Pascal Dauriac à son arrivée au palais de justice le 2 février 2015 à Marseille
Pascal Dauriac à son arrivée au palais de justice le 2 février 2015 à Marseille — Boris Horvat AFP

JUSTICE

Procès Pastor : Le coach de Wojciech Janowski, un «pantin» pour «liquider la vieille»?

Devant la cour, Pascal Dauriac a reconnu les faits qui lui étaient reprochés, revenant sur sa relation avec Wojciech Janowski... 

  • Pascal Dauriac a été entendu par la cour d'assises d'Aix ce mercredi.
  • Il est revenu sur son implication dans la mort d'Hélène Pastor.
  • Il a évoqué ses relations avec le commanditaire présumé Wojciech Janowski.

Le massage de « Monsieur » venait de se terminer, en ce début d’année 2012. Pascal Dauriac, coach sportif travaillant au noir pour plusieurs clients monégasques, dont le couple fortuné formé par la fille d’ Hélène Pastor, Sylvia Ratkowksi, et Wojciech Janowski, range ses affaires. Wojciech Janowski, son client du jour, regarde par la fenêtre. L’homme semble préoccupé.

C’est alors qu’il se serait exclamé. « Elle me fait trop de mal. Il faut que je trouve une arme pour la tuer. Je me suis renseigné en Pologne. C’est trop difficile pour en ramener une à Monaco. Est-ce que tu peux trouver une arme ? » En mai 2014, Hélène Pastor, la richissime belle-mère monégasque de son client polonais, est tuée avec son chauffeur lors d’une fusillade devant un hôpital niçois alors qu’elle rendait visite à son fils.

« Il faut trouver quelqu’un pour liquider la vieille »

Cet épisode, Pascal Dauriac l’a raconté ce mercredi devant la cour d’assises d’Aix-en-Provence, d’une voix monocorde, comme tout au long de son interrogatoire. Il y a eu pendant ces longues heures où le prévenu a pris la parole de profonds soupirs, parfois. Quelques sanglots aussi. Mais, comme depuis le début de ce procès, il a gardé les yeux mi-clos. « Je vais continuer à expliquer comment j’en suis arrivé là, dans cette histoire tragique. » Une histoire tragique dans laquelle il est accusé d’avoir pris activement part au projet d’assassinat d’Hélène Pastor.

En 2012, quand son client évoque devant lui sa quête d’armes, le coach sportif n’aurait rien dit. En septembre 2013, Wojciech Janowski se montrerait plus déterminé. « Au cours d’une séance, il m’a dit que ça ne pouvait plus durer. La maladie de Sylvia [atteinte d’un cancer] s’aggravait. »

« Il m’a dit : "Il faut trouver quelqu’un pour liquider la vieille. Est-ce que tu peux m’aider ?" », explique-t-il, la voix chevrotante

Et là encore, il ne dit rien, dit ne pas croire que ces paroles soient suivies d’actes.

Janowski « chaleureux »

Et pendant ce laps de temps, raconte-t-il, Pascal Dauriac accepte les cadeaux et autres services rendus par Wojciech Janowski, qui se fait selon ses dires de plus en plus « chaleureux » au fil du temps. Des points retirés sur son permis ? Janowski se serait débrouillé pour lui fournir un permis de conduire anglais. Une voiture à vendre ? Janowski l’achète 10.000 euros. Son client lui aurait offert des voyages à Londres avec sa compagne, promis un meilleur avenir sur le Rocher. « Il disait qu’il allait s’occuper de moi, que j’allais devenir quelqu’un de respectable. »

Pression et menaces

Et dans le même temps, ce même client polonais lui mettrait la « pression » pour que son projet meurtrier aboutisse, lui proférerait des « menaces » à mots couverts, le dévaloriserait, disant qu’il n’était « qu’un abruti ».

Au retour d’un voyage en Thaïlande de trois semaines, en janvier 2014, offert par Wocjiech Janowski, Pascal Dauriac dit vouloir sortir de la vie de son client polonais. Mais il ne le fait pas. Il raconte même aider Wojciech Janowski dans son projet funeste, en cherchant notamment des exécutants et les rémunérant. Il dit croire d’abord rendre service à Wojciech Janowski qui décrit sa belle-mère comme une personne tyrannique et toxique.

Pris dans la « machine à laver »

Mais Dauriac continue quand il comprend que d’autres motivations animent Janowski : le « fric ». L’homme d’affaires ruiné n’est en effet pas marié à sa compagne, gravement malade, et craint, si d’aventure le cancer emportait Sylvia, d’être « mis à la porte » par sa belle-mère qui ne l’apprécie guère.

Mais alors pourquoi s’être fait ainsi le messager de Wojciech Janowski dans ce projet meurtrier, tel qu’il s’accuse de l’avoir été ? Pourquoi jamais n’avoir stoppé ce projet, cette « machine à laver », ce « tourbillon » comme il l’a décrit, si telle était sa situation ? C’est l’une des questions centrales qui a secoué la cour en ce jour d’audience. « C’est une énigme pour sa famille », affirme Jean-Robert Nguyen-Phung, l’avocat de Pascal Dauriac. Ce même Pascal Dauriac, qui, aux questions de la cour, répond régulièrement par un sempiternel « j’ai transmis les ordres », comme un leitmotiv. « Cet homme donne l’impression d’être un pantin ! », s’emporte un avocat de la partie civile.

« Comme un gamin »

Parmi les explications possibles, Pascal Dauriac accuse Wojciech Janowski, se disant sous influence. « Il m’a isolé, gardé contre lui, mis sous son bras, décrit-il. Ce n’était pas possible, je n’avais pas cette lucidité. » « C’est un robot, hypnotisé comme par le serpent dans le Livre de la Jungle, dira même son avocat en fin d’audience devant la presse. Il est sous une emprise, persuadé que tout ce que touche Janowski se transforme en or, comme un gamin devant la vitrine d’un magasin de mauvais jouets. »

Une version que contestent les avocats de Wojciech Janowski. L’homme d’affaires polonais se dit en effet innocent, victime d’une tentative d’extorsion de la part de son coach sportif. Un discours qui sera sans aucun doute au cœur des débats ce jeudi. Wojciech Janowski est en effet entendu pour la première fois dans la matinée par la cour d’assises d’Aix-en-Provence. A l’ouverture du procès la semaine dernière, il a assuré vouloir répondre à « toutes les questions ».


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