Procès Pastor: Le détective privé d'Hélène Pastor accusé par la défense d'être un «faux témoin» en mal de notoriété

JUSTICE Dans des propos quelque peu confus, le détective privé a fait de nouvelles révélations, parfois contradictoires, laissant l'assemblée dubitative sur la véracité de son témoignage... 

Mathilde Ceilles

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Des dossiers du procès Pastor
Des dossiers du procès Pastor — BORIS HORVAT / AFP
  • Dans la presse, Patrick Boffa a déclaré avoir enquêté sur Wojciech Janowski à la demande d'Hélène Pastor.
  • A la barre, il a tenu des propos parfois incohérents, laissant la cour d'assises dubitative.
  • Me Dupond-Moretti y voit un faux témoignage visant à faire gagner ce détective en notoriété.

Patrick Boffa s’est présenté devant la Cour d’assises d’Aix-en-Provence dans son costume noir, avec une petite sacoche à la main. Son visage n’est pas inconnu pour ceux qui ont suivi de près l’affaire Pastor. Le détective privé, qui officie à Monaco et sur la Côte d’Azur, a donné plusieurs interviews dans la presse ces derniers mois, affirmant travailler pour le compte d’Hélène Pastor avant l’assassinat de cette femme d’affaires monégasque en 2014.

A la barre, avec un débit rapide et saccadé, il a expliqué avoir « mené des investigations », pour le compte d’Hélène Pastor sur Wojciech Janowski, le gendre de cette Monégasque accusé d’avoir commandité son assassinat. « Elle avait des doutes sur son gendre, elle trouvait ses affaires floues, affirme Patrick Boffa. J’ai investigué durant une période de trois mois en Pologne et en Angleterre en 1990, et je lui ai fourni un rapport de quatre pages, dans lequel j’avais suffisamment d’éléments pour dire que M. Janowski mentait sur beaucoup de choses. »

Des déclarations en « off » aux enquêteurs

Patrick Boffa affirme tour à tour qu’Hélène Pastor craignait soit d’être « empoisonné par M. Janowski », soit une « tentative nocturne », quand ce ne sont pas ses petits-enfants qui seraient sous le coup d’un possible « enlèvement » par l’entourage peu fréquentable qu’aurait son gendre.

Des éléments qui ne figurent pas tous dans sa déposition faite aux enquêteurs, fait remarquer le président de la cour d’assises Pascal Guichard. « Les enquêteurs m’ont demandé de faire ces déclarations en off, car si M. Janowski n’était pas le coupable, ça aurait pu me poser des soucis », martèle à plusieurs reprises Patrick Boffa en guise de réponses devant une cour incrédule.

Des dates incohérentes

L’avocat général soulève une autre incohérence. « Vous aviez déclaré dans votre déposition que vous aviez commencé vos investigations l’année précédente et vous dites ici avoir commencé en 1990 », s’agace Pierre Cortès.

« Mon rapport fait foi », rétorque celui qui dit « connaître du monde à la police » et s’être étonné de ne pas être convoqué par le juge d’instruction. « Votre déclaration fait foi, vous l’avez signé Monsieur », répond l’avocat général.

« Vrai détective mais faux témoin »

Pierre Cortès cherche toutefois à comprendre. « Moi, je voulais vous interroger puisque vous vous êtes rendus en Pologne et au Royaume-Uni au sujet des affaires de M. Janowski… » « Non, non, je n’ai pas dit ça, je n’y suis pas allé », réfute Patrick Boffa. Étonnement de l’avocat général. « J’ai investigué sur les affaires », reprend le témoin. « Je me suis mépris sur l’intérêt de votre témoignage », constate l’avocat général Pierre Cortès.

Au fur et à mesure des déclarations du détective, la salle est de plus en plus dubitative. Y compris Me Dominique Mattei, avocat de Sylvia, la fille d’Hélène Pastor, qui s’est constituée partie civile dans ce dossier. « En tant que détective privé, vous êtes tenus au secret, non ? Alors pourquoi cette interview à Paris Match le 14 septembre 2018 ? Et dans votre déposition, vous dites n’avoir aucune piste sérieuse à proposer. J’ai quelques doutes… » Et de reprendre, en direction des avocats des prévenus : « J’arrête là, je fais votre travail. »

« Ce témoignage est totalement surréaliste, sourit Me Dupond-Moretti, avocat de Wojciech Janowski. Chaque fois que vous donnez une interview, il y figure vos coordonnées de détective. Vous étiez le 17 septembre, le jour de l’ouverture, chez Morandini, qui est au trash ce qui Richter est au séisme. » Hilarité dans la salle. « Je pense que vous êtes un vrai détective mais un faux témoin, c’est une honte ! », déplore Me Dupond-Moretti. Patrick Boffa secoue la tête, silencieux.

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