Marseille: «Mon départ n’avait rien de volontaire, je n’avais pas le choix», le plan de départ volontaire de SFR devant les prud'hommes

PROCES Le conseil des prud’hommes de Marseille doit examiner à partir de ce mardi le cas de plus de 50 salariés qui contestent leurs « départs volontaires »… 

Adrien Max

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Le siège de SFR à Saint-Denis.
Le siège de SFR à Saint-Denis. — Michel Euler/AP/SIPA
  • Une audience de conciliation doit avoir lieu ce mardi au conseil des prud’hommes de Marseille, des salariés de SFR contestent leur départ dans le cadre d’un « plan de départ volontaire ».
  • Selon eux, l’entreprise a tout mis en place pour les pousser à partir.

« Psychologiquement c’est très compliqué. Cette histoire laisse des traces. » Florent a quitté son poste chez SFR après huit années passées dans l’entreprise de téléphonie. Il a « accepté » un plan de départ volontaire (PDV) signé à l’été 2016, comme près de 5.000 de ses collègues. Mais beaucoup d’entre eux le contestent désormais, estimant que leur départ n’avait rien de volontaire.

Le conseil des prud'hommes de Marseille doit examiner la requête de 55 salariés dans ce cas sur l’ancien site de l’Estaque. « Nous avons saisi 15 conseils des prud’hommes partout en France, mais cette audience de conciliation à Marseille est la première », contextualise Romain Geoffroy, l’avocat qui défend tous ces salariés.

« Je voulais continuer »

Florent, apprend que les postes du site de l’Estaque seront désormais sous traités chez Intelcia, et transférés vers Paris « Je voulais continuer. Mon poste, l’ambiance avec les salariés, tout convenait », se souvient-il. Sauf que cette nouvelle bouleverse son quotidien. « Je savais que le management de ces sous traitants était infernal, avec des pratiques militaires. Les conditions de travail étaient effrayantes et je ne voulais pas partir à Paris, j’ai deux enfants en bas âges », se défend-il.

Une crainte partagée par Christine, du service rétention. « Notre salaire était largement composé de primes. En passant chez Intelcia, on les perdait obligatoirement, soit une perte de 1.500 euros brut dans mon cas. On n’avait plus le choix, l’ambiance devenait exécrable avec toutes ces incertitudes, les conditions se dégradaient », explique-t-elle.

Beaucoup d’incertitudes

Pour Céline, également salariée du site de l’Estaque, le flou dans lequel étaient plongés les salariés était intenable. « On ne savait pas quel service était concerné, et s’il y avait des quotas. On ne savait pas, non plus, dans quelles conditions Intelcia allait nous reprendre, sachant qu’ils délocalisent beaucoup. Toutes ces incertitudes nous ont poussées à accepter ce PDV », considère-t-elle.

Une stratégie de l’entreprise qui fait que, selon Florent, son départ n’a rien eu de volontaire. « En plus de ça, un tableau recensait les départs volontaires et les places étaient limitées. Ça nous a incités à remplir nos dossiers de départs volontaires pour ne pas se retrouver coincer. Alors qu’en réalité les places n’étaient pas limitées, et tout le service a pu remplir des dossiers », dénonce-t-il.

Des recrutements au rabais

Finalement les postes chez Intelcia sont restés sur Marseille, mais des offres d’emploi fleurissent sur les sites spécialisés. « Je me suis aperçu quelques mois plus tard qu’Intelcia recrutait, mais à des salaires pitoyables. Il n’y a jamais eu de délocalisation. On nous a fait partir pour recruter des personnes beaucoup moins cher », analyse Christine.

Depuis, Florent a bien tenté de retrouver un emploi. « J’en ai trouvé un mais je n’étais pas prêt psychologiquement. Je ne me suis pas du tout intégré et j’ai jeté l’éponge au bout de quatre mois. Ça va un peu mieux, je prends mon temps pour me reconstruire mentalement », concède-t-il.

« Payer serait la seule chose qui les impacterait »

Il espère que le conseil des prud’hommes reconnaîtra le caractère infondé de son départ « volontaire ». « Oui j’ai refusé un reclassement mais mon départ n’avait rien de volontaire, je n’avais pas le choix. Devoir payer serait la seule chose qui les impacterait, ce serait une libération », estime l’ancien salarié.

Christine, elle, souhaite que Patrick Drahi, PDG de SFR reconnaisse cette « mascarade » : « Je n’aurais jamais quitté mon poste, c’est pitoyable de nous avoir traités de la sorte. Je souhaite aussi obtenir des dommages et intérêts, toute cette histoire a eu d’énormes préjudices sur nous et notre entourage. Jamais je ne retrouverai les conditions dans lesquelles je travaillais après 16 années passées dans l’entreprise. »

L'avocat Romain Geoffroy compte démontrer au juge que ce plan de départ volontaire est en réalité un plan social déguisé. « Il s’agit de raisons économiques et de sauvegarde de la compétitivité, l’entreprise parle elle-même de rupture économique », avance-t-il. Les salariés ont bon espoir d’obtenir gain de cause, Romain Geoffroy qui a déjà fait condamner SFR près de 1.400 fois.

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