Amiens: Les «Goodyear» devant les prud'hommes, retour sur une saga judiciaire hors norme

FEUILLETON SOCIAL Environ 800 ex-salariés de Goodyear se retrouvent, jeudi, devant les prud’hommes d’Amiens, pour une audience qui a lieu au Zenith…

Gilles Durand
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A Amiens, le 19 octobre 2016 - Les huit anciens salaries de Goodyear, poursuivis pour séquestration, se rendent a leur procès en appel.
A Amiens, le 19 octobre 2016 - Les huit anciens salaries de Goodyear, poursuivis pour séquestration, se rendent a leur procès en appel. — G. Durand / 20 Minutes

L’audience va se tenir dans un Zenith. Le procès aux prud’hommes des «Goodyear » d’Amiens, qui se tient jeudi, est hors-norme. Il est la suite d’un long bras de fer social et juridique, marqué par la fermeture du site en janvier 2014 et le licenciement de 1.143 salariés.

Près de 800 ex-salariés de Goodyear réclament devant le conseil des prud’hommes d’Amiens une indemnisation, jugeant que leur licenciement était dépourvu de cause économique réelle et sérieuse.

Une année record sur ses bénéfices

La raison de leur colère ? « Que Goodyear ait fermé l’usine en 2014 alors qu’il y avait eu une année record sur ses bénéfices. C’est inadmissible qu’un groupe qui fait près de 2,7 milliards d’euros de profit net après impôt, après avoir payé les actionnaires, vienne dire " On se doit de fermer l’usine car ça met en péril notre compétitivité " », souligne Mickaël Wamen, ex-leader du syndicat CGT.

Mais Goodyear, c’est un feuilleton judiciaire qui dure depuis des années. Retour en arrière pour comprendre.

En 2007, les tensions commencent avec la proposition de la direction de créer un complexe industriel unique dans les usines d’Amiens-Nord et Amiens-Sud, ce qui doit se traduire par la suppression de 550 postes (sur 2.700) et suppose une réorganisation du travail en 4X8. Les salariés refusent.

Plan social à répétition

L’année suivante, trois syndicats d’Amiens-Sud (1.300 salariés) acceptent le passage au 4X8. Ceux d’Amiens-Nord (1.400 salariés) refusent toujours. En 2009, un nouveau plan social prévoie 817 licenciements à Amiens-Nord. Plan rapidement suspendu par le TGI, qui juge « incomplètes » les informations données au comité central d’entreprise.

En septembre 2009, le fabricant américain Titan International se dit prêt à reprendre l’activité de pneumatiques agricoles de l’unité d’Amiens-nord, annonce le directeur France de Goodyear Dunlop.

C’est en janvier 2013 que Goodyear annonce son projet de fermeture d’Amiens-Nord « après cinq années de négociations infructueuses ». Un an plus tard, en 2014, le directeur des ressources humaines et le directeur de la production sont retenus pendant une trentaine d’heures dans l’usine occupée par quelques dizaines de salariés en colère après l’annonce de la fermeture du site.

Condamnations pour séquestration

Le 22 janvier, un accord de fin de conflit avec la direction prévoit la fin de l’occupation de l’usine, une indemnité additionnelle pour les salariés licenciés et l’absence de poursuites. L’usine ferme avec 1.143 pertes d’emploi à la clef.

Quatre ans ans plus tard, en 2017, la cour d'appel condamne sept des huit anciens salariés d’Amiens-Nord, dont cinq militants de la CGT, à des peines de prison avec sursis de 12 mois maximum et prononce une relaxe totale pour le 8e. Ils étaient poursuivis pour « séquestration et violences en réunion ».