmane, le prince héritier. Une plainte a été déposée contre le Saoudien par une association de défense des droits de l’homme, pour « complicité de torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants » sur fond de guerre au Yémen, révèle L’Express, ce lundi.

Selon les informations de l’hebdomadaire, cette plainte, déposée lors de la venue du prince saoudien à Paris en avril dernier, vient d’être acceptée par le juge d’instruction, Renaud Van Ruymbeke. L’association yéménite de défense des droits de l’homme, qui a déposé plainte, accuse MBS de « complicité de torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants » dans la guerre du Yémen, qui ravage le pays depuis maintenant trois ans. L’Arabie saoudite, au sud du Yémen, combat les rebelles houthis, d’obédience chiite, avec l’appui d’une coalition constituée d’une dizaine de pays arabes et sunnites.

« Nous espérons que la France se saisira de cette opportunité »

Mohammed ben Salmane, prince héritier mais également ministre de la Défense du royaume d’Arabie saoudite, est accusé d’avoir ordonné des attaques au Yémen, violant le droit international.  Selon l’association, représentée par deux avocats français, certaines attaques bafoueraient la Convention des Nations Unies contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants : la destruction d’un entrepôt de fournitures humanitaires appartenant à Oxfam en avril 2015, les frappes aériennes contre un mariage entraînant la mort de 131 civils en septembre 2015, le raid sur un hôpital de MSF en octobre 2015 ou encore le bombardement d’une salle communautaire de Sanaa, faisant plus de 800 morts, le même mois.

Ce texte, adopté à New-York en décembre 1984, « donne compétence aux juridictions françaises indépendamment de la nationalité de la personne poursuivie, de sa qualité d’auteur ou de complice, sur le seul fondement de sa présence sur le territoire national », rappelle la plainte. « Nous espérons que la France se saisira de cette opportunité pour faire prévaloir les droits humains sur les intérêts économiques des industriels de l’armement », souhaite Me Breham, l’un des deux avocats de l’association.