Lyon: «Ils ont transformé cette ville en zone de guerre»: Le parquet ne requiert aucune clémence pour les pilleurs de dimanche

JUSTICE Vingt-quatre personnes ont été jugées ce mardi en comparution immédiate pour avoir participé aux débordements à Lyon après la victoire des Bleus dimanche soir...

Caroline Girardon

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Le palais de justice de Lyon Illustration.
Le palais de justice de Lyon Illustration. — E. Frisullo / 20 Minutes
  • 24 personnes ont été jugées ce mardi en comparution immédiate à Lyon.
  • Elles ont été interpellées dimanche après la Victoire des Bleus.
  • Elles étaient poursuivies pour avoir pillé des magasins ou exercé des violences à l'encontre de policiers. 

Epaules voûtées, tee-shirt rayé sur le dos, Timothée se passe la main dans ses épais cheveux noirs. Incapable de bredouiller la moindre explication. L’alcool, avance-t-il. Il assure ne se souvenir de rien. Lundi vers 2h, ce Lyonnais de 26 ans a été cueilli par les forces de l’ordre alors qu’il venait de piller un magasin de vélo situé avenue Jean Jaurès. Pris avec flagrant délit au guidon d’une bicyclette électrique qu’il tentait de sortir de la boutique.

Timothée fait partie des 24 personnes jugées ce mardi en comparution immédiate devant le tribunal correctionnel de Lyon, après les émeutes survenues en centre-ville dimanche soir, à la suite de la victoire des Bleus en Coupe du monde.

« Ce n’est pas un vol à l’étalage »

A la barre, le jeune homme finit par admettre les faits. Du bout des lèvres. Il avait pourtant tenté d’expliquer que les policiers l’avaient poussé dans le magasin avant de lui mettre le vélo dans les mains. Des propos qui ont plus agacé que fait sourire la procureur, demandant six mois de prison ferme à son encontre.

« Vous ne semblez pas réaliser la gravité des faits. Ce n’est pas un simple vol à l’étalage », assure-t-elle. Et d’évoquer une «véritable guerilla urbaine » face aux avocats de la défense, réclamant plus de clémence. « Ils ont transformé cette ville en zone de guerre. Chacun y a participé. Les passants étaient ahuris et apeurés. La police a dû être de partout pour faire face aux vagues de pillage. Eux ont pensé, que légitimement comme c’était la fête, chacun pouvait aller se servir, qu’ils étaient autorisés à pénétrer dans les magasins pour repartir avec leur butin », s’énerve la procureur.

« Vous avez vu de la lumière et vous êtes entrés ? »

Mohammed, père de famille de quatre enfants, a lui été surpris dans les rayons du Printemps, une dizaine de colliers dans la main. Des bijoux qu’il n’a fait « ramasser au sol », assure-t-il. Mais au lieu de se rendre, il a préféré « charger » les forces de l’ordre pour s’échapper. Une attitude pour laquelle le parquet a requis un an de prison ferme. L’homme semble assommé. Lui qui était venu spécialement de Valence pour voir le match dimanche soir, se lamente-t-il. « Je suis rentré dans le magasin, je n’ai rien volé », tente de glisser le charpentier avant de se faire sèchement rabrouer.

Même ligne de défense adoptée d’entrée par son voisin, Kamel, 18 ans depuis le 3 juillet. « Ah, vous avez vu de la lumière et vous êtes entré ? », ironise la présidente du tribunal. Le garçon baisse la tête et admet rapidement qu’il a bien volé deux sacs, d’une valeur de 60 et 65 euros. « Je n’ai pas montré le bon exemple », ajoute celui qui est employé comme animateur dans un centre de vacances. Six mois ferme réclamés.

Voleur dimanche, arbitre de foot le week-end

Les réquisitions sont aussi sévères à l’encontre de Medhi, 21 ans, animateur dans le périscolaire. Veste turquoise Adidas sur les épaules, le garçon fait amende honorable. « Je n’avais jamais volé avant », plaide-t-il. Dimanche, il a été arrêté après avoir dérobé deux tee-shirts de sport. Ironie du sort : quand il ne sert pas de repas à la cantine, le garçon est arbitre sur les terrains de foot. « On ne devient pas arbitre par hasard, on a des valeurs en général », s’interroge néanmoins la procureure.

Au moment de prendre la parole une dernière fois, Thomas, 17 ans, s’excuse. Il n'« a pas réfléchi ». Il « a pris bêtement le maillot de foot de Marseille » mais ne l’a pas restitué lorsqu’il s’est rendu spontanément à la police pour se dénoncer. « C’est dommage que ça tombe sur nous. J’ai l’impression qu’on va prendre pour les cinquante casseurs », lâche-t-il. Pas sûr qu’il s’agissait de la meilleure chose à dire en guise de défense…

Les sanctions étaient attendues dans la soirée.

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