Procès sur la mort de Clément Méric: «Ils sont allés taper du gaucho», plaide un avocat

PROCES Au septième jour du procès sur la mort de Clément Méric, les avocats des parties civiles se sont employés à battre en brèche l’idée selon laquelle les antifas ont provoqué la bagarre…

Caroline Politi

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La photo de Clément Méric sur une affiche pendant une manifestation le 6 juin 2013 à Paris
La photo de Clément Méric sur une affiche pendant une manifestation le 6 juin 2013 à Paris — JOEL SAGET AFP
  • Deux skinhead comparaissent pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner et en réunion » et encourent 20 ans de réclusion.
  • Le verdict est attendu le 14 septembre.

Ils sont venus tous les jours, serrés l’un contre l’autre, sur les bancs inconfortables de la cour d’assises de Paris. Elle, a parfois pris quelques notes sur son cahier d’écolier, lui, pianotait de temps à autre sur sa tablette. Depuis maintenant sept jours, ils écoutent attentivement témoins, experts et surtout les trois hommes accusés d’être impliqués dans la mort de leur plus jeune fils, Clément Méric. De ce procès, ils attendent avant tout la « vérité ». « Ça peut paraître bateau mais ce n’est pas si évident », a rappelé, en préambule de sa plaidoirie, l’une de leurs avocates, Me Cosima Ouhioun.

« Ça fait cher les mots, l’humour, l’ironie »

Un à un, les conseils des parties civiles se sont élevés contre l’idée d’une bagarre entre deux groupes, les skins d’un côté, les antifas de l’autre, une altercation dans laquelle les responsabilités seraient partagées. Les uns auraient provoqué, les autres auraient répondu. « Il faut arrêter avec cette fable du 50/50, lâche Me Cosima Ouhioun. On a d’un côté, un groupe qui se met à l’écart de la vente, ils sont à 30 mètres de la sortie, et de l’autre, un groupe qui fonce dans le tas. » Les amis de Clément Méric, insiste l’avocate, ont quitté la vente parce qu’ils ne souhaitaient pas s’y trouver en même temps qu’un groupe dont ils combattaient les idées, ils attendaient de pouvoir y retourner.

Certes l’un des antifas a reconnu des « moqueries » à l’égard du groupe des skins - « alors les nazis, on vient faire ses courses » - en réaction aux tee-shirts que portaient ce jour-là deux des accusés « White Power » et « Par le sang et pour l’honneur ». « Une moquerie, un mort, trois blessés. Ça fait cher les mots, l’humour, l’ironie », déplore Me Michel Tubiana, son conseil.

« Le poing américain est consubstantiel du milieu skinhead »

« Comment s’est insinuée l’idée que cette présence dans la rue était fautive ? », poursuit le second avocat de la famille Méric, Me Christian Saint-Palais. Tout au long du procès, les skinheads n’ont eu de cesse de répéter qu’ils étaient effrayés par le groupe d’antifas, persuadés qu’ils les attendaient dehors pour se battre. Malgré tout, fait remarquer Me Christian Saint-Palais, ils ne suivent l’itinéraire conseillé par un vigile de la vente pour contourner le groupe, « la chaussée est large de 15 mètres mais ils partent tout droit dans la foule. » Et d’asséner : « Ils sont allés taper du gaucho, comme à la manif pour tous ils ont tapé du PD. »

L’autre enjeu du procès est l’utilisation d’un poing américain pendant l’altercation. En l’absence de cette circonstance aggravante, les accusés encourent non plus 20 ans mais 15 ans de réclusion criminelle. Les skins ont toujours affirmé avoir frappé à poing nu, contrairement aux déclarations des antifas. Sur ce point, comme sur tant d’autres, les témoignages divergent et les expertises médicales n’ont pas permis d’affirmer ou d’infirmer la présence d’une telle arme. « Par ce qu’ils sont, par leurs habitudes, leur culture, bien évidemment qu’il y a eu agression et usage d’un poing américain, tonne Me Michel Tubiana. Le poing américain est consubstantiel du milieu skinhead, au même titre que le bombers, les doc martens ou les tatouages. »

Des jeunes « normaux » animés d’une idéologie « liée aux fondamentaux du nazisme »

Assis sur leur chaise, tous les trois écoutent, les bras croisés, les yeux le plus souvent rivés sur leurs chaussures. Me Michel Tubiana l’assure, « ce ne sont pas des monstres, cela pourrait être mes enfants ». Des jeunes « normaux » mais animés - tout du moins à l’époque - par une « idéologie liées aux fondamentaux du nazisme », qui prône la haine du « noir, de l’arabe, du tzigane ou du PD ». Jeudi matin, ils entendront l’avocat général faire ses réquisitions puis leurs avocats plaider. Le verdict est attendu vendredi.