Procès de Mauléon: « L’agneau s’est accroché la patte arrière, j’étais en train de saigner les autres, j’ai pas pu le sortir »

JUSTICE Lors du procès de l’abattoir de Mauléon, les salariés ont témoigné de leurs difficiles conditions de travail…

E.P. avec AFP

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Illustration d'un agneau de l'abattoir de la Soule à mauléon.
Illustration d'un agneau de l'abattoir de la Soule à mauléon. — L214 Ethique et animaux
  • Lundi s’est ouvert le procès de l’abattoir de Mauléon, poursuivi pour des mauvais traitements sur les animaux.
  • Les salariés qui sont prévenus dans cette affaire mettent en cause les cadences et les conditions de travail.

La faute aux cadences et au manque de personnel. Les employés de l’abattoir de Mauléon (Pyrénées-Atlantiques), poursuivis pour mauvais traitements aux animaux, ont mis en avant leurs mauvaises conditions de travail, alors que direction et services vétérinaires étaient mis sur la sellette.

« La cadence, on la subissait », a lancé Gérard Arhie, 32 ans, technicien abatteur au moment des faits, devant le tribunal correctionnel où il comparaissait avec deux autres employés et l’ex-directeur de l’abattoir, deux ans et demi après la diffusion d’images choc d’animaux maltraités filmées par l’association L214.

« J’étais tout seul »

Comme lui, les prévenus de ce procès très médiatisé, qui se tenait devant une salle comble d’amis et d’éleveurs, ont nié toute volonté de maltraitance, rejetant les infractions commises sur les cadences, le défaut de matériel adéquat, de formation pour certains, des consignes parfois peu strictes.

« J’étais tout seul », a dit l’agriculteur pour évoquer l’image, glaçante, diffusée lors de l’audience, d’un agneau écartelé vivant. « L’agneau s’est accroché la patte arrière, j’étais en train de saigner les autres, j’ai pas pu le sortir », dit-il.

Bastien Aramburu, 26 ans, bac agricole puis CDI à l’abattoir, ajoute : « On respectait au maximum les consignes, mais en pratique c’est pas possible », dit le jeune homme, aujourd’hui plâtrier.

Le débit rapide, usant de nombreux termes techniques, Gérard Clemente, 67 ans, ex-directeur de l’abattoir, s’emporte. « J’ai passé 40 ans dans un outil sans m’être rendu compte que j’étais un négrier (…) Je gère le nombre de bêtes selon le nombre de salariés », dit l’homme aujourd’hui retraité, en contestant les cadences trop soutenues.

« On aurait dû avoir plus de fermeté »

L’ex-directeur a également évoqué la situation particulière de son « petit abattoir », ne bénéficiant pas des mêmes matériels que les grands.

Les services vétérinaires, qui ne sont pas en cause dans l’affaire, avaient néanmoins dans la matinée été poussés dans leurs retranchements pour expliquer les près de 200 infractions constatées sans fermeture de l’abattoir.

« Oui, potentiellement on avait les moyens d’intervenir mais je n’avais pas de documents officiels pour m’y appuyer », a justifié Philippe Barret, chef de service « abattoirs et sous-produits » de la direction vétérinaire départementale. « On aurait dû avoir plus de fermeté », a-t-il répété, sans donner plus d’explications précises.

Mais pas de mauvais traitements selon ses services. Lors de ses visites d’inspection annuelle, il avait constaté « des infractions mais pas de délits de cruauté », dit-il.

« A aucun moment, il n'y a eu de volonté de faire souffrir », a renchéri Marie-Claude Boucher, de la Brigade d’enquête vétérinaire en charge de l’enquête, « tant sur les vidéos que lors de l’audition du personnel ». « Des mauvais gestes, du matériel qui ne fonctionnait pas peut-être, un manque de personnel certain », a-t-elle ajouté.

Les trois employés, comme l’établissement en tant que personne morale, sont jugés pour « mauvais traitements infligés sans nécessité à un animal domestique », une infraction passible d’une amende de 750 euros au plus.

L’abattoir et son ex-directeur doivent aussi répondre de « tromperie sur la nature, la qualité, l’origine ou la quantité d’une marchandise » un délit passible de deux ans de prison et 300.000 euros d’amende.

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