Procès de l’abattoir de Mauléon: «Des infractions mais pas de délits de cruauté»

JUSTICE Au premier jour du procès de l’abattoir de Mauléon-Licharre, les services vétérinaires ont reconnu des infractions à la réglementation mais pas les délits de cruauté envers les animaux…

E.P. avec AFP

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Marc Jean-Talon, président du tribunal dans le procès de l'abattoir de Pau.
Marc Jean-Talon, président du tribunal dans le procès de l'abattoir de Pau. — IROZ GAIZKA / AFP
  • Le procès de l’abattoir de Mauléon poursuivi pour des manquements à la réglementation s’est ouvert ce lundi à Pau pour deux jours.
  • L’ex directeur de l’établissement et les trois des quatre prévenus présents à l’audience nient les faits reprochés.
  • Les services vétérinaires entendus à la barre évoquent des dysfonctionnements mais réfutent les accusations de délits de cruauté.

Il n’y a « pas eu de volonté de faire souffrir » les animaux, ont estimé lundi les services vétérinaires au premier jour du procès à Pau des employés et de l'ex-directeur de l'abattoir de Mauléon, deux ans et demi après la diffusion d'images choc d'animaux maltraités filmées par l'association L214.

Serrés sur le banc des accusés et genoux tremblants, les trois salariés prévenus (un quatrième est absent) âgés de 32 à 21 ans, tout comme l’ex-directeur de l’abattoir, Gérard Clemente, 67 ans, aujourd’hui retraité, ont nié avoir commis les faits qu’on leur reproche.

Un manque de personnel en cause

Appelé à la barre lundi matin, le chef de service « abattoirs et sous-produits » de la direction vétérinaire départementale, Philippe Barret, a assuré que lors de ses visites d’inspection annuelle, il avait constaté « des infractions mais pas de délits de cruauté ». A propos de ces infractions, au nombre d’une centaine, il a néanmoins reconnu « un certain nombre d’anomalies sur le traitement des animaux ». « On aurait dû avoir plus de fermeté », a-t-il regretté tout en pointant une période lors de laquelle l’abattoir « manquait de personnel ».

« A aucun moment, il n’y a eu de volonté de faire souffrir », a renchéri Marie-Claude Boucher, de la Brigade d’enquête vétérinaire en charge de l’enquête, « tant sur les vidéos que lors de l’audition du personnel ». « Des mauvais gestes, du matériel qui ne fonctionnait pas peut-être, un manque de personnel certain », a-t-elle ajouté en évoquant la « cadence exceptionnelle » d’une période avant-Pâques.

« Au visionnage, on voit des animaux qui sursautent, ça ne veut pas dire qu’ils souffrent. Il n’y a que l’opérateur qui peut se convaincre de l’état de conscience de la bête », a-t-elle ajouté en estimant que les manipulations faites par le personnel étaient « plutôt de bon niveau ».

Dix associations parties civiles

« Manque de personnel, services de l’État qui tolèrent des manquements… On peut comprendre qu’il soit difficile de comprendre la réglementation lorsqu’on est salarié ? », a lancé de son côté Me Julien Leplat, avocat d’un des salariés.

Les employés, comme l’établissement en tant que personne morale, sont jugés pour « mauvais traitements infligés sans nécessité à un animal domestique », une infraction équivalente à un excès de vitesse simple et pour laquelle la peine encourue est une contravention de 4e classe (750 euros au plus).

L’abattoir et son ancien directeur doivent aussi répondre de « tromperie sur la nature, la qualité, l’origine ou la quantité d’une marchandise » un délit passible de deux ans de prison et 300.000 euros d’amende.

Tous les prévenus, ainsi qu’un quatrième employé, sont également poursuivis pour divers manquements aux règles de l’abattage (absence de précaution ou d’étourdissement préalable, saignée tardive, etc.)

Dix associations de défense des animaux se sont portées parties civiles, dont L214, la SPA et la Fondation Brigitte Bardot.

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