VIDEO. Marseille: «Cet attentat aurait pu être évité» selon les parents des victimes de la gare Saint-Charles

INTERVIEW Les parents de Mauranne et Laura, deux cousines mortes dans un attentat à Marseille, poursuivent l’Etat devant le tribunal administratif…

Propos recueillis par Mathilde Ceilles

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Des policiers devant la gare Saint-Charles , le 1/10/2017 après l'attaque de Marseille.
AFP PHOTO / BERTRAND LANGLOIS
Des policiers devant la gare Saint-Charles , le 1/10/2017 après l'attaque de Marseille. AFP PHOTO / BERTRAND LANGLOIS — AFP
  • Mauranne et Laura sont mortes dans un attentat au couteau devant la gare Saint-Charles, le 1er octobre 2017.
  • Leurs parents ont décidé d’attaquer l’Etat devant le tribunal administratif. « Le préfet du Rhône a été remercié, c’est bien la preuve d’une faute avérée », estime l’avocat des familles.

Ils étaient restés très discrets depuis un an. Mais les parents de Mauranne et Laura ont décidé de faire entendre leur voix. Leurs filles sont en effet décédées il y a un an dans un attentat à la gare Saint-Charles. Les deux cousines ont été prises pour cible par un homme qui aurait dû être pourtant sous le coup d'une mesure d'éloignement ou de placement en rétention.

Interrogée par 20 Minutes, Me Béatrice Dubreuil explique l’état d’esprit et les motivations de ses clients, la mère de Mauranne et les parents de Laura, qui ont décidé de porter l’affaire devant le tribunal administratif de Lyon.

Pourquoi avez-vous décidé avec vos clients d’attaquer l’Etat ?

Cette décision n’est pas venue comme ça. Elle est mûrie depuis le début. Nous avons eu en main un rapport de l’inspection générale de l’administration, qui nous dit qu’il y a eu une faute de la préfecture du Rhône. Cet individu, qui a tué Laura et Mauranne, aurait dû être placé en centre de rétention. Et ça n’a pas été fait, car la personne censée signer l’obligation de quitter le territoire français participait à une cérémonie officielle, et elle n’a pas été contactée. Cet individu a été libéré car il n’y avait personne pour signer ce document.

Mes clients considèrent que cet attentat aurait pu être évité de façon certaine et veulent que la faute de l’Etat soit reconnue. Cet individu n’aurait pas dû aller à Marseille, pas dû commettre ces assassinats. C’est un point qui taraude mes clients depuis un an.

Si la préfecture avait fait le nécessaire, ce dimanche 1er octobre 2017, cet individu n’aurait pas croisé la route de Laura et Mauranne.

Ce matin, Gérard Collomb a expliqué avoir précipité la date de sa démission, notamment en raison du « souvenir de la détresse des parents des filles qui ont été tuées à Marseille »…

Nous avons déposé notre recours le 28 septembre. Je ne veux pas en faire une affaire politique, mais une démission du ministre de l’Intérieur quelques jours après ce recours, le soir même de sa venue à Marseille, pour la commémoration de la mort de Mauranne et Laura, en présence des familles, il est vrai que cela m’a interpellée.

Dans quel état d’esprit sont vos clients ?

Ils sont très en colère. Ils ont bien sûr une peine incommensurable. Leurs filles, qui n’avaient qu’une vingtaine d’années et la vie devant elles, ont été victimes d’une attaque d’une barbarie innommable. Alors quand ils apprennent que cela aurait pu être évité… Ils attaquent l’Etat car c’est une question de principe. Aurait-on pu empêcher cet attentat ? La réponse est oui à 100 %. Peut-être y a-t-il un manque de moyens…

Le préfet du Rhône a été remercié, c’est bien la preuve d’une faute avérée. Le problème, c’est qu’aujourd’hui, l’Etat n’a pas tiré les conséquences de ce drame. Je rappelle que c’est le premier attentat depuis l’élection d’Emmanuel Macron, et qu’il a été commis pendant l’Etat d’urgence. Le limogeage d’un préfet c’est une chose, mais il faut clairement revoir le fonctionnement. Or, puisque l’Etat ne tire pas les conséquences de ces fautes, on demande à la justice de les reconnaître. Il ne faut plus que cela ne se reproduise. Plus jamais ça.

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