VIDEO. Affaire Marie Laguerre: «Je lui ai dit “le rouge te va super bien”, et elle m’a dit “ta gueule”», justifie l'agresseur

HARCELEMENT L’agresseur de Marie Laguerre, la jeune femme giflée cet été à Paris, a été condamné ce jeudi à douze mois de prison dont six avec sursis. Une peine assortie d’une obligation de soin…

Caroline Politi

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Marie Laguerre, co fondatrice de Nous toutes harcèlement.
Marie Laguerre, co fondatrice de Nous toutes harcèlement. — Paul Blin Kernivinen/ 20 Minutes
  • En juillet dernier, Marie Laguerre a été agressée par un homme car elle refusait ses avances.
  • Le procès, qui devait se tenir fin août, a été renvoyé après que le tribunal a demandé une expertise psychiatrique. 

Marie Laguerre ne s’en cache pas, elle aurait aimé que le procès de son agresseur soit un symbole. Celui des violences faites aux femmes et du harcèlement de rue. L’étudiante de 22 ans avait été agressée le 24 juillet dernier dans le 19e arrondissement de Paris après avoir répondu à des remarques obscènes. La vidéo, visionnée des millions de fois, a fait d’elle un porte-drapeau de la cause. Mais ce jeudi, devant la 23e chambre du tribunal correctionnel de Paris, nulle trace de la dimension sexiste de ce dossier. Son agresseur présumé, Firas M., 25 ans, interpellé après un bref internement en hôpital psychiatrique, a bénéficié d’un vide juridique.

L’homme, au visage fin, vêtu d’un tee-shirt bariolé, a été condamné à un an de prison, dont six mois avec sursis pour « violence volontaire ». Le tribunal a assorti sa peine d’une obligation de soin et de traiter ses addictions. Seul rappel du contexte du dossier : il devra suivre un stage de sensibilisation contre les violences sexistes.

« Il y a des insultes qui font plus mal que des coups »

Si, à l’audience, il a reconnu des violences, il n’a eu de cesse d’en rejeter la responsabilité sur la jeune femme. A l’entendre, il ne lui a jamais manqué de respect, bien au contraire, il a été insulté après l’avoir complimentée. « Je lui ai dit “le rouge te va super bien”, et elle m’a dit “ta gueule” direct, sans raison », marmonne-t-il, appuyé contre la vitre du box. Le jet du cendrier, « c’était juste comme ça ». Il l’a vu posé sur une table, il l’a lancé sans chercher à l’atteindre. Et puis, c’était un « cendrier tout ballot, pas en béton ou un 9 mm », s’agace le prévenu, dont le casier compte déjà neuf mentions, notamment pour violences, agression ou proxénétisme. Il admet lui avoir donné une gifle mais, à nouveau, il explique que c’était en réaction à une insulte. « Il y a des insultes qui font plus mal que des coups. » Assise face de lui, Marie Laguerre, lève les yeux au ciel.

La jeune femme à la longue chevelure bouclée, veste à carreaux et jean noir, reconnaît l’avoir insulté à deux reprises mais « c’était une manière de me défendre », confie-t-elle au tribunal. Surtout, elle tient à nuancer la version du prévenu : les propos de Firas M. étaient accompagnés de bruits de langue suggestifs, ce qu’a confirmé un témoin. « C’est assez traumatisant d’être frappée dans la rue, juste en marchant », poursuit-elle à la barre. Si elle a souhaité s’investir pour cette cause, elle confesse que cette affaire l’a profondément marquée. Elle a souffert de troubles d’anxiété, troubles du sommeil, a perdu quatre kilos… Elle s’est vue prescrire une journée d’interruption totale de travail (ITT) et 15 jours d’ITT psychologique.

Harcèlement sexuel, outrage sexiste

Mais voilà, c’est bien la grande difficulté de ce dossier. Si Marie Laguerre est devenue le symbole du harcèlement de rue, ces notions n’apparaissent pas dans le dossier. Le parquet avait ouvert une enquête pour « harcèlement sexuel », mais l’article 222-33 du Code pénal précise que pour que ce délit soit constitué, « les propos ou comportements à connotation sexuelle » doivent être répétés. Ce qui n’est pas le cas ici puisque la victime n’a croisé que quelques minutes son agresseur. Quant à la loi Schiappa sur le harcèlement de rue, elle n’a été votée que le 3 août, soit dix jours après l’agression.

« Le sexisme est si ancré, si profond, qu’il n’aura pas à répondre des raisons pour lesquels ces violences sont nées », a déploré l’avocate de la jeune femme, Noémie Saidi-Cottier. La procureure l’a également reconnu, ce dossier « parle des violences faites aux femmes, du harcèlement de rue ». Aux yeux de la magistrate, il ne fait aucun doute que le comportement de Firas M. vis-à-vis de Marie Laguerre était un acte « gratuit ». Dans son box, le prévenu s’énerve, l’interrompt, jure qu’il ne manque pas de respect aux femmes.

Qu’importe, ces éléments ne sont que du « contexte », poursuit la procureur sans tenir compte de son comportement, ils n’ont pas été retenus par la prévention. Elle avait requis dix-huit mois de prison, dont six avec sursis. Des réquisitions jugées démesurées pour l’avocate du prévenu, Karima Tadjine, qui avait appelé à ne pas « faire de son client le symbole des violences faites aux femmes, ce serait un costume bien trop grand ».