Procès Clément Méric: De deux ans ferme à douze ans de prison requis contre les trois accusés

PROCES A l’issue d’un court réquisitoire, l’avocat général a réclamé des peines allant de deux ans de prison ferme à douze ans de réclusion criminelle pour l’auteur des coups mortels…

Caroline Politi

— 

La photo de Clément Méric sur une affiche pendant une manifestation le 6 juin 2013 à Paris
La photo de Clément Méric sur une affiche pendant une manifestation le 6 juin 2013 à Paris — JOEL SAGET AFP
  • Trois skinheads sont jugés depuis le 4 septembre pour leur implication dans une bagarre ayant entraîné la mort de Clément Méric.
  • Deux d’entre eux comparaissent pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner, en réunion et avec arme », un crime passible de 20 ans de réclusion.
  • Le verdict est attendu ce vendredi.

D’emblée, il a souhaité mettre les points sur les « i ». Ce procès « n’est et ne sera pas politique », a martelé Rémi Crosson du Cormier, l’avocat général, en introduction de son court réquisitoire. Depuis maintenant huit jours, la cour d’assises de Paris juge trois skinheads pour leur implication dans une bagarre ayant entraîné la mort de Clément Méric, jeune militant antifasciste, un soir de juin 2013. « Sachez bien, messieurs, que vous n’êtes pas jugés parce que vous étiez skinheads, tatoués et militants, mais bien pour les actes que vous avez commis », ajoute-t-il, comme pour lever toute ambiguïté.

La peine la plus lourde - douze ans de réclusion criminelle - a été requise contre le principal accusé, Esteban Morillo, qui a reconnu les coups sur le jeune militant. Le magistrat a réclamé sept ans pour son co-accusé, Samuel Dufour. Ces derniers encourent 20 ans de réclusion. Pour le seul des trois qui n’est pas renvoyé pour des coups mortels mais seulement pour des violences volontaires sur les amis de la victime, Alexandre Eyraud, il a requis une peine de quatre ans de prison, dont deux avec sursis. «  Clément Méric a succombé autant à la haine qu’à la bêtise et l’inconséquence », a insisté l’avocat général.

« Il ne s’agit ni d’une bagarre soudaine, ni d’une rixe préméditée »

Point par point, il a démonté la thèse de la défense selon laquelle, dans cette altercation, les torts sont partagés, les antifas auraient provoqué, les skinheads auraient répliqué. « La provocation, si tant bien qu’elle ait existé de la part des antifas, c’est le nuage qui précède la tempête. Mais quand l’orage gronde, on se met à l’abri », lance-t-il avec lyrisme. En clair : si un échange de mots a bien eu lieu pendant la vente privée, en quittant les lieux, les antifas ont écarté tout danger. A l’inverse, les skinheads sont allés au « devant d’un adversaire désigné », « il fallait aller affronter ceux qui attendaient dans la rue ».

Le magistrat a longuement insisté sur une « action collective » menée par les trois accusés. Certes, Esteban Morillo est le seul à avoir reconnu avoir porté deux coups de poing à Clément Méric, dont celui qui l’a fait lourdement chuter, mais son geste a été favorisé par « l’action concomitante » de Samuel Dufour qui se bat « avec celui qui aurait pu aider et protéger » la victime. Quant à Samuel Eyraud, s’il n’a pas directement mis de coups, sa présence est une « menace supplémentaire ». « Le résultat, certes n’est pas voulu, mais il a été rendu possible par vous tous. »

Le verdict attendu vendredi

L’avocat général a également demandé à la cour de retenir la circonstance aggravante de l’usage d’une arme, en dépit des dénégations constantes d’Esteban Morillo. Pour le magistrat, l’utilisation d’un poing américain ne peut être exclue, plusieurs témoins affirment avoir vu une telle arme à la main de l’accusé et les expertises médicales, si elles ne peuvent en attester formellement, n’excluent pas cette possibilité. Quant à Samuel Dufour, les deux grosses bagues qu’ils portaient ce jour-là, l’une en forme de tête de mort, l’autre représentant une tête de cochon, peuvent être considérés comme « des armes par destination ».

Campés sur leurs chaises, les trois accusés l’écoutent attentivement, les bras croisés, fixant le plus souvent leur pied. Ils lèvent à peine la tête en entendant les peines que le magistrat réclame à leur encontre. Ils seront fixés sur leur sort vendredi.