Tarn : Un gendarme renvoyé devant la justice pour avoir grièvement blessé une militante à Sivens

SIVENS Il y a quatre ans, le gendarme avait blessé une militante opposée au barrage de Sivens en jetant une grenade de désencerclement….

Beatrice Colin

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Sur le site de Sivens, lors d'une intervention de gendarmes.
Sur le site de Sivens, lors d'une intervention de gendarmes. — MATHIEU PATTIER/SIPA
  • Le 7 octobre 2014, un peu moins de trois semaines avant la mort de Rémi Fraisse, une opposante au barrage de Sivens est grièvement blessée à la main par une grenade jetée par un gendarme.
  • Quatre ans après, le gendarme vient d’être renvoyé devant un tribunal correctionnel pour violences aggravées.
  • Dans son ordonnance, s’appuyant notamment sur une vidéo, la juge d’instruction estime qu’il s’agit d’un acte délibéré.

Quatre ans après, sa main en garde encore les stigmates. Le 7 octobre 2014, Elsa Moulin, une militante de 25 ans opposée au barrage de Sivens, est blessée en ramassant une grenade jetée par un gendarme à l’intérieur d’une caravane.

Ce jour-là, sur le site du Testet, où la construction du barrage est programmée, une expulsion d’opposants était en cours. Elsa Moulin sera hospitalisée durant dix jours. C’était moins de trois semaines avant la mort de Rémi Fraisse.

La jeune femme déposera plainte avec constitution de partie civile pour « violences ayant entraîné une mutilation ou une infirmité permanente par une personne dépositaire d’autorité publique avec usage ou menace d’une arme ».

Après quatre années d’instruction, le gendarme à l’origine du jet de grenade de désencerclement vient d’être renvoyé devant un tribunal correctionnel selon une information révélée par Médiapart.

Acte délibéré

Dans son ordonnance de renvoi datée du 28 août, la juge d’instruction estime que l’utilisation d’une telle grenade n’était pas justifiée. Et qu’il s’agissait bien d’un acte délibéré du militaire. Des arguments qui s’appuient notamment sur le rapport de l’inspection générale de la gendarmerie nationale (IGPN). Si le gendarme continue à nier, il existe une vidéo réalisée par un des militants présents dans la caverne et qui avait été diffusée sur YouTube.

« C’est inquiétant que cela intervienne quatre ans après, car il n’y a pas eu de poursuites immédiatement après les faits. Il a fallu que cette vidéo vienne corroborer les dires d’Elsa, c’est une pièce essentielle », relève Claire Dujardin, l’avocate d’Elsa Moulin, contacté par 20 Minutes.

Trentaine de plaintes pour violences des forces de l’ordre

Et c’est aussi un point de différence avec le dossier de Rémi Fraisse, dans lequel elle représente les intérêts de la famille du jeune botaniste, tué dans la nuit du 25 au 26 octobre par une grenade offensive lancée par un gendarme qui a bénéficié d’un non-lieu.

« Sur la trentaine de plaintes déposées à Sivens pour des violences commises pas les forces de l’ordre, quasiment toutes ont été classées sans suite, un autre dossier est toujours en cours d’enquête », poursuit l’avocate qui sera le 11 octobre devant la chambre de l’instruction de Toulouse après avoir fait appel du non-lieu dans l’affaire Rémi Fraisse.