Procès Clément Méric: «Je suis jugé pour des coups sur Méric alors que je n’ai rien fait», se plaint l'un des accusés

PROCES Samuel Dufour comparaît pour violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner, en réunion et avec arme, un crime passible de 20 ans de prison…

Caroline Politi

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Samuel Dufour, l'un des trois hommes proches des milieux d’extrême droite jugés pour la mort de Clément Méric à Paris en 2013.
Samuel Dufour, l'un des trois hommes proches des milieux d’extrême droite jugés pour la mort de Clément Méric à Paris en 2013. — Thomas SAMSON / AFP
  • Cinq ans après la mort de Clément Méric, trois hommes comparaissent devant la cour d’assises de Paris.
  • Tous affirment avoir tourné le dos à Troisième Voie, le mouvement d’extrême droite dont ils étaient sympathisants.
  • Deux des trois accusés risquent 20 ans de réclusion criminelle.

Il jure avoir tiré un trait sur son passé, être désormais « très éloigné » de ses anciennes fréquentations de Troisième Voie, groupuscule d’extrême droite à l’idéologie ouvertement raciste. Ce mercredi, au deuxième jour du procès sur la mort de Clément Méric, jeune militant antifasciste tué lors d’une bagarre en juin 2013, la cour d’assises de Paris s’est longuement penchée sur la personnalité de Samuel Dufour, accusé tout comme Esteban Morillo, de « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner, en réunion et avec arme ». Un crime passible de 20 ans de réclusion criminelle.

C’est vrai qu’au premier abord, le jeune homme de 25 ans qui s’est présenté à la barre n’a plus grand-chose à voir avec le skinhead qu’il avoue avoir été au moment de l’affaire. Ses cheveux rasés ont poussé, son bombers et ses rangers remplacés par un pull bleu marine et des fines baskets. Sur son nez, des petites lunettes carrées. Comme Esteban Morillo hier, il affirme avoir été introduit au Local, le bar de Troisième Voie, par un « ami » alors qu’il avait 19 ans, s’y être régulièrement rendu « pour boire une bière, voir des copains ». A l’entendre, la politique est presque annexe.

S’intéresser à Hitler « par provocation »

Ses tatouages témoignent pourtant d’une certaine inclination. Notamment une croix celte sur le torse. « Je l’ai fait parce que j’étais nationaliste », une toile d’araignée sur le coude, « signe de ralliement » entre membres du mouvement ou encore la devise « sang et honneur » sur le bras. « C’était plus pour la famille. Je savais que c’était rattaché à un parti nazi mais moi je n’étais pas nazi, donc ça ne me posait pas de problème », explique-t-il, les mains appuyées contre la barre. Quid alors de cette clé USB contenant des photos d’Hitler, de croix gammées ou de l’aigle symbolisant le IIIe Reich retrouvée pendant la perquisition. « Je n’en avais aucun souvenir. » Il reconnaît néanmoins s’être intéressé à Hitler « juste par provocation ». « Pour faire comme les autres ? », l’interroge la présidente. « Ouais, j’étais un peu con. » Désormais, il s’intéresse à Napoléon dont il s’est même fait un tatouage.

Il admet avoir été « radicalisé à l’époque » mais affirme être aujourd’hui « très éloigné » du militantisme. « Entre le travail et la musculation, je n’ai plus le temps », explique-t-il à la cour. Il dément pourtant mollement avoir tourné le dos à ses convictions. S’il a rompu avec Troisième Voie à sa sortie de prison, c’est d’abord parce qu’il est parti de Paris et que son contrôle judiciaire lui interdisait d’avoir des contacts avec certains membres, reconnaît-il. Le jeune homme assume ses idées nationalistes et anti-système. « Dans la famille, on est très patriote », lâche-t-il. Interrogé son père acquiesce. « J’ai élevé mes enfants à droite […] le plus droit possible. »

Victime d’une « injustice »

A l’entendre, le jeune boulanger est avant tout une victime. Il reconnaît avoir vécu sa mise en examen et sa détention provisoire comme une « injustice ». Il s’est rendu à la police pour donner sa version des faits et a été incarcéré malgré tout. « Je suis jugé pour des coups sur Méric alors que je n’ai rien fait », lâche-t-il alors qu’il est interrogé par l’un de ses conseils, Me Julien Fresnault, peinant à ravaler ses larmes. Il détaille la difficulté de sa détention, les violences dont font preuve ses codétenus.

A aucun moment pendant l’audience, il n’a eu un mot pour Clément Méric ou ses proches. A quelques mètres derrière lui, les parents du jeune militant antifasciste écoutent l’accusé à peine plus âgé que leur fils à l’époque. Le procès doit durer jusqu’au 14 septembre.