«Ma grosse erreur a été de le laisser seul», reconnaît le père de l’enfant sauvé par Mamoudou Gassama

PROCÈS Le père du garçonnet de quatre ans et demi sauvé in extremis par Mamoudou Gassama en mai dernier a été condamné à trois mois de prison avec sursis et à suivre un stage de « responsabilité parentale »...

Caroline Politi

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L'enfant, sauvé par Mamoudou Gassama, était pendu dans le vide
L'enfant, sauvé par Mamoudou Gassama, était pendu dans le vide — BERTRAND GUAY / AFP
  • Le 26 mai dernier, le père de famille de 37 ans a laissé son fils seul pendant environ une heure, le temps d’aller faire des courses.
  • Il risque jusqu’à deux ans de prison pour soustraction à ses obligations parentales.
  • Le garçonnet avait été sauvé par Mamoudou Gassama qui a escaladé six étages pour le récupérer.

Le 26 mai dernier, c’est déguisé en « Buzz l’éclair » que Gabriel*, alors âgé de quatre ans et demi, a passé la journée à déambuler avec son père dans les allées de Disneyland. C’est pourtant à un autre superhéros, Spider-Man, qu’il doit aujourd’hui la vie. Quelques heures après être rentré du parc d’attractions, l’enfant, laissé seul dans l’appartement familial pendant environ une heure, a été secouru in extremis par Mamoudou Gassama. En une fraction de seconde, ce jeune Malien de 22 ans désormais naturalisé français, a escaladé à mains nues cinq étages pour mettre en sécurité le garçonnet suspendu au-dessus du vide.

« Ma plus grosse erreur a été de le laisser seul », a reconnu ce mardi, dans un quasi-murmure, le père de l’enfant devant la 15e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Agé de 37 ans, ce fonctionnaire originaire de la Réunion, a été condamné à trois mois de prison avec sursis et à suivre un stage de « responsabilité parentale » pour « s’être soustrait à ses obligations familiales ». « On ne doit pas ignorer quand on est parent, que lorsqu’on laisse un enfant seul, on l’expose à de multiples risques », a insisté la présidente, très pédagogue tout au long de l’audience.

« Ce sont les enfants qui commandent ? »

Le soir de « l’incident » - ainsi que le qualifie le prévenu - il est un peu plus de 19 heures lorsqu’il décide d’aller faire des courses. Sa femme et son autre enfant sont encore à la Réunion ; son fils, trop fatigué, absorbé par un dessin animé, refuse de l’accompagner. « Ce sont les enfants qui commandent ? », s’étonne la présidente. Devant un tribunal médusé, il explique ne pas avoir réalisé le danger que pouvait représenter cette porte-fenêtre ouverte sur le balcon. « Pour moi, c’était juste une ouverture pour l’air, je n’y vais jamais, Gabriel non plus. »

S’il souhaitait juste faire quelques courses, pourquoi s’est-il absenté pendant près d’une heure alors que le supermarché était à proximité immédiate ? Surtout, pourquoi a-t-il emprunté l’entrée du supermarché la plus éloignée de son domicile ? « J’ai fait ce détour pour récupérer un Pokémon », explique-t-il, penaud, à la barre. S’il reconnaît avoir joué à ce jeu sur son téléphone portable, c’était avant tout pour se rapprocher de son fils, « pour lui faire plaisir », explique-t-il. « Vous ne pensiez pas que la priorité, à ce moment-là, c’était de rentrer ? », le sermonne la présidente.

Aux policiers, Gabriel a expliqué qu’il pensait que son père était retourné à Disneyland sans lui. C’est pour le rejoindre qu’il a décidé d’enjamber le balcon puisque la porte d’entrée était fermée. Il tombe d’un étage puis se rattrape à la balustrade de l’appartement d’au-dessous. Trois mois après les faits, le garçonnet n’a « pas l’air traumatisé » par cette affaire, a rapporté la spécialiste de l’enfance mandatée par la justice pour examiner l’enfant. De ce sauvetage in extremis, il ne semble pas mesurer les conséquences. S’il n’a jamais fait de cauchemars, sa mère évoque quelques flashs : son bobo au pied – il s’est retourné l’ongle – ou la casquette qu’un policier lui a donné en lui disant « qu’il était très courageux ». A ces mots, le père, particulièrement ému, fond en larmes.

« C’est la mauvaise réaction d’un bon père »

L’évaluation sociale n’a pas permis de déceler d’autres manquements aux obligations parentales, aucune mesure éducative spécifique n’a été mise en place. « C’est la mauvaise réaction d’un bon père », a insisté son avocat, Me Romain Ruiz, qui réclamait la relaxe. Si la procureure a également vu dans ce prévenu un « bon père qui aime profondément ses enfants », elle a réclamé six mois de prison avec sursis à son encontre. « C’est une compromission d’une gravité exceptionnelle », certes la seule constatée, mais dont les conséquences auraient pu être irréparables. Et d’insister : « S’il n’avait pas été secouru par un passant, il serait peut-être bien, sûrement même, décédé. »

*Le prénom a été changé