Toulouse: En litige, un patron nantais met le feu à l'entreprise de son concurrent toulousain

VENGEANCE Un entrepreneur de 64 ans, originaire de Nantes, a reconnu avoir mis le feu à une entreprise concurrente de l’agglomération toulousaine. En attendant son procès, il a été incarcéré…

Beatrice Colin

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C'est un concurrent nantais qui est à l'origine de l'incendie criminel qui s'est déclenché dans la nuit du 8 au 9 septembre dans les locaux de plusieurs entreprises d'Auzeville.
C'est un concurrent nantais qui est à l'origine de l'incendie criminel qui s'est déclenché dans la nuit du 8 au 9 septembre dans les locaux de plusieurs entreprises d'Auzeville. — SDIS31/Gabriel Sfilio
  • Un chef d’entreprise nantais doit comparaître le 10 octobre devant la justice toulousaine pour avoir mis le feu à une société concurrente de l’agglomération toulousaine.
  • L’homme de 64 ans, incarcéré, a reconnu les faits. Il était en litige commercial depuis plusieurs mois avec la société incendiée.

La vengeance est un plat qui se mange froid. Ce proverbe, un patron nantais va pouvoir y cogiter dans sa cellule de la maison d’arrêt de Seysses, jusqu’à son procès qui doit se tenir le 10 octobre à Toulouse.

Dans la nuit de samedi à dimanche, il a mis le feu à 1.500 m2 de bâtiments sur la commune de Auzeville-Tolosane, au sud-est de la Ville rose. Patrick D., 64 ans, n’a pas choisi par hasard ce site. Il héberge trois sociétés, dont Biotrade, un de ses concurrents sur le marché de l’équipement pour les stations d’épuration. Une entreprise avec laquelle il est en litige commercial depuis plusieurs mois, ce qui a déjà conduit les deux sociétés devant les tribunaux. C’est le patron nantais qui a attaqué, et il a été en grande partie débouté.

« Les dommages sont très lourds »

Lundi, à l’audience qui a fixé la date de son procès et son maintien en détention, Patrick D., chemise blanche et veste de costume, n’a rien nié. « Je suis tout à fait conscient de mes actes, je suis prêt à en assumer les conséquences, je regrette profondément ce que j’ai fait, je ne pensais pas que mon acte engendrerait ces dégâts », a expliqué le chef d’entreprise dans le box du tribunal.

Dans la salle, son concurrent a du mal à digérer cet acte. « Les dommages sont très lourds, de 8 à 10 millions d’euros », explique Jean-Pierre Grasa, le dirigeant de Biotrade et des autres sociétés qui emploient 26 personnes. Le soir de l’incendie, qui a nécessité l’intervention de plus de 50 pompiers, les gendarmes ont pu interpeller Patrick D. grâce à sa voiture, garée à quelques mètres du bâtiment.

Pour ne pas se faire repérer, le chef d’entreprise nantais avait en effet changé l’une de ses plaques d’immatriculation. Or, les gendarmes ont repéré son véhicule lors d’un passage et se sont aperçus du subterfuge. Au moment où ils l’ont interpellé pour ce délit, les forces de l’ordre ont entendu des explosions dans le bâtiment en feu voisin.

« Il a été pris en flagrant délit et on a pris pour argent comptant ce qu’il a dit. Il a dit qu’il avait incendié le site juste avec de l’alcool à brûler, mais des sacs n’appartenant pas à l’entreprise ont été découverts sur place. Le week-end précédent, il y a eu aussi une intrusion dans l’entreprise », relève Vincent Valade, l’avocat du plaignant.

Comment Patrick D. un homme sans histoire, très à l’aise financièrement, a pu passer à l’acte ? « J’ai conscience qu’une vie de travail réussie va me servir à indemniser le préjudice matériel », a-t-il reconnu lors de l’audience. Une expertise psychiatrique a été demandée par le président du tribunal, en amont de son futur procès. En attendant, son avocate, Agathe Stammbach, a fait appel de son maintien en détention, pour qu’il « puisse préparer son procès ».