Lyon: Un procès pour briser l'omerta de l'inceste

COUR D'ASSISES Un homme d’une cinquantaine d’années comparaît dès mardi à Lyon devant les assises pour avoir violé ses deux filles pendant une dizaine d’années.

Caroline Girardon

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Lyon, le 24 février 2016
Illustrations de la Cour d'Assies du Rhône et de l'ancien Palais de justice de Lyon.
Lyon, le 24 février 2016 Illustrations de la Cour d'Assies du Rhône et de l'ancien Palais de justice de Lyon. —
  • Un père de famille sera jugé à partir de mardi devant les assises du Rhône pour avoir violé ses deux filles pendant une dizaine d’années.
  • Bien que mineures à l’époque des faits, les deux victimes ont souhaité lever le huis clos pour témoigner publiquement de leur calvaire.

Le procès aurait dû se tenir à huis clos car au moment des faits, les deux victimes étaient mineures. Finalement, Sandra et Lucie (1), 23 et 21 ans, ont accepté, à la demande de leur avocat que l’audience soit publique. Non sans quelques réticences au départ. « La honte » de devoir raconter l’inénarrable, de devoir déballer le calvaire qu’elles ont vécu pendant de longues années. Une décennie de souffrance.

Celui qu’elles appellent désormais leur « géniteur » sera jugé à partir de mardi et pour trois jours devant la cour d’assises du Rhône pour viol incestueux commis sur un mineur par ascendant et corruption de mineur de 15 ans. La mère, qui n’avait pas connaissance des horreurs se déroulant sous son toit, s’est également portée partie civile.

Le besoin d’être reconnues comme des victimes

« Elles ont besoin de voir qu’elles sont écoutées, d’être reconnues comme des victimes. Ce procès est un moyen de prémunir les autres femmes de ce qui se passe », argumente Aymeric Curis, leur avocat. De les mettre en garde contre le prédateur qu’elles ont parfois épousé, de les enjoindre à protéger leurs enfants. Et exhorter les victimes à briser le silence.

Le cauchemar a commencé au début des années 2000. Lucie n’a que six ans. Sa sœur Sandra, à peine deux ans de plus. Deux enfants innocentes qui vont connaître l’enfer. « Pour leur père, elles étaient tout simplement un objet dont il se servait à loisir et comme il le souhaitait », affirme Aymeric Curis. La famille réside à Villefranche-sur-Saône. L’homme est ambulancier. Mais dès que son épouse a le dos tourné, il se rue sur sa descendance. « Très fréquemment, très régulièrement ». « C’était des caresses, des baisers, des fellations, des pénétrations anales et vaginales », énumère l’avocat.

Une difficile reconstruction

Tout se passe dans la chambre parentale, « de jour comme de nuit ». La maman, aide-soignante, travaille parfois le soir. « Elle s’en veut énormément aujourd’hui de ne pas avoir été là et de ne pas avoir découvert ce qu’il se passait », poursuit Aymeric Curis. Les fillettes, elles, sont contraintes au silence. Le père leur fait « du chantage affectif », leur interdit de raconter qu'« il les forçait à regarder des films pornos et à reproduire ensuite ce qui se passait à l’écran ».

« La violence était omniprésente. Ce n’était pas un tyran au sens où on l’entend mais il s’agit d’un homme qui usait de violence mentale et verbale pour arriver à ses fins », enchaîne l’avocat des victimes. Des victimes qui ont brisé l’omerta en 2013. « Depuis, elles tentent difficilement de se reconstruire. L’une s’est engagée dans l’armée et l’autre a eu un enfant mais elles se considèrent toujours responsables de ce qui leur est arrivé », relate Aymeric Curis.

Le géniteur, qui aurait déjà commis les mêmes faits sur les enfants de sa première épouse selon les parties civiles, ne reconnaît pas tous les faits qui lui sont reprochés. Il admet les caresses et les baisers mais pas le reste. Son avocate, que nous avons contactée, n’a pas souhaité répondre à nos questions. Actuellement placé sous contrôle judiciaire, il encourt une peine de 20 ans de prison.

 

(1) Les prénoms ont été modifiés.