Samir, tué au McDo: L'accusé passe aux aveux à l'ouverture du procès

JUSTICE Trois ans après les faits, le principal suspect a reconnu avoir porté le coup de couteau fatal après une dispute banale...

20 Minutes avec AFP

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Un palais de justice (illustration).
Un palais de justice (illustration). — PHILIPPE HUGUEN / AFP

Une embrouille dans une file d'attente et Samir, un jeune homme sans histoire, meurt poignardé sur le parking du McDonald's de Garges-les-Gonesse: trois ans après, le principal accusé a reconnu avoir porté le coup fatal mercredi à l'ouverture du procès.

Trois hommes âgés de 27, 23 et 28 ans comparaissent jusqu'à vendredi devant la cour d'assises du Val-d'Oise pour ce drame qui s'était produit le 30 août 2015 vers 04H30 du matin: le premier pour meurtre, le second pour complicité, le troisième pour non-assistance à personne en danger.

A l'ouverture de l'audience, le principal accusé, qui avait jusqu'ici toujours nié être l'auteur du coup de couteau fatal, est passé aux aveux. «J'ai menti pendant la procédure, mais aujourd'hui je veux dire la vérité, pour tout le monde», a-t-il dit depuis le box, la mine contrite.

D'après l'enquête policière, c'est une «banale dispute» qui a dégénéré. Voulant saluer un ami, Samir Kerkar était sorti de sa voiture, passant devant une BMW qui attendait pour récupérer sa commande au guichet du «drive-in». S'imaginant que Samir veut le doubler, le conducteur s'impatiente, faisant vrombir son moteur. «C'est bon, on sait que t'as une belle voiture», aurait alors lancé Samir, d'après son ami présent à ce moment-là.

L'accusé s'est rendu un mois après le drame

Les accusés ont eux incriminé le comportement «très agressif» de la victime, qui était sous l'emprise de l'alcool et du cannabis. Le ton monte, les insultes fusent, mais la BMW s'éloigne. Samir leur court après. La BMW revient, deux hommes en sortent, dont l'un est muni d'un couteau. Samir part en courant, il est rattrapé et s'effondre, atteint d'un coup de couteau à l'abdomen. Il décédera le lendemain.

Le conducteur de la BMW récupère alors ses passagers et la voiture disparaît dans la nuit. Des écoutes téléphoniques ont montré que les suspects, dont deux sont cousins, se sont concertés sur la version à donner aux enquêteurs.

Le principal accusé, qui s'est rendu un mois après ce drame, avait-il l'intention de tuer Samir? C'est la thèse de l'accusation, et c'est désormais l'enjeu principal de ce procès, qui a pris un tour inédit après ces aveux inattendus.

Aveux «opportunistes»

Mercredi, l'examen de la personnalité de l'accusé a permis de dresser un portrait nuancé. Certes, il a déjà été condamné pour des violences –des «conneries de jeunesse», selon ses termes, qui lui ont valu un séjour à Fleury-Mérogis alors qu'il était mineur. Pour le reste, il a grandi dans une «famille soudée», des Turcs de confession chaldéenne qui se sont installés en France en 1985, avec le statut de réfugiés politiques.

Trois mois après la mort de Samir Kerkar, 500 habitants de Sarcelles avaient participé à une marche blanche en sa mémoire. Le fait qu'il reconnaisse sa responsabilité montre «qu'il a fait du chemin et qu'il est prêt à s'expliquer sur le caractère absurde de ces faits», a dit à l'AFP son avocate, Me Karine Bourdie. Pour Samia Meghouche, qui représente les proches de la victime, nombreux dans la salle d'audience, cette reconnaissance est bienvenue, mais «tardive» et «opportuniste»: «Il ne pouvait faire autrement, à cause de la vidéo-surveillance et des témoins» qui l'accablent, selon elle.