Amiens: Goodyear a-t-il licencié plus de mille salariés sans cause réelle et sérieuse?

JUSTICE L’audience des prud’hommes concernant le licenciement des 1.143 salariés de Goodyear a été délocalisée à cause du nombre important de plaignants…

G.D. avec AFP
— 
Le conseil des Prud'hommes délocalisé au Parc des expositions et des congres d'Amienspour l'audience des 800 ex-salariés de Goodyear contre leur ancien employé.
Le conseil des Prud'hommes délocalisé au Parc des expositions et des congres d'Amienspour l'audience des 800 ex-salariés de Goodyear contre leur ancien employé. — AFP

Ce fut pour eux une « catastrophe sociale ». L’avocat de quelque 800 ex-salariés de l’usine Goodyear à Amiens-Nord s’est efforcé, jeudi, de démontrer que leurs licenciements en 2014 par l’entreprise de pneumatiques étaient sans cause sérieuse, face à une direction qui a plaidé les difficultés financières.

Entre 400 et 500 personnes, essentiellement des anciens salariés accompagnés parfois de leur famille, ont suivi l’audience entre 9h et 19h devant le conseil des prud’hommes délocalisé exceptionnellement dans l’auditorium du parc des expositions pour contenir la foule.

« Explosion de la profitabilité »

Dans sa plaidoirie de quatre heures, l’avocat des 832 demandeurs, Fiodor Rilov, a insisté sur les bénéfices au niveau du groupe Goodyear américain auquel appartenait Goodyear Dunlop Tires France (GDTF).

« Explosion de la profitabilité », « rentabilité record », « chiffres en augmentation » : celui que l’on surnomme « l’avocat rouge » a martelé que le groupe avait enregistré, sur l’exercice 2014, un résultat net de 2,5 milliards de dollars après impôts, « la somme la plus colossale jamais affichée par Goodyear depuis sa création ».

La « crise sévère » de 2009

Les trois avocats de la direction ont, eux, exposé les difficultés depuis 2007 de l’usine « extrêmement déficitaire », qui produisait essentiellement des pneus de tourisme et pour des engins agricoles. Difficultés aggravées par la « crise sévère » de 2009, et la dette nette du groupe de 5,267 milliards de dollars au moment de la fermeture.

Jol Grange, avocat de Goodyear , avant le début de l'audience des Prud'hommes , délocalisés au Parc des expositions et des congres à Amiens.
Jol Grange, avocat de Goodyear , avant le début de l'audience des Prud'hommes , délocalisés au Parc des expositions et des congres à Amiens. - AFP

« Si la dette est au niveau du groupe, pourquoi fermer Amiens-Nord plutôt qu’une autre usine alors ? » a interrogé la présidente. « Ça n’a pas été la seule », a répondu Me Joël Grangé, citant une usine allemande. « Ça réduisait les dépenses du groupe Goodyear, il fallait sauvegarder la compétitivité. » La décision a été mise en délibéré au 16 mai.

Condamnés pour séquestration

En janvier 2014, Goodyear Amiens-Nord avait annoncé la fermeture de l’usine, entraînant la disparition de 1.143 emplois, symbole de la désindustrialisation des bastions ouvriers.

Sept de ces anciens salariés ont été définitivement condamnés, en janvier, par la cour de cassation à des peines de prison avec sursis pour avoir séquestré deux ex-dirigeants.