«Jean-Claude Romand a subi un bizutage et en est sorti traumatisé», raconte un psychiatre qui l'a examiné avant son procès en 1996

INTERVIEW Daniel Settelen est l’un des psychiatres qui a expertisé Jean-Claude Romand avant son procès en 1996…

Propos recueillis par Vincent Vantighem

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Jean-Claude Romand lors de son procès, en 1996, devant la cour d'assises de l'Ain, à Bourg-en-Bresse.
Jean-Claude Romand lors de son procès, en 1996, devant la cour d'assises de l'Ain, à Bourg-en-Bresse. — Philippe DESMAZES / AFP
  • Jean-Claude Romand a fait une demande de libération conditionnelle.
  • Il a passé 25 ans en prison pour avoir tué toute sa famille.
  • Pendant dix-huit ans, il avait fait croire à tout le monde qu’il était médecin.
  • Le psychiatre qui l’a examiné avant son procès dévoile ses souvenirs.

Condamné à la perpétuité en 1996 pour avoir tué sa femme, ses enfants et ses parents, Jean-Claude Romand va demander, ce mardi matin, au tribunal d’application des peines, à pouvoir bénéficier d’une mesure de libération conditionnelle. Il avait fini par tuer toute sa famille, en 1993, alors qu’elle était sur le point de découvrir qu’il n’était pas médecin à l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) comme il le prétendait. Psychiatre, Daniel Settelen avait été commis par la justice pour l’examiner avant son procès, en 1996. Il se souvient de cette expertise pour 20 Minutes.

Dans quel cadre avez-vous examiné Jean-Claude Romand ?

Avec le psychiatre Denis Toutenu, nous sommes intervenus pour effectuer une contre-expertise ordonnée par le juge d’instruction. Nous l’avons vu deux fois. Trois heures d’entretien à chaque fois. Il est apparu comme un personnage courtois, un peu mondain presque. Il tenait à nous donner sa version des faits.

Quels souvenirs conservez-vous de cette version ?

Aujourd’hui, on résume Jean-Claude Romand à quelqu’un qui a passé sa vie dans le faux, quelqu’un qui ne pouvait pas dire la vérité. De mon côté, je me souviens surtout d’un homme brillant. Il a eu son baccalauréat avec une moyenne de 16/20.

Mais il a subi un bizutage et en est sorti traumatisé. C’est à ce moment-là qu’il s’est inventé une maladie. Je crois qu’il s’agissait d’un lymphome. C’est pour « soigner » cela qu’il s’est inscrit à la faculté de médecine…

C’est à partir de là qu’il a commencé à mentir ?

A partir de la deuxième année de médecine. C’est bête mais il ne s’est pas réveillé le jour des examens. Et plutôt que de refaire une année, il a commencé à mentir. Selon lui, il fallait protéger sa mère qui était fragile. L’année d’après, il s’est réinscrit en deuxième année et il a suivi les cours de troisième année et ainsi de suite, sans jamais passer les examens.

Mais il aurait pu avouer la vérité à sa femme qui, elle, n’était pas aussi fragile que sa mère…

Le plus dingue dans cette histoire, c’est qu’il l’a rencontrée à la faculté. Elle faisait des études de pharmacie. A la fin de chaque année scolaire, les résultats de médecine étaient affichés à 20 mètres environ de ceux de la pharmacie mais elle n’a jamais vérifié que son compagnon avait réussi.

Comment est-il parvenu à faire illusion pendant aussi longtemps ?

Parce que Jean-Claude Romand ne perdait pas son temps. Après la faculté, il a continué à passer ses journées, notamment à la bibliothèque. Comme il ne travaillait pas à l’OMS contrairement à ce qu’il disait à tout le monde, il avait beaucoup de temps devant lui. Il s’est donc « spécialisé » en cardiologie. Au point qu’il faisait illusion auprès des confrères. Je me souviens que certains généralistes n’hésitaient pas à le solliciter pour avoir des conseils en cardiologie car il était vraiment calé sur le sujet.

Jusqu’au jour où sa femme a découvert la vérité. Comme cela est-il arrivé ?

Jean-Claude Romand commençait à être à bout de souffle. En réalité, sa femme a rencontré quelqu’un de l’OMS par hasard. Cette personne lui a demandé pourquoi ils n’avaient jamais participé à la fête de Noël de l’OMS qui était très chouette pour les enfants. Quand sa femme lui en a parlé, Jean-Claude Romand a su qu’il allait finir par être découvert. Il a fini par tous les tuer.

Comment a-t-il justifié auprès de vous le fait d’avoir tué tous ses proches ?

Il a eu cette phrase incroyable. Il nous a dit : « J’ai tué tous ceux que j’aime. Mais je suis enfin moi ! » Je pense qu’il s’est libéré d’un poids. Après, il ne faut pas oublier que Jean-Claude Romand était quelqu’un de tellement narcissique. Il avait prévu de se suicider la veille de son procès. Et finalement, il y a renoncé pour qu’on continue à parler de lui dans les médias…