«Lettre à Madame Jacqueline Sauvage»: L'avocat général du procès en appel regrette «le symbole» qu'elle est devenue

POLEMIQUE A l’occasion de la diffusion sur TF1 d’un téléfilm sur la vie de Jacqueline Sauvage, l’avocat général du procès en appel de cette femme battue condamnée pour le meurtre de son mari s’est exprimé dans « Le Monde »…

L.Br.

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Des soutiens à Jacqueline Sauvage réunis au Trocadéro, le 10 décembre 2016.
Des soutiens à Jacqueline Sauvage réunis au Trocadéro, le 10 décembre 2016. — FRANCOIS GUILLOT / AFP

C’est une prise de parole rare : il est exceptionnel qu'un avocat général prenne la parole en son nom, après un verdict, chaque déclaration du parquet engageant normalement tous ses représentants. C’est pourtant ce qu’a fait Frédéric Chevallier.

Dans une lettre adressée à Jaqueline Sauvage publiée par Le Monde ce mardi, Frédéric Chevallier, avocat général lors du procès en appel de cette femme battue qui a fini par tuer son mari, regrette qu’elle soit devenue « le symbole inadapté d’un fait majeur de société ».

Une « femme déterminée »

Alors que TF1 diffusait lundi soir un téléfilm basé sur la vie de Jacqueline Sauvage, l'avocat général a tenu à prendre la parole. Dans sa lettre, Frédéric Chevallier dit regretter que Jacqueline Sauvage soit présentée dans les médias comme « soumise » alors que son parcours montre qu’elle a toujours été une « femme déterminée », raconte-t-il. Une posture adoptée par le téléfilm Jacqueline Sauvage - C'était lui ou moi, diffusé lundi soir, selon lui.

« Ce que vous avez vécu ne peut être cet "enfer" créé par celles et ceux qui vous ont enserrée dans cette image symbole placardée sur leur poitrine "Je suis Jacqueline" (…) Vous présenter comme soumise et sous l’emprise de ce "tyran" de Norbert [son mari], c’était nier totalement votre personnalité dont la réalité ne correspondait plus en rien à ce que vous avez été pendant quarante-sept ans. (…) Réduire votre funeste décision à un geste de survie, c’est nier le sens même de votre vie déterminée », écrit le magistrat.

« Le symbole inadapté d’un fait majeur de société »

Dans son texte, le magistrat condamne le geste violent de Jacqueline Sauvage contre son mari, une « vengeance » personnelle rendue en dépit de la justice du tribunal. « En exécutant votre mari, vous nous avez privés d’un procès qui aurait peut-être permis d’inverser l’ordre des choses aujourd’hui établi. Vous l’avez condamné sans procès. Vous n’en aviez pas le droit. »

Frédéric Chevallier invoque enfin l’importance de la justice pour « punir à [la] place » des victimes les auteurs de violences. « Lutter contre les violences intrafamiliales, contre les violences faites aux femmes ne peut passer par la violence criminelle dont vous vous êtes rendue coupable. (…) Vous êtes devenue, sans doute malgré vous, le symbole inadapté d’un fait majeur de société. »

Condamnée en 2016 à 10 ans de prison pour avoir tué son mari violent, Jacqueline Sauvage a bénéficié de la grâce présidentielle accordée par François Hollande au terme d’une intense mobilisation. Manifestations, comités de soutien, pétition… De nombreux collectifs se sont battus pour obtenir sa libération.