Procès: Une mère aux assises pour avoir tué son bébé, «lâché» du 7e étage

PARIS La mère de famille a demandé pardon au père de l'enfant...

20 Minutes avec AFP

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Illustration justice
Illustration justice — Jean-Marc Quinet/ISOPIX/SIPA

L’enfant avait dix mois quand sa mère l’a « lâché » depuis le 7e étage d’un immeuble parisien, en août 2015. Une femme est jugée jusqu’à jeudi pour la mort de ce bébé, né d’un père homosexuel par « insémination artificielle artisanale ». Revenant sur les faits, Myriam D. a parlé de sa « grosse angoisse » alors qu’elle devait amener l’enfant à son père. « Je me sentais attirée par le vide. J’ai eu envie de sauter avec mon bébé. Je ne sais pas ce qui m’a pris, j’ai écarté le bras, je l’ai laissé partir », a-t-elle raconté à la cour.

Cette femme de 34 ans a également demandé pardon au père de Raphaël, Guillaume F., avec qui elle avait passé « un accord » pour avoir un enfant sans relation sexuelle. Trois jours avant la mort du bébé, il lui avait annoncé vouloir mettre un terme à leur vie commune, et de fait à l’accord sur lequel s’étaient entendus cet homme et cette femme « dégoûtée » par le sexe.

Rencontre sur un site internet

Les parents de l’enfant s’étaient rencontrés via un site internet mettant en relation des personnes qui souhaitent avoir un enfant. Ils se sont mis d’accord pour devenir parents par une « insémination artificielle artisanale ». « Je me suis injectée le sperme avec une pipette de Doliprane », a raconté l’accusée à la cour. « Sur le site internet, ils expliquaient comment faire un enfant comme ça. »

Myriam D. avait déjà eu un enfant avec ce procédé, né quelques mois avant qu’elle ne tombe enceinte de Raphaël, également d’un père homosexuel. Cet enfant est trisomique. « Je voulais un autre bébé, en bonne santé cette fois », a expliqué Myriam D. à la cour.

Mère d’une fratrie

« Je voulais que mes enfants aient un papa, sinon j’aurais pris un donneur », a expliqué l’accusée, qui se voyait mère d’une fratrie. Cette femme dit avoir eu une seule relation amoureuse, à 21 ans, mais n’a pas eu de relation sexuelle avec ce « fiancé ». A la présidente qui lui demande si elle a déjà eu des relations sexuelles, elle lâche : « Oui, avec mon père adoptif », qu’elle accuse de viols et de violences.

« Je ne voulais pas coucher avec des hommes, mais je ne suis pas lesbienne. C’était au-dessus de mes forces », lâche-t-elle. Myriam D. « a une phobie du toucher », a expliqué une psychologue.

« Un enfant, c’est ce qu’il y a de plus beau au monde »

Elle a un suivi psychiatrique en prison et a été hospitalisée deux fois en unité de soin pour malades psychiatriques. « Avant je n’arrivais pas à dire le mot sein. Maintenant, je peux mettre des mots sur mon corps », dit-elle, jugeant faire des progrès. Myriam D., qui s’est droguée à l’adolescence et a fait plusieurs tentatives de suicide, est décrite comme « impulsive », « très fragile », « dépressive » par des experts. « Son traumatisme de base est d’avoir été adoptée, abandonnée par ses parents », selon la psychologue venue témoigner aux assises.

Sa relation avec Guillaume F. s’est détériorée dès la grossesse. Myriam D. a affirmé avoir souhaité avorter, mais les délais étaient dépassés. Elle aurait pensé à abandonner l’enfant à sa naissance, mais y a renoncé après l’accouchement. « Je m’étais promis que quand j’aurais des enfants, jamais je ne les taperai. (…) Un enfant, c’est ce qu’il y a de plus beau au monde », a dit cette mère, qui encourt la perpétuité.

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