Affaire Tariq Ramadan: Le théologien espère être remis en liberté après sa confrontation avec une de ses accusatrices

JUSTICE En détention provisoire depuis sept mois, le théologien doit être confronté, ce mardi, à Christelle*, une femme qui l’accuse de viol…

Vincent Vantighem

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Le théologien Tariq Ramadan, le 25 avril 2010.
Le théologien Tariq Ramadan, le 25 avril 2010. — JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP
  • Tariq Ramadan est mis en examen pour avoir violé deux femmes.
  • Il a été placé en détention provisoire il y a sept mois.
  • S’il a reconnu avoir eu des relations extraconjugales, il nie les faits de viols.
  • Son avocat annonce qu’il va déposer une demande de mise en liberté.

Emmanuel Marsigny lui-même n’y croit pas. « Cette affaire ne sera pas tranchée ce mardi soir, lâche l’avocat de Tariq Ramadan. Chacun va sans doute camper sur ses positions et il faudra encore attendre. Nous n’allons pas plaider aujourd’hui. » Mis en examen pour viols, son client, le théologien controversé, doit être confronté, ce mardi, avec Christelle*, l’une de ses accusatrices.

« Il s’agit de la dernière confrontation prévue par les juges, poursuit Emmanuel Marsigny. Je vais donc déposer une demande de mise en liberté tout de suite après, soit ce mardi soir, soit mercredi matin. Sur le fond, il n’y a rien de neuf. Nous allons, à nouveau, pointer les invraisemblances du témoignage de cette femme. »

Un « mariage » ou un « jeu de séduction » ?

Âgée de 45 ans aujourd’hui, Christelle* a toujours prétendu avoir été violée par l’islamologue, à Lyon (Rhône) un soir d’octobre 2009, alors qu’elle traversait une période difficile. Séparée de son compagnon et handicapée par un accident de la circulation, elle s’était à l’époque convertie à l’islam et avait, selon son récit, pour projet de se marier avec Tariq Ramadan et de partir vivre à Londres pour s’occuper de ses enfants.

« Il n’a jamais été question de mariage, balaie Emmanuel Marsigny, l’avocat de Tariq Ramadan. Mon client reconnaît tout juste un simple jeu de séduction. » C’est ce qui aurait conduit Christelle à accepter un rendez-vous avec lui dans un hôtel de Lyon, un soir où il devait donner une conférence.

Abandonnée dans la chambre en état de choc ?

A partir de là, leurs récits divergent. Alors que Tariq Ramadan explique ne lui avoir parlé que 20 à 30 minutes dans le hall de son hôtel, Christelle indique avoir été violée avec une rare violence dans une chambre puis abandonnée en état de choc.

« Cela n’a pas de sens, estime encore Emmanuel Marsigny. Elle indique avoir entendu une dispute dans une chambre voisine. Or, les vérifications ont été faites : celles-ci étaient vides. Elle raconte que les faits se sont produits au deuxième étage. La chambre de Tariq Ramadan était au septième. Son récit ne tient pas debout ! »

Christelle a décrit la cicatrice à l’aine de Tariq Ramadan

Avocat de Christelle, Eric Morain n’est évidemment pas de cet avis. « Ma cliente a précisément évoqué les rues et le square aux abords de l’hôtel où elle a erré après les faits, a-t-il confié à 20 Minutes. Tout comme les détails de la salle de bains de la chambre qu’elle ne peut pas avoir inventés… »

Surtout, lors de son audition par les policiers, elle a décrit une petite cicatrice que Tariq Ramadan a bien été obligé de reconnaître avoir au niveau de l’aine. Pour la défense du théologien, cet élément qui avait pesé dans le choix de le placer en détention provisoire il y a sept mois aurait été obtenu par une éventuelle « collusion » avec la polémiste Caroline Fourest et d’anciennes maîtresses de l’intellectuel, désormais opposées à lui.

Mis sous pression par la multiplicité des témoignages, Tariq Ramadan avait fini, en juin, par reconnaître avoir eu des relations extraconjugales « consenties », des « rapports fougueux et de domination » tout en niant avoir jamais violé quiconque.

La confrontation houleuse avec Henda Ayari en juillet

En juillet, il avait été confronté à Henda Ayari, une ancienne salafiste qui l’accuse également de viol. Devenue militante laïque, cette femme avait vu ses accusations s’affaiblir après de multiples revirements sur la date et le lieu des faits qu’elle dénonce.

Emmanuel Marsigny en avait profité pour déposer dès le lendemain une demande de mise en liberté, proposant même une remise du passeport de son client ainsi qu’une caution de 300.000 euros. A l’époque, les juges avaient rejeté cette demande l’estimant « prématurée ».

* Le prénom a été changé

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