Etudiante éborgnée par une grenade: Prison avec sursis requise contre quatre policiers

PROCES De six à dix mois de prison avec sursis ont été requis ce lundi contre quatre policiers, jugés à Lyon pour un tir de grenade ayant éborgné une étudiante à Grenoble en mai 2007…

Caroline Girardon

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Un policier. (Illustration)
Un policier. (Illustration) — Eric Beracassat/SIPA

De six à dix mois de prison avec sursis ont été requis ce lundi contre les quatre policiers, parmi lesquels un commissaire, qui étaient jugés devant le tribunal correctionnel de Lyon pour « blessures involontaires ». Et ce, onze ans après les faits qui leur sont reprochés, autrement dit d’avoir éborgné Maud Carreta, 23 ans à l’époque, en tirant une grenade en marge d’une manifestation se déroulant à Grenoble.

Les faits remontent au soir du 16 mai 2007. Ce soir-là, les quatre hommes sont missionnés pour ramener le calme dans les rues de la ville. Quelque 116 policiers et 76 gendarmes mobiles sont déployés sur le terrain. Depuis quelques jours, les manifestations hostiles à l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République se multiplient. La tension est palpable mais les groupes finissent par se disperser un peu avant 22 heures, après avoir été aspergés de gaz lacrymogène.

Brutalement, elle tombe à terre, le visage en sang

Maud Carreta, étudiante en quatrième année de médecine, se dirige, elle, vers la place Grenette avant de rentrer chez elle. Elle est avec une amie et prend encore quelques minutes pour discuter. Brutalement, elle tombe à terre, le visage en sang. Elle perdra un œil, mais aussi le goût et l’odorat et subira une opération de sept heures. La première d’une longue série de neuf.

Ce soir du 16 mai 2007, Maud réalise rapidement que quelque chose a explosé près d’elle. Une grenade en réalité. Qui l’a lancée ? Elle ne saurait le dire. Elle a bien vu des policiers arriver sur les lieux mais sans sentir de danger, assure-t-elle. Les sommations d’usage ont-elles été faites correctement avant ? « Je n’ai pas vu d’attroupement sur la place, ni de groupes hostiles. Sinon, je ne serais pas restée, a-t-elle expliqué, lundi, à la barre. On ne se sentait pas en insécurité. Oui, il y avait des gens mais c’est la place Grenette. Et encore, il y avait moins de monde que d’habitude. » Rien ne pouvait laisser, selon elle, présager une intervention des forces de l’ordre. La grenade a pourtant bien été lancée. Trois autres ont suivi.

« On va tous les massacrer »

Roseline a pris des éclats dans le bas du dos. Elle aussi n’a pas compris ce qu’il se passait, si ce n’est qu’elle se « faisait tirer dessus comme un lapin ». « En sortant du restaurant, on est passé devant ce groupe de policiers qui nous ont demandé d’emprunter une autre rue. On a entendu "On va tous les massacrer" », a-t-elle témoigné. « Je me suis retournée et je leur ai même demandé de qui ils parlaient », s’est rappelé son mari qui a assuré que l’endroit était calme.

La suite, ça sera les quatre grenades dégoupillées. Des engins susceptibles de filer à 450 kilomètres/heure, selon les expertises menées en 2011 par l’Institut de recherche criminelle de la Gendarmerie nationale (IRCGN). « Ce matériel doit être lancé à terre et doit être utilisé pour déstabiliser des groupes d’agresseurs ou pour se dégager de groupes hostiles auxquels on est confronté », a rappelé le président du tribunal, lisant les notes de service et autres notices techniques envoyées dans les commissariats. Et d’ajouter : « En aucun cas, il n’est stipulé qu’il doit être utilisé pour contrôler la foule à distance. »

Une formation « plus que succincte » aux grenades

« Ce que j’attends, c’est surtout un peu de reconnaissance de ce qu’il s’est passé », a, pour sa part, avancé Maud Carreta. « Il y a d’abord une compassion pour la victime qui a été blessée alors qu’elle n’était pas manifestante et une incompréhension par rapport à la blessure », a répondu le commissaire.

Ces grenades de désencerclement étaient alors utilisées depuis deux ans et les fonctionnaires de police avaient reçu une formation « plus que succincte », relève le président. Quant aux sommations, le commissaire a expliqué que trois fusées rouges avaient bien été tirées… mais les tirs ont eu lieu près d’une demi-heure avant le tir de grenades. Et plutôt que des fusées, le commissaire aurait dû, comme la réglementation l’y invite, utiliser un porte-voix pour ordonner la dispersion, a encore fait remarquer le président.