VIDEO. Val-d'Oise: Deux ans après la mort d’Adama Traoré, où en est l’enquête?

ENQUÊTE Une marche blanche est organisée ce samedi à Beaumont-sur-Oise pour dénoncer la lenteur de l’enquête…

C.Po.

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Une manifestation en novembre 2015 demandant la justice pour Adama Traoré.
Une manifestation en novembre 2015 demandant la justice pour Adama Traoré. — AFP

Il est un peu plus de 19 heures ce 19 juillet 2016 lorsqu’Adama Traoré est déclaré mort dans la cour de la gendarmerie de Persan, dans le Val-d’Oise. Le jeune homme qui fêtait ses 24 ans ce jour-là a été interpellé deux heures plus tôt au terme d’une course-poursuite. A l’origine, pourtant, les forces de l’ordre cherchaient à arrêter son frère aîné, Bagui, visé par une enquête pour extorsion de fonds avec violence. Mais en voyant Adama Traoré, connu de leurs services, s’enfuir, trois d’entre eux se sont mis à sa poursuite. Adama Traoré est mort asphyxié dans des circonstances que la justice cherche à éclaircir.

Deux ans après le drame, une marche blanche est organisée ce samedi à Beaumont-sur-Oise, la ville voisine, par ses proches. Plusieurs partis politiques de gauche, à l’exception du PS, ont appelé à y participer. Tous dénoncent la lenteur des investigations malgré le dépaysement de l’affaire à Paris. Ils y voient un « déni de justice » et réclament que la lumière soit faite sur les circonstances de la mort du jeune homme. 20 Minutes revient sur les derniers développements de l’affaire.

L’origine de l’asphyxie au cœur de l’enquête

La dernière expertise date de juillet 2017. Elle a confirmé que la mort du jeune homme est consécutive d’un « état asphyxique aigu lié à la décompensation (à l’occasion d’un effort ou de stress) ». Cette hypothèse d’un décès par asphyxie n’est pas nouvelle : dès le mois de juillet 2016, un collège d’experts de l’Institut médico-légal de Paris parvenait à des conclusions similaires. Mais son origine – fragilité cardiaque, compression thoracique lors du placage ventral ou mélange des deux - reste toujours à déterminer. Le dernier rapport a relevé des anomalies cardiaques pouvant provoquer une insuffisance respiratoire sans pour autant déterminer « avec certitude » si celles-ci avaient pu entraîner la mort du jeune homme.

Une nouvelle expertise, dite de synthèse, a donc été demandée par la juge d’instruction pour clarifier ce point au cœur du dossier. La magistrate demande notamment aux quatre médecins qui en sont en charge de « préciser si le décès aurait pu être évité si la prise en charge de l’intéressé avait été différente ». Mais le rapport qui devait être rendu à la mi-mai, puis à la mi-juillet a été une nouvelle fois décalé en raison de la difficulté du dossier. Cette fois, les conclusions sont attendues le 30 septembre. « L’affaire est au point mort, ça fait un an que rien ne se passe », déplore l’avocat de la famille, Me Yassine Bouzrou.

L’attente d’une reconstitution

Les proches d’Adama Traoré n’ont jamais cru à un problème cardiaque, évoquant un jeune homme en pleine forme, jouant régulièrement au foot. A leurs yeux, l’hypothèse d’une bavure ne fait guère de doute. Lors de son arrestation, Adama Traoré avait été maintenu au sol sous « le poids des corps » de trois gendarmes. Ces derniers ont affirmé avoir eu recours au placage ventral car le jeune homme ne cessait de se débattre.

Selon un des gendarmes auditionnés, dont la version a été confirmée par ses collègues, Adama Traoré aurait alors indiqué avoir « du mal à respirer ». Ces derniers ont affirmé, qu’au moment du malaise, la victime avait été installée en position latérale de sécurité (PLS). Une version contredite par un sapeur-pompier qui affirme que lorsqu’il est arrivé, Adama Traoré se trouvait « face contre terre, sur le ventre, mains dans le dos menotté ». Une autre interrogation porte sur les secours prodigués : sa mort n’a été déclarée qu’une heure et demie après son interpellation.

« Nous ne comprenons pas pourquoi, compte tenu de la teneur du dossier, les trois gendarmes présents n’ont pas été mis en examen », poursuit le conseil de la famille. Une reconstitution doit être organisée pour déterminer les conditions de la mort du jeune homme mais également l’attitude des forces de l’ordre mais aucune date n’a pour l’heure été fixée. La magistrate avait indiqué que celle-ci serait conditionnée à la remise du rapport de synthèse.

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