Essonne: A son procès, le maire de Wissous, jugé pour violence volontaire, se présente comme un justicier

PROCES Le procureur, fustigeant un comportement à la « Kill Bill », a réclamé quatre mois de prison avec sursis à l’encontre de Richard Trinquier, le maire de Wissous, dans l’Essonne…

Caroline Politi

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Richard Trinquier, maire Debout la France de Wissous (Essonne), le 5 janvier 2015.
Richard Trinquier, maire Debout la France de Wissous (Essonne), le 5 janvier 2015. — F.Pouliquen/20Minutes
  • Richard Trinquier comparaît notamment pour violences volontaires avec usage ou menace d’une arme.
  • Les faits se sont déroulés au mois d’avril lorsqu’une dizaine de caravanes de gens du voyage s’est installée sur un terrain de la mairie de Wissous.
  • Le jugement a été mis en délibéré au 21 novembre.

Il régnait, ce mercredi après-midi, une ambiance de conseil municipal dans la 7e chambre du tribunal correctionnel d’Evry, dans l’Essonne. De nombreux soutiens de Richard Trinquier, le maire Debout la France de Wissous, avaient fait le déplacement pour soutenir l’édile, notamment jugé pour violence volontaire avec menace ou usage d’une arme. L’élu à la réputation sulfureuse était poursuivi pour avoir brandi, en avril dernier, un sabre japonais lors d’une altercation avec des gens du voyage qui venaient de s’installer illégalement sur un parking de sa commune. Un pistolet Glock 43 a également été retrouvé dans son véhicule. Un membre de la communauté des gens du voyage comparaissait pour les mêmes faits.

Le katana, un choix « exclusivement défensif »

« J’étais en danger de mort », a inlassablement répété l’édile, costume gris et lunettes rondes à fine monture. A l’en croire, les gens du voyage se sont montrés particulièrement menaçants dès son arrivée sur le terrain. « A tel point, que j’ai dû faire usage de mon katana », lâche-t-il d’une voix douce, presque monocorde. Ce sabre japonais, dont il s’est muni en partant de chez lui, « c’était un choix exclusivement défensif », une manière de les impressionner. D’ailleurs, affirme-t-il, il ne l’a sorti que partiellement de son étui pour laisser apparaître la lame. Quant à son pistolet, il indique l'avoir laissé dans son véhicule car il comptait se rendre ultérieurement au stand de tir. Un policier affirme pourtant l'avoir vu le remettre à son adjoint.

En dépit de ces armes et malgré la présence de policiers municipaux sur le terrain vague, un groupe de six hommes l’aurait rapidement pris pour cible. A la barre, il explique que l’un d’eux a pointé le canon de son fusil dans sa direction, un second - le prévenu - avait en main le sien, certes pas fermé mais chargé. « Il suffit de le refermer en une fraction de seconde pour tuer », précise l’édile, évoquant un « guet-apens ». Pourquoi ni lui, ni les témoins n’avaient jamais mentionné, avant l’audience, ce groupe d’hommes si menaçants, s’étonne le procureur. L’élu fustige alors le travail des fonctionnaires de la police nationale qui n’auraient retranscrit que partiellement ses déclarations lors de sa garde à vue.

« Il faut du courage pour faire ce que je fais »

Dans cette affaire, c’est parole contre parole. A la barre, David C., membre des gens du voyage, livre une version radicalement différente. Il affirme que la situation était calme avant l’arrivée du maire, que les discussions avec ses adjoints et les agents municipaux étaient sereines. Mais ce dernier aurait sorti son « sabre » puis « couru vers [eux] avec son épée ». Il mime brièvement les gestes de l’édile provoquant dans la salle, du côté des soutiens de Richard Trinquier, des rires bruyants et des « oh » d’indignation. Un policier municipal avait pourtant indiqué lors de son audition, le soir de faits, avoir vu l’édile le sabre dans une main, l’étui dans l’autre. Ce mercredi, à l’audience, il a radicalement changé sa version des faits, la calquant sur celle du maire de Wissous. Quant au fusil, le prévenu reconnaît s’être emparé de l’arme dans sa caravane « mais parce qu’il tentait de forcer l’entrée », assure-t-il. Et d’assurer, en dépit des témoignages des policiers municipaux : « je n’avais pas de douilles dans le fusil, c’était simplement pour lui faire peur. »

Tout au long de l’audience, Richard Trinquier n’a eu de cesse de se faire passer pour un justicier. « Il faut du courage pour faire ce que je fais », affirme sans ciller l’élu, se comparant à un « soldat qui défend sa nation ». Son intervention, explique-t-il, vient pallier les carences de la police nationale « qui ne fait pas son travail ». Pourtant, lorsque ces derniers arrivent sur les lieux, appelés par des membres des gens du voyage, il les prend de haut, leur demande de « dégager de sa commune ». « J’ai été frappé par l’agressivité d’un des deux qui ignorait qui j’étais », lâche-t-il, ne manquant jamais, tout au long de l’après-midi, une occasion d’égratigner la police nationale.

Un comportement à la « Kill Bill »

Le procureur a fustigé le comportement à la « Kill Bill » de Richard Trinquier qui donne à la fonction de maire un « côté guignolesque ». Le magistrat a rappelé que la fonction d’officier de police judiciaire qu’occupent automatiquement les maires ne l’autorise en rien à porter une arme ni à se faire justice soi-même. « Un maire n’a pas à arriver sur les lieux et à faire du katana pour faire régner l’ordre », a déploré le procureur, requérant quatre mois de prison avec sursis à son encontre. Il a réclamé la même peine contre David C., dont il rejette l’argument de légitime défense. Le jugement a été mis en délibéré au 21 novembre.