VIDEO. Georges Tron de retour aux assises pour «viols», un an après le fiasco du premier procès

EPISODE 2 Georges Tron et Brigitte Gruel, tous deux élus dans l’Essonne, sont renvoyés à partir de ce mardi devant les assises de Bobigny (Seine-Saint-Denis) pour « viols » et « agressions sexuelles » en réunion...

Caroline Politi et Hélène Sergent
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Georges Tron, accusé de viol, devant la cour d'assises de Seine-Saint-Denis en décembre 2017.
Georges Tron, accusé de viol, devant la cour d'assises de Seine-Saint-Denis en décembre 2017. — LIONEL BONAVENTURE / AFP
  • Sous couvert de pratiquer la réflexologie plantaire, l’ancien maire de Draveil (Essonne) et son adjointe à la culture sont accusés de viols et agressions sexuelles.
  • L’an dernier, le procès a viré au fiasco après une demande de renvoi houleuse exigée par les avocats de la défense.
  • Ils encourent tous les deux 20 ans de réclusion criminelle. 

Rarement un procès s’était achevé dans un pareil climat de tension. Et ce, alors qu’aucun verdict n’a été rendu. En décembre 2017, après quatre jours d’audience sur les neuf initialement prévus, le président de la cour d’assises de Seine-Saint-Denis avait annoncé d’une voix blanche le renvoi du procès de Georges Tron et de son ancienne adjointe Brigitte Gruel, jugés pour des « viols » et « agressions sexuelles » en réunion sur deux anciennes employées de la mairie de Draveil, dans l’Essonne. Selon le magistrat, le retard accumulé rendait impossible de tenir les délais impartis.

Mais le calendrier ne peut, à lui seul, expliquer l’échec de ce premier procès. Quatre jours c’est court, mais cela peut paraître très long lorsque les incidents d’audience et les « boules puantes », selon les mots de l’avocat général, s’enchaînent à un rythme tel qu’il est impossible de les compter. La diffusion, au cours du procès, d’un reportage d’Envoyé Spécial sur l’affaire, susceptible selon les avocats de la défense d’influencer les jurés, a mis le feu aux poudres. La révélation par Eric Dupond-Moretti, l’avocat de Georges Tron, d’une confidence du président de la cour selon laquelle il aurait préféré que l’affaire soit jugée par une femme a fini de faire voler en éclat la dernière once de sérénité nécessaire aux débats.

Parole contre parole, des versions inconciliables

Retour donc à la case départ. Dès ce mardi, le maire LR de Draveil et son ancienne adjointe à la culture répondront pendant quatre semaines des accusations de « viols » et « agressions sexuelles » portées par deux anciennes employées de l’Hôtel de ville, Eva L. et Virginie E., pour lesquelles ils encourent 20 ans de réclusion criminelle. Une durée exceptionnellement longue là où la majorité des procès pour viols durent au maximum une semaine. Mais dans cette affaire, où la parole des uns s’oppose en tout point à celle des autres, une soixantaine de témoins et experts est citée pour tenter de faire jaillir une vérité judiciaire.

Depuis le début de la procédure, en 2011, Georges Tron et Brigitte Gruel n’ont cessé de nier. L’élu et son adjointe reconnaissent des séances de réflexologie plantaire mais réfutent toute « connotation sexuelle » dans la pratique de cette médecine douce. Les deux anciennes employées décrivent, au contraire, un véritable rituel qui débutait toujours par des massages de pieds puis dérivait immanquablement vers leur poitrine, leur ventre et s’achevait par des pénétrations digitales. « Comme s’il s’agissait d’un alinéa de [son] contrat de travail », confiait aux enquêteurs Eva L. Virginie E. explique, elle aussi, avoir été piégée par le duo d’élus et avoir cédé de peur de perdre son emploi à la mairie, estimant qu’il s’agissait d’une « sorte de droit de cuissage [de la part] d’un homme d’État. ».

Au cours des trois années d’instruction, les policiers ont entendu une quinzaine d’autres femmes qui n’ont pas porté plainte. Certaines ont évoqué des massages de pieds « en tout bien tout honneur ». D’autres se sont enfuies, gênées par la « forte connotation sexuelle » du scénario auquel elles étaient confrontées. L’élu, lui, affirme être victime d’un « complot politique » orchestré par l’extrême droite locale. Il en donne pour preuve les liens entretenus par les deux parties civiles avec Philippe Olivier, son opposant à Draveil, ainsi qu’un enregistrement clandestin dans lequel Eva L. affirme avoir « toute la machine du FN derrière elle » et espérer « 300.000 euros » de cette affaire.

Des incohérences et « mœurs libres »

Reste que des erreurs factuelles sont venues affaiblir les accusations portées par les deux parties civiles. Entendue lors du procès avorté en 2017, Virginie E, l’a reconnu : « Je peux comprendre que mes incohérences peuvent me porter préjudice. » Tout au long de l’instruction, la plaignante a assuré que l’une des scènes de viol s’était déroulée le 12 novembre 2009. L’enquête a, en réalité, prouvé qu’elle avait eu lieu la semaine suivante, le 19 novembre. Une erreur de date dont s’est immédiatement emparée la défense. Car ce jour-là, les pompiers sont intervenus à son domicile pour une tentative de suicide. « On pourrait comprendre que quelqu’un qui a été violé puisse se tromper, avait estimé Eric Dupond-Moretti pendant le premier procès. Mais que vous ne liez pas les faits et la tentative de suicide, ça, c’est incompréhensible. »

Si le procès se tient une seconde fois, il a bien failli ne jamais avoir lieu. En 2013, les juges d’instruction avaient estimé, comme le parquet, que les charges n’étaient pas suffisantes pour entraîner un procès. Au motif notamment qu’Eva L., qui fréquentait des clubs libertins, aurait été « au fait des choses de la vie » et décrite par certains témoins comme étant « séductrice » voire « perverse » et « vicieuse ». Deux ans plus tard, la cour d’appel en a décidé autrement, estimant, au contraire, que « les mœurs libres des deux plaignantes n’excluent pas des abus sexuels ». Une analyse que pourraient torpiller les avocats de la défense ces quatre prochaines semaines.