Procès des identitaires à Lyon: Deux ans de prison ferme pour l'un des accusés

EXTREME DROITE Cinq hommes proches des groupuscules de l’extrême droite radicale lyonnaise étaient jugés ce mercredi pour avoir frappé et poignardé des jeunes qu’ils soupçonnaient d’être des militants antifascistes…

Caroline Girardon

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Le nouveau palais de justice de Lyon, le 14 juin 2011. CYRIL VILLEMAIN/20 MINUTES
Le nouveau palais de justice de Lyon, le 14 juin 2011. CYRIL VILLEMAIN/20 MINUTES — C. VILLEMAIN / 20 MINUTES
  • Cinq jeunes hommes proches des groupuscules de l’extrême droite radicale lyonnaise étaient jugés ce mercredi pour violences aggravées avec arme. Ils étaient poursuivis pour avoir violemment frappé cinq autres jeunes, qu’ils assimilaient aux « antifa ».
  • Deux d’entre eux ont été poignardés le soir du 14 février 2014.
  • Les accusés, qui nient leur appartenance à l'extrême droite radicale, ont minimisé leur participation, voire contesté les faits.

« Tout ça, c’était des bêtises de jeunesse », « une histoire malheureuse ». Ils ont beau avoir cherché à minimiser leur participation aux faits, voire la nier en adoptant un air faussement penaud à la barre, leurs arguments n’ont guère convaincu le tribunal correctionnel de Lyon.

Cinq jeunes, proches des milieux identitaires ou de groupuscules de l’extrême droite radicale lyonnaise (ce qu’ils ont contesté) ont été condamnés mercredi dans la soirée à des peines allant jusqu’à deux ans de prison ferme. Pour certains, c’est plus que ce qu’avait demandé le procureur de la République. Tous étaient jugés pour violences aggravées avec arme sur cinq garçons qu’ils pensaient être des militants « antifa ».

La peine la plus sévère, assortie d’une interdiction de porter une arme pendant dix ans, a été prononcée à l’encontre d’un homme de 27 ans, soupçonné d’avoir porté les coups de couteau à deux victimes. Trois de ses co-prévenus ont reconnu avoir participé à la rixe après avoir été pris dans « un mouvement de foule ». Ils ont été condamnés à des peines allant de un an de prison avec sursis à 18 mois de prison dont 9 avec sursis.

Des coups de couteau pour un regard de travers

Les faits remontent au 14 février 2014. Léo, Louis, Bastien et Nikita, tous mineurs, sont de sortie. Ce jour-là, leur copain Kevin fête ses 19 ans. Le petit groupe se rend dans le Vieux-Lyon en quête d’un bar. C’est là que les choses se gâtent. Tous sont formels. Ils entendent crier dans leur dos : « Ce sont eux ». Une dizaine d’individus leur fonce dessus en pleine rue, sans qu’ils aient le temps de comprendre. « Ce sont des gauchos, on va se les faire », hurlent leurs agresseurs.

Pris de panique, ils se mettent à courir. Bastien prend alors un coup de couteau dans le dos. Et se relève pour fuir à nouveau. Deuxième salve devant l’ancien palais de justice. Une bagarre éclate. Cette fois, c’est Nikita qui, bousculé, tombe au sol et se fait poignarder. Il ne voit pas qui le frappe, sent « quelque chose qui le pique dans le bas du dos ». Le sang se met à couler. Abondamment. Il comprend qu’il vient de se « faire planter ». « J’étais en état de choc, je me suis mis à vomir », explique-t-il.

A la barre, les suspects peinent à fournir des explications. Certains se trouvaient dans un bar, d’autres dans un restaurant du quartier. Vers 20h10, tous ont convergé au même endroit. Là où se trouvaient les lycéens. « Ils m’ont regardé à travers la vitre », argumente maladroitement l’un d’entre eux. « Est-ce que vous allez plaider la légitime défense car on vous a soi-disant regardé de travers ? », l’interroge ironiquement la présidente du tribunal.

« Frapper quelqu’un dans le dos, c’est la pire des lâchetés »

Questionnés tour à tour, ils livrent péniblement leurs versions des faits. Oui, certains ont donné des coups. Non, ils ne se connaissaient pas. Ou peu. Qu’importe que leurs relevés téléphoniques prouvent le contraire. Non, ils n’ont pas vu de couteau. Et encore moins le principal suspect, soupçonné d’avoir poignardé les deux victimes. Lui, affirme d’un air de défi, qu’il était dans son appartement au moment de l’altercation. La personne filmée par les caméras de vidéo surveillance ? « Quelqu’un qui me ressemble », répond-il. Les relais téléphoniques montrant qu’il se déplaçait dans le Vieux-Lyon au moment de la bagarre ? « Sûrement une erreur ». Ses copains qui disent l’avoir vu dans la bagarre ? « Je n’étais pas présent », ânonne-t-il.

« Frapper quelqu’un dans le dos, c’est la pire des lâchetés », s’emporte Bertrand Sayn, avocat des parties civiles. Et d’ajouter : « Je m’interroge sur votre haine, votre violence qui vous a poussé à courir derrière des gens plus jeunes que vous et à leur asséner des coups de couteau dans le dos. »

« Il faut remettre les choses dans leur contexte. A l’époque, il y a de grandes tensions dans le Vieux-Lyon où les groupes d'extrême droite et d'extrême gauche essaient de prendre ce territoire. Ils jouaient au jeu du chat et de la souris. Ils se cherchaient et se trouvaient mutuellement », argumente Hervé Banbanaste, l’un des avocats de la défense, plaidant la thèse du règlement de compte. « Ils ont évolué positivement et ne sont plus là-dedans aujourd’hui », ajoute-t-il.

Une bataille programmée ou une erreur de cible ?

« Ce soir-là, on n’était pas dans un contexte de bagarre programmée, ni de provocation. On avait simplement des jeunes qui sortaient faire la fête », tranche Bertrand Sayn, reconnaissant toutefois que l’une des victimes avait des affinités avec le milieu antifasciste.

« Nos agresseurs disent que ce sont des gamineries mais ils ont surtout eu la chance que l’un de nous ne soit pas mort », conclut amèrement Kevin. Ce qui leur aurait valu de se retrouver devant une cour d’assises, comme les trois skinheads jugés actuellement à Paris pour la mort de Clément Méric.​​​​​