Procès des viols à Courbevoie: «Quand un enfant dit qu’on lui a touché le zizi, il faut saisir la justice!»

PROCÈS Jugé aux assises depuis vendredi, Edouard de B. a reconnu avoir agressé une dizaine d’enfants dans les écoles de Courbevoie où il travaillait comme animateur…

Vincent Vantighem

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Illustration d'une école élémentaire.
Illustration d'une école élémentaire. — FRED TANNEAU / AFP
  • Edouard de B. est jugé pour viols et agressions sexuelles sur mineurs.
  • Sa hiérarchie l’a laissé en poste malgré deux signalements d’enfants.
  • Il a finalement été arrêté en 2015 après avoir sévi dans trois écoles.
  • Il encourt une peine de 20 ans de réclusion criminelle.

La présidente de la cour d’assises des Hauts-de-Seine a tenu une petite demi-heure. Et puis, elle est sortie de ses gonds. « Madame, chaque citoyen a l’obligation de dénoncer des soupçons de viols sur mineurs. Tous les citoyens. Tous ! Alors, cessez de vous cacher ! Stop ! » La main d’Ingrid F. s’est crispée sur son sac à main. Les larmes sont naturellement montées jusqu’aux yeux empêchant la jeune femme de balbutier autre chose qu’un « Oui, je comprends… »

Conseillère à la Direction départementale de la cohésion sociale (DDCS) des Hauts-de-Seine, ce témoin est venu, lundi matin, tenter d’expliquer, à la barre, pourquoi elle n’avait pas saisi la police ou la justice après avoir reçu, en 2013, un double signalement d’agressions sexuelles sur mineurs commises par Edouard de B., un animateur périscolaire de Courbevoie, jugé depuis vendredi.

« Ça peut paraître curieux mais, à l’époque, c’était lui qui était considéré comme victime… », lâche-t-elle. « Curieux » n’est sans doute pas le mot adéquat. A droite de la témoin, dans le box de la cour d’assises, Edouard de B. est jugé pour avoir violé deux enfants et agressé sexuellement treize autres dans trois écoles différentes entre 2012 et 2015. S’il nie les viols, il a reconnu avoir caressé les bambins.

L’accusé réintégré avant même la réception du rapport le concernant

A l’autre bout du prétoire, les parents des petites victimes font corps, en rangs serrés, pour ne pas hurler leur colère. « C’est insupportable et incompréhensible, témoigne Stéphanie*, la mère d’un garçon de 6 ans, lors d’une suspension d’audience. Quand un enfant dit qu’on lui a touché le zizi, il faut saisir la justice ! Mon fils a subi des attouchements en 2015. Si ces gens qui défilent avaient bougé auparavant quand ils ont été informés, il n’aurait jamais croisé son agresseur ! »

Car Ingrid F. n’est pas la seule témoin à passer un sale moment devant la cour d’assises. Il fait grand beau en ce lundi matin. Mais tous sortent le parapluie avant de s’avancer à la barre. Ancien directeur du VAL, la structure municipale qui embauchait les animateurs, Daniel P. met ainsi sa bonhomie au service de la défense.

« Au deuxième signalement en 2013, nous avons suspendu Edouard de B. pendant quatre mois dans l’attente de l’enquête de la DDCS, assure-t-il très calmement. Quand la DDCS nous a dit qu’il n’y avait pas de problème, on l’a réintégré dans une autre école. On a même regretté de l’avoir suspendu… »

« C’est faux, rétorque Marie Grimaud, avocate de plusieurs parties civiles. Edouard de B. a été réintégré le 4 janvier 2014 après avoir reçu un courrier signé de votre main le 20 décembre 2013. Or, le rapport de la DDCS est arrivé… le 31 janvier. »

Une procédure pour « non-dénonciation » toujours ouverte

En fait, les dates ne sont pas le seul problème des témoins. Passés sur le gril tour à tour, ils se montrent incapables de répondre aux questions élémentaires de la présidente. Pourquoi n’ont-ils pas interrogé les enfants ? Saisi le procureur ? Sur la base de quelles compétences, ont-ils décidé de juger eux-mêmes de la dangerosité de l’accusé ?

« Oui, avec le recul, on se dit qu’on aurait dû faire autrement, finit par lâcher un ancien collègue animateur d’Edouard de B. Mais, c’est facile de se dire ça aujourd’hui. Ça l’était beaucoup moins à l’époque. » Tout comme c’était difficile pour un petit garçon de Courbevoie de demander à ses parents, un soir de 2015, comment « enlever quelque chose de pas bien dans [sa] tête », avant de raconter ce qu’il avait subi, permettant quelques semaines plus tard, l’arrestation d’Edouard de B.

Impassible dans son box ce lundi, ce jeune homme de 29 ans encourt une peine de vingt ans de réclusion criminelle. Le verdict est attendu vendredi soir. Quant aux témoins, ils pourraient faire l’objet d’éventuelles poursuites de la part du parquet, dans le cadre d’une procédure ouverte, fin 2017, pour « non-dénonciation de crime sexuel ».

* Le prénom a été changé.

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