Affaire Barbarin: Le Vatican refuse de comparaître au procès

IMMUNITE Les victimes dénoncent une manoeuvre pour «esquiver la justice»...

C.G. avec AFP

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Illustration du Vatican
Illustration du Vatican — Grzegorz Galazka/SIPA

Le Vatican a refusé de délivrer à l’un de ses responsables une citation à comparaître dans l’affaire de non-dénonciation d’agressions sexuelles concernant le cardinal Philippe Barbarin, invoquant une « immunité » que les parties civiles dénoncent comme une manœuvre « permettant d’esquiver la justice ».

D’anciens scouts de la région lyonnaise avaient cité à comparaître l’Espagnol Luis Francisco Ladaria Ferrer, pour complicité, début janvier devant le tribunal correctionnel de Lyon.

L’homme ne pouvait ignorer les faits

Le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi au Vatican avait été consulté en 2015 par le cardinal Philippe Barbarin sur le cas d’un prêtre de son diocèse, mis en cause par les plaignants.

Le prélat espagnol avait alors conseillé à l’archevêque de Lyon de prendre « les mesures disciplinaires adéquates tout en évitant le scandale public », dans un courrier saisi en perquisition par les enquêteurs. C’est-à-dire « de ne pas saisir la justice », selon les avocats des victimes.

Immunité pénale

Leur citation à comparaître, après quelques péripéties de procédure, avait été transmise durant l’été au Vatican par les autorités françaises.

Dans une « note verbale » adressée le 17 septembre au Quai d’Orsay et transmise à la justice lyonnaise, que l’AFP a pu consulter, les autorités romaines soulignent que le prélat espagnol a échangé avec le cardinal Barbarin « dans l’exercice de fonctions souveraines », en sa position au sein de l’organisation du Saint-Siège, et que le droit international reconnaît une immunité pénale aux agents publics pour les actes accomplis au nom du Souverain pontife.

Le Vatican intouchable

« Le Tribunal du Vatican a donc considéré l’instance inacceptable et a établi qu’il ne procéderait pas à la notification de la citation au Cardinal Ladaria », conclut le document.

Pour François Devaux, un des fondateurs de l’association lyonnaise La Parole Libérée qui a initié la procédure, cette décision « met bien en évidence le problème particulier de l’Eglise : un système permettant d’esquiver la justice, un Etat permettant de protéger le système ».

Les plaignants reprochent à Mgr Barbarin de ne pas avoir dénoncé les agissements du père Bernard Preynat, le prêtre mis en cause, quand il en fut informé au milieu des années 2000 par un tiers, puis en 2014 par une victime ; et de l’avoir maintenu en fonction, au contact d’enfants, jusqu’en 2015 au sein du diocèse de Lyon.

Ils souhaitaient que le prélat du Vatican pût comparaître aux côtés du Primat des Gaules et de cinq autres responsables religieux devant la 7e chambre du tribunal correctionnel de Lyon, afin d’y dénoncer les silences de l’ensemble de l’institution catholique sur les faits de pédophilie.